René-Albert Gutmann (1885-1981), médecin gastroentérologue et membre de l’Académie nationale de médecine, fut également un homme de lettres qui publia plusieurs livres en prose et en poésie, aussi bien qu’un polyglotte capable de traduire l’Enfer de Dante dans les tranchées de la Première Guerre mondiale [LECLAIR 2018], comme l’explique Federica Uggeri dans l’article qu’elle a consacré à cette édition [UGGERI 2021]. Il possédait une riche bibliothèque personnelle, comprenant aussi des livres anciens, rares ou précieux, dont ses petits-enfants Sophie Périac Daoud, Malik Daoud et Karim Daoud ont fait don en 2018 à la Bibliothèque de l’Académie nationale de médecine.
Parmi les ouvrages de cette donation nous pouvons compter un exemplaire remarquable, un unicum dans les bibliothèques universitaires françaises, intitulé : Stanze di diversi illustri Poeti, nuovamente raccolte da M. Lodovico Dolce a commodo, & utile de gli studiosi della lingua Thoscana [BANM, 22600 (67)]. Il s’agit d’un livre publié à Venise en 1556 et dont le titre est traduisible par : Stances de différents Poètes illustres, nouvellement recueillies par M. Lodovico Dolce pour la commodité et l’utilité des savants étudiant la langue toscane. Imprimé par Gabriele Giolito de’ Ferrari et frères, le volume offre au lecteur, comme son titre l’indique, une anthologie de stances, à savoir de compositions poétiques en huitains (ou octaves, c’est-à-dire des strophes de huit vers) servant à diffuser le dialecte toscan comme le mode d’expression par excellence de l’italien vulgaire. Cette anthologie contient 30 poèmes de 23 auteurs dont deux anonymes, qui sont en réalité 25 si nous considérons les erreurs d’attribution commises par l’éditeur, Dolce. Toutes ces compositions sont en stances de longueur très inégale : des 4 stances de Veronica Gambara ou des 6 stances de Jacopo Bonfadio, jusqu’à d’assez longs poèmes de 171 stances tels ceux d’Ange Politien et de Luigi Tansillo. La moyenne de l’ensemble cependant se situe autour des 50 stances par poème, chiffre considéré par la tradition contemporaine comme le plus adapté aux compositions en huitains [CALITTI 2004].
Ce livre est un exemple emblématique d’une forme littéraire très diffusée durant la Renaissance italienne : les anthologies de plusieurs auteurs ayant en commun un même thème, un même sujet, une même origine voire un même style [CLUBB 1991]. Ce volume des Stanze di diversi illustri Poeti représente la première anthologie de ce genre organisée autour d’un critère métrique, le huitain précisément. Elle a connu un très grand succès : notre exemplaire est la seconde édition, après celle de 1553. Une quinzaine d’éditions en ont été produites par la suite [ROMANATO 2024]. Ces éditions diffèrent par leur forme ou leur contenu. Dans les éditions successives, il sera possible de trouver, d’une part, des nouveaux poèmes ajoutés en complément (ceux par exemple d’Alvise Gonzaga ou de Francesco Bolognetti) ; d’autre part, des poèmes dont les auteurs étaient naguère nommés seront rendus orphelins : les compositions de Pietro Bembo et de l’Arétin sont désormais marquées de la mention « auteur incertain ». Tout particulièrement, un poème entier (Il Vendemmiatore de Luigi Tansillo), par ailleurs le plus long de l’ouvrage, est supprimé de l’anthologie. Il convient de rappeler que ces changements sont provoqués par la pression exercée par l’Inquisition [CERRÓN PUGA 2010, p. 1203], visant à contrôler et à limiter la diffusion de contenus littéraires considérés comme trop licencieux. D’autres changements encore dépendent de l’éditeur scientifique ou de l’imprimeur, tels le changement de dédicataire ou l’élargissement du projet éditorial. À ce propos, c’est à partir de 1565 que le recueil est publié sous le titre de Première partie des Stances de différents illustres Poètes. Paraîtra l’année suivante une Deuxième partie, éditée cette fois-ci par Antonio Terminio et contenant notamment mais pas exclusivement des auteurs napolitains : des vers de Laurent de Médicis y apparaissent également.
Revenons à notre deuxième édition, qui ne se différencie en rien de la première. Suivant un usage assez commun pour ce type d’anthologie, la très grande majorité des poèmes qui la composent avaient déjà été publiés auparavant. En outre, bien que le but déclaré dès le titre de l’opération éditoriale soit la diffusion de la langue toscane, la plupart de ces auteurs, les deux tiers environs, n’ont pas d’origines toscanes mais proviennent de toute la péninsule italienne : Potence, Rome, Pesaro, Brescia, Venise, etc. Dès lors, le recueil dépeint la situation littéraire italienne immédiatement précédente à son édition. S’il est vrai que la plupart des poètes qui y figurent sont décédés au moment de la publication du volume, ils représentent l’état de la poétique en langue italienne dans la première moitié du XVIe siècle : grands auteurs toujours appréciés (Ange Politien, Pierre Arétin, Pietro Bembo) côtoient des poètes autrefois célèbres et désormais connus principalement par les spécialistes (Francesco Maria Molza, Luigi Alamanni, Veronica Gambara), voire aussi des dilettantes, ces illustres inconnus qui parvinrent à se faire publier grâce à des relations amicales ou politiques (Annibale Tosco, Pompeo Pace, Giovan Giacomo Dal Pero) et dont les efforts poétiques n’ont laissé derrière eux presque d’autres traces que ces mêmes anthologies. Cela dit, il est impossible d’éclairer toutes les raisons éditoriales qui ont présidé à l’inclusion, ou à l’exclusion, des auteurs de ces anthologies [TOMASI 2001].
La quasi-totalité de ces poèmes traitent d’amour, à quelques exceptions près, notamment un poème de Francesco Maria Molza dédié au cardinal Hippolyte de Médicis, des vers que Ludovico Martelli offre à Vittoria Colonna en guise de consolation pour le décès de son mari, la composition de Veronica Gambara en l’honneur de sa terre natale. « Amour » doit être ici compris comme l’amour courtois, à savoir d’un homme pour une femme (voire plusieurs femmes) exprimé dans les plus diverses variations, des plus charnelles ou luxurieuses aux plus spirituelles ou sentimentales. Certains des poèmes traitent de l’euphorie de la séduction, de l’érotisme, de la sensualité certes mais aussi célèbrent la pudeur et la chaste admiration ; d’autres encore offrent des lamentations pour un amour non réciproque. Plusieurs de ces textes présentent un cadre bucolique ou sylvestre, la nature étant un décor très commun dans la poésie de la Renaissance. La quasi-totalité des auteurs, enfin, sont des hommes : seulement deux poétesses y apparaissent, qui en réalité sont une seule et même personne puisque l’attribution de la composition de Vittoria Colonna doit être restituée à sa collègue Veronica Gambara. Cela n’indique nullement l’absence de femmes poétesses dans l’Italie de la Renaissance. Si le métier et le loisir des lettres étaient à l’époque pratiqués principalement par des hommes, il existait à l’époque de nombreuses auteures femmes, comme en atteste un recueil de poèmes, les Rime diverse d’alcune nobilissime et virtuosissime donne, publié en 1559 par Lodovico Domenichi, réunissant les poèmes d’une cinquantaine d’auteures, à vrai dire le seul proposant alors un critère genré [STELLA 2022].
Ce n’est pas un hasard si cette anthologie se situe à mi-chemin entre nouveauté et tradition : l’intention affichée de son éditeur est de façonner un produit moins culturel que commercial. Le volume se présente comme un objet soigneusement préparé, par exemple tous les poèmes sont introduits par des bandeaux et des lettrines illustrées. Cependant, un regard plus attentif permet d’y déceler l’empressement dans sa production : certaines lettrines qui se répètent ; plusieurs erreurs d’attribution auctoriale ; un poète, Ercole Bentivoglio, qui n’apparaît pas dans la table des matières. La volonté de produire des beaux livres et de le faire rapidement est une marque constitutive de la personnalité de son éditeur, Ludovico (ou Lodovico) Dolce (1508-1568).
L’éditeur : Ludovico Dolce (1508-1568)
Issu d’une famille de l’ancienne noblesse vénitienne désormais appauvrie, orphelin de père à deux ans seulement, Dolce fait des lettres son métier et sa production littéraire fiévreuse lui permet, dès son vivant, de se faire une renommée de véritable polygraphe [TERPENING 1997]. Cette activité inlassable nous a laissé un grand nombre d’ouvrages. Il est tout particulièrement l’éditeur de plusieurs volumes d’anthologies, à la fois de poésie et de prose, dont notre volume des Stanze di diversi illustri Poeti, ce pourquoi il conserve aujourd’hui une certaine notoriété. Comme nous l’avons dit, Dolce publie tout, tout ce qui peut avoir un intérêt commercial dans le marché florissant des librairies de la Renaissance.
Il traduit des ouvrages du latin (il est notamment le premier traducteur en italien des Métamorphoses d’Ovide, réintitulées pour l’occasion Le trasformationi de M. Lodovico Dolce et rédigées en huitains), mais aussi de l’espagnol et du grec. Le fait de ne point connaître cette dernière langue ne le gêne pas dans sa production, au contraire cela lui permet de publier des paraphrases, voire de véritables réécritures en vers de ces textes s’appuyant sur d’anciennes versions latines, procédé dont il n’hésite pas à revendiquer l’utilité pour le lecteur [DONZELLI 2017].
Son instinct éditorial lui fait produire des versions de certains ouvrages classiques ou contemporains, sans pouvoir toujours compter sur l’accord de l’auteur, et qui ont joui d’une très grande diffusion : par exemple le Roland furieux de l’Arioste, le Courtisan de Baldassare Castiglione, le Décaméron de Boccace parmi d’autres. Très conscient du fait que la nouveauté fait vendre, c’est à Ludovico Dolce que nous devons la première édition de la Comédie de Dante portant l’adjectif Divine dans son titre : cette épithète avancée par Boccace n’était pas considérée jusqu’alors comme faisant partie intégrante du titre [RAJNA 1915] [BELLOMO 2016].
Enfin, Dolce est aussi l’auteur d’œuvres originales, dont la qualité ne prime pas sur la quantité, et ce même au dire de ses propres éditeurs scientifiques et commentateurs contemporains. Il a écrit plusieurs dialogues sur les thèmes les plus divers, de la peinture aux mœurs féminines ; il a composé des romans, des comédies, des tragédies, ces dernières à vrai dire plus appréciées par la critique [GIAZZON 2011]. En poésie, outre ses traductions versifiées, Dolce écrit surtout des sonnets, plus précisément 152 sonnets sur les 162 compositions qui nous sont parvenues à son nom [MARINI 2014].
Ce travail incessant lui vaut un succès éditorial attesté par le grand nombre de rééditions des textes qu’il a préparés. En même temps, cette activité énergique est à l’origine d’un nombre considérable d’erreurs présentes dans ses éditions et corrigées au fur et à mesure des rééditions. Si ces pratiques lui ont valu la rivalité, voire l’hostilité de quelques collègues polygraphes dont notamment Girolamo Ruscelli (1518-1566) [RUSCELLI 1553], elles lui ont également permis de nouer une longue et sincère amitié avec des intellectuels tels le poète Pierre l’Arétin (1492-1556) et l’imprimeur Gabriele (ou Gabriel) Giolito de’ Ferrari (1508-1578) dont il fut sans doute le collaborateur le plus important [NUOVO COPPENS 2005]. C’est d’ailleurs dans l’imprimerie de ce dernier que l’anthologie des Stanze di diversi illustri Poeti est produite.
L’imprimeur : Gabriele Giolito de’ Ferrari (1508-1578)
Alde Manuce, probablement le plus grand imprimeur de la Renaissance, véritable archétype des typographes vénitiens, n’était pas originaire de la lagune mais des alentours de Rome. Ce n’était pas un cas isolé, tout au contraire. Un grand nombre des plus importants imprimeurs, typographes ou éditeurs de la Sérénissime étaient issus d’autres régions d’Italie voire d’Europe. Ceci est le cas également de Gabriele Giolito de’ Ferrari, originaire du petit village de Trino, dans le Montferrat (aujourd’hui dans la région du Piémont), ville à l’époque importante pour les marchés français et italien du livre [NUOVO 2014]. Envoyé à Venise par son père également imprimeur, Giovanni dit l’aîné, il installe la Librairie du phénix près de Rialto et acquiert rapidement un rôle prééminent dans le monde éditorial de Venise et de la péninsule italienne durant le XVIe siècle [BONGI 1890]. La production de Gabriele Giolito de’ Ferrari atteint le chiffre impressionnant de 1019 éditions, par 290 auteurs, 15 volumes anonymes et 27 recueils [QUONDAM 1989, p. 63], ce qui fait peut-être de lui l’imprimeur le plus fécond de la Renaissance italienne.
La marque typographique de Giolito de’ Ferrari est un phénix posé sur un appui enflammé, le regard tourné vers le haut. Sur cette base, parfois un globe, plus souvent un vase ou une amphore plus ou moins décorés, apparaissent ses initiales : GGF. Presque toujours la devise de la maison d’édition est inscrite sur un bandeau : « semper eadem », « toujours les mêmes », venant signifier la permanence dans le renouvellement, à la fois du phénix et de la qualité de ses imprimés. Paradoxalement, la marque change sensiblement au cours des années tout en gardant ces traits distinctifs, suivant mais aussi précédant les goûts du public bibliophile [NUOVO COPPENS 2005].
Son instinct pour les affaires fait bientôt comprendre à Giolito de’ Ferrari que la spécialisation permet de gagner la fidélité des auteurs comme des acheteurs. Ainsi, la Libraire du phénix devient-elle très connue pour les éditions de littérature moderne et en langue vulgaire, traduite ou en version originale, dont l’originalité est garantie par l’obtention assidue de privilèges. Parmi les nouveautés commerciales introduites par Giolito de’ Ferrari, une aux conséquences importantes pour l’histoire du livre mérite d’être citée : il s’agit de la Collana historica, la première collection éditoriale. Proposant des traductions des historiens latins et grecs et dirigée par Tommaso Porcacchi (1530-1576), elle eut un tel succès que, encore aujourd’hui, le mot pour indiquer une collection éditoriale est « collana ». Enfin, Giolito de’ Ferrari parvient à imposer une véritable suprématie dans le domaine des anthologies des poètes contemporains [CLUBB 1991], dont nos Stanze di diversi illustri Poeti sont un exemple emblématique.
Le dédicataire : Silvio de Gaète
Cette anthologie nous offre un accès privilégié à la scène culturelle de l’Italie de la Renaissance, à ses protagonistes et à ses figurants. En effet, le premier nom que nous rencontrons dans le volume après celui de l’éditeur et de l’imprimeur est celui du dédicataire, Silvio de Gaète. Membre de la noblesse du royaume de Naples, entretenant des rapports d’amitié avec plusieurs intellectuels de son époque, ce personnage est désormais tombé dans un oubli quasi-total. Le fait que Ludovico Dolce affirme de lui que personne ne peut l’égaler dans la rédaction de textes en prose laisse supposer que leurs rapports relèvent moins de l’amitié que du clientélisme.
Voici le texte de la dédicace rédigée par Dolce dans les Stanze di diversi illustri Poeti :
« AL MOLTO MAG. E VIRTVOSISS. SIGNORE IL SIGNOR SILVIO DI GAETA.
Se le cose nobili e di gran pregio si conuengono a huomini segnalati e degni di honore; queste stanze d’huomini chiari per uirtù, e singolari per fama alla nostra età, da diuersi libri raccolte, e ridotte in questo picciolo uolumetto, era ben conueneuole, che s’indi[ri]zzassero al nome di V. S. Percioche essendo uoi nobiliβimo per sangue; hauete con la nobiltà co[n]giunte le uirtù, e con le uirtù accompagnata ogni bella parte, che sia diceuole a gentilhuomo. E si come nello scriuer prose non si troua alcuno (e siami lecito di dire il uero) che ui sia supriore; cosi è da credere, che nel far uersi altretanto ui siano fauoreuoli le Muse. V. S. adunque riceuerà questo mio dono; ilquale al mondo farà segno del buon giudicio, c’ho auuto in elegger uoi per patrone e protettore di cosi belle e preciose gemme, & a V. S. istessa dell’Amore & affettione, ch’io le porto.
Di Venetia a VI. di settembre. M D LIII. »
« AU TRÈS MAGNIFIQUE ET TRÈS VERTUEUX SEIGNEUR MONSIEUR SILVIO DE GAÈTE.
Si les choses nobles et de grande valeur conviennent à des hommes éminents et dignes d’honneur ; ces stances d’hommes illustres par leur vertu et singuliers par leur renommée à notre époque, recueillies dans divers livres et rassemblées dans ce petit volume, il était bien convenant qu’elles soient adressées au nom de Votre Seigneurie. Car, étant vous-même très noble de sang, vous avez su joindre à la noblesse les vertus, et toutes les belles qualités qui conviennent à un gentilhomme sont accompagnées de vertus. Et tout comme dans l’écriture en prose on ne trouve personne (et permettez-moi de dire la vérité) qui vous soit supérieur, il faut croire que dans la composition de vers, les Muses vous sont tout autant favorables. Votre Seigneurie recevra donc ce don de ma part ; il sera pour le monde un signe du bon jugement dont j’ai fait preuve en vous choisissant pour patron et protecteur de ces gemmes si belles et si précieuses, et pour Votre Seigneurie elle-même, de l’amour et de l’affection que je vous porte.
De Venise, le 6 septembre 1553. »
Curieusement, le nom de Silvio de Gaète est lié à deux autres ouvrages très importants issus de la collaboration Dolce-Giolito. En 1554 (mais le colophon du volume reporte la date à l’année suivante) ils publient une autre anthologie, cette fois-ci épistolaire : les Lettere di diversi eccellentiss[imi] huomini, raccolte da diversi libri: tra le quali se ne leggono molte, non piu stampate… à savoir, « lettres de différents hommes très excellents, tirées de différents livres, dont on en lit certaines qui ne sont plus imprimées » [DOLCE 1554]. Même si le projet éditorial n’est pas original, puisqu’il s’inspire explicitement d’une édition de Paul Manuce (troisième fils d’Alde et héritier de son entreprise), ce recueil de lettres connaît un succès comparable à celui des stances. Encore une fois, la dédicace est « al molto magni. virtuosiss. e valorosiss. signore il signor Silvio di Gaeta » (« Au très magnifique, très vertueux et très valeureux seigneur, Monsieur Silvio de Gaète »).
Les louanges ne sont pas moindres ici que dans la première dédicace :
« In questo [officio] dello scriver lettere non cedete a niuno: e di piu direi, senza uscir punto dei termini della verità, se non fosse, che la natural modestia di V. S. non lo patirebbe: e, che piu è meraviglioso, siete pervenuto giovane a quel termine e perfezion di virtù, dove pochissimi arrivano nella età canuta.»
« Dans cet exercice d’écrire des lettres, vous n’avez rien à envier à personne ; j’irais même plus loin, sans m’écarter le moins du monde de la vérité, si ce n’était que la modestie naturelle de Votre Seigneurie ne le permettrait pas ; et, ce qui est encore plus étonnant, vous avez atteint dès votre jeunesse ce niveau et cette perfection de vertu que très peu de gens atteignent à un âge avancé. »
Pour chercher les raisons de cette admiration, il est utile de lire les lettres si brillamment rédigées par Silvio et dont le recueil contient plusieurs exemplaires. Parmi ces épîtres, une lettre adressée à Gabriel Giolito de’ Ferrari offre sa protection et son entremise explicite si ce dernier voulait se lancer dans des affaires dans le royaume de Naples, où son oncle Coriolano Martirano (1503-1557) tenait alors l’office de secrétaire impérial [DOLCE 1554, p. 462].
C’est dans la figure de cet oncle, évêque représentant du royaume de Naples au Concile de Trente et humaniste auteur de tragédies en latin assez appréciées, que réside peut-être la clé de la relation tissée entre Dolce, Giolito de’ Ferrari et Gaète. C’est en effet à Coriolano Martirano que Dolce dédie l’édition de la Divine Comédie qu’il imprime auprès de Giolito, la première rappelons-nous à porter ce titre. Il s’adresse « al reverendissimo Monsignore il Signor Coriolano Martirano, Vescovo di San Marco, e Segretario del Consiglio dell’Imperatore, in Napoli » (« Au très révérend Monseigneur, Monsieur Coriolano Martirano, Évêque de Saint-Marc, et Secrétaire du conseil de l’Empereur à Naples »). Or Dolce ne se montre pas avare de louanges envers l’évêque, ce qui est compréhensible, ni envers son plus jeune neveu :
« s’aggiungano al debito mio per queste cagioni verso lei gli obblighi, nei quali m’hanno legato le cortesie del suo gran nipote il Signor Silvio di Gaeta: dico grande, percioché dagli alti principij, che egli nelle lettere, e nelle armi ha posti nel primo fiore degli anni, non è così gran perfezione, che non si attenda dagli uomini. Ma avviene a me quello, che avviene a chi entra in una gran selva: che veggendola nella prima entrata folta e lunga, disperando di poterne trovare il fine, torna a dietro. Così io avvedendomi, che a entrar nella selva delle laudi di V.S.R. e dell’eccellente suo nipote, è più agevole a trovarne il cominciamento, che il fine, ho preso per più sano partito il tacermi. »
« À la dette que j’ai envers vous pour ces raisons s’ajoutent les obligations auxquelles m’ont lié les courtoisies de votre excellent neveu, M. Silvio de Gaète : je dis “excellent”, car, vu les principes élevés qu’il a affichés dans les lettres et sous les armes dès le plus jeune âge, il n’y a pas de perfection si grande qu’on ne puisse l’attendre d’un homme. Mais il m’arrive ce qui arrive à celui qui pénètre dans une grande forêt [citation implicite du commencement de la Comédie] : voyant celle-ci, dès l’entrée, dense et longue, désespérant d’en trouver la fin, il fait demi-tour. Ainsi, me rendant compte qu’il est plus facile de trouver le commencement que la fin en entrant dans la forêt des louanges de Votre Seigneurie Révérendissime et de votre excellent neveu, j’ai jugé plus sage de me taire. » [DOLCE 1555] [BELLOMO 2016]
L’association du pouvoir politique de Martirano et de l’affection que celui-ci éprouve envers son neveu peuvent expliquer l’obstination de Dolce à chercher l’amitié de Gaète. Elle n’aboutit, paraît-il, à rien et Silvio de Gaète disparaît de l’histoire, littéraire ou non : les éditions successives des anthologies de stances et de lettres seront dédicacées à d’autres personnages, les quelques douzaines de lettres de sa plume seront expurgées du recueil. La raison, d’après Salvatore Bongi, biographe de l’imprimerie des Giolito, peut être conjecturée à partir d’une épître de Martirano adressée à Gian Giacomo Medici, marquis de Marignan et général de Charles Quint [BONGI 1890, p. 441]. Il lui explique que son neveu se trouve mêlé à une mauvaise affaire : assailli un an et demi auparavant par trois Espagnols armés, Silvio de Gaète (sans doute plus expérimenté dans les armes que dans les lettres) en tua un et en blessa un autre. Martirano lui recommande alors son « excellent neveu », qui pourra se racheter le pardon (« indulto ») par le service dans l’armée impériale, occupée à l’époque par le siège de Sienne [DOLCE 1554, p. 422]. Une dernière épître témoigne de la valeur de Gaète sous les murailles de cette ville et de son rachat du pardon recherché. Écrite par le cardinal Jean-Ange de Médicis (1499-1565), futur Pape Pie IV, elle ne nous informe nullement sur le sort ultime du premier dédicataire des Stanze di diversi illustri Poeti, sinon qu’il espère toujours un sauf-conduit pour rentrer à Naples [DOLCE 1554, p. 479].
Les auteurs rassemblés dans l’anthologie des stances ne sont pas moins intéressants que ses éditeurs ; leur biographie n’est souvent pas moins labyrinthique et aventureuse que celle de son dédicataire. Ils méritent désormais notre attention, suivant l’ordre proposé par Dolce.
Les fondateurs du genre : Pietro Bembo (1470-1547) et Ange Politien (1454-1494)
En préparant le premier recueil poétique organisé selon un critère métrique de la Renaissance, Ludovico Dolce choisit de placer en première position les Stanze de Pietro Bembo, « pour les désigner comme le modèle fondateur du genre » [BARTUSCHAT 2011, p. 177].
Bembo est le parangon des humanistes de la Renaissance italienne. Né dans l’une des plus illustres familles du patriciat de Venise, il renonce à la carrière politique dans la Sérénissime pour se dédier entièrement aux lettres. Voyageant en Sicile pour apprendre le grec auprès du grammairien Constantine Lascaris (1434-1501), il se voit confier une copie de ses Erotemata, qu’il fera imprimer par son ami Alde Manuce : cette édition est considérée comme la première des aldines [MARZO MAGNO 2020 p. 44]. Prenant Pétrarque comme modèle à la fois de vie et de style métrique [JURI 2016], Bembo devient célèbre dans le débat alors en cours sur le vernaculaire en affirmant la supériorité de la langue toscane comme idéal de l’italien vulgaire. Ami de poètes et d’artistes, protégé de Lucrèce Borgia, Bembo devient cardinal en 1539 et meurt en 1547.
Parmi ses œuvres, les Stanze sont peut-être parmi les moins connues, et ce malgré leur influence considérable dans l’histoire de la poésie italienne. Composées sur le modèle pétrarquiste dès leur incipit (le vers « ne l’odorato e lucido orïente », « dans l’Orient parfumé et lustré » est une citation modifiée d’un sonnet du Canzoniere), les 50 stances mettent en scène une ambassade envoyée à la cour d’Urbin par la déesse de l’amour (« la cortese Dea che nel mar nacque », « la déesse courtoise qui naquit dans la mer ») afin d’encourager les courtisans à s’adonner aux joies de l’ars amandi, d’après l’exemple poétique offert par Catulle, par Dante et bien entendu par Pétrarque.
Écrit de jeunesse retravaillé toute sa vie durant, les Stanze de Bembo vont donner le ton aux compositions en huitains du Cinquecento : le nombre de stances, le sujet amoureux, les citations classiques et surtout le dialecte toscan vont se retrouver dans la plupart des poèmes en stances écrits dans ce siècle, dont ceux de l’anthologie dolcienne.
Le poème suivant est lui aussi un ouvrage fondateur du genre et parmi les plus anciens du recueil : il s’agit des Salles pour la joute écrites par Ange Politien. Ce poète est un ami personnel de Laurent de Médicis et en quelque sorte son intellectuel de cour, où il est aussi précepteur de son fils et héritier Pierre. Placé au centre du débat intellectuel florentin, Politien meurt relativement jeune peu après son célèbre mécène, probablement empoisonné par son ancien élève Pierre (désormais Pierre II de Médicis) qui craignait son rapprochement avec Savonarole.
Le contexte d’écriture de la composition est cependant heureux et se situe à l’âge d’or du gouvernement médicéen. Le poème est dédié à Julien de Médicis, à l’occasion de sa victoire lors du tournoi organisé à Florence par son frère Laurent, et dont le prix était un portrait de Simonetta Vespucci, célèbre modèle de Botticelli aimée par Julien. Politien se propose de célébrer leur amour courtois dans une véritable épopée d’inspiration mythique [WELLIVER 1971]. Contraint de modifier d’abord son texte en raison du décès de Madame Vespucci avant l’achèvement du poème, Politien abandonne définitivement le projet lorsque Julien tombe en 1478 lors de la conjuration des Pazzi, deux ans jour pour jour après la mort de Simonetta. Pour cette raison, l’œuvre apparaît sous le titre « Cominciata per la giostra del Magnifico Giuliano di Piero di Medici » (« Commencée pour la joute du Magnifique Julien [fils] de Pierre de Médicis ») : commencée, à savoir inachevée. En effet le premier livre contient 125 stances, alors que le second seulement 46. Ce qui n’empêchera pas le poème d’être beaucoup lu, apprécié et, donc, souvent imprimé [DECARIA 2023].
Deux erreurs d’attribution : Gilles de Viterbe (1465?-1532) et Vittoria Colonna (1490-1547)
Alors que les deux premières compositions imprimées par Dolce sont des classiques avérés de la littérature en stance, la troisième et la quatrième, portant le nom illustre du cardinal Gilles de Viterbe, ne sont cependant pas sorties de sa plume.
Général de l’ordre des augustiniens entre 1506 et 1518, figure centrale de l’Église dans le moment critique de la Réforme protestante et du sac de Rome, Gilles de Viterbe est également un humaniste, un philosophe néoplatonicien, un savant polyglotte maîtrisant le grec, l’hébreu, l’araméen et prônant l’étude philologique des textes sacrés. Son éclectisme lui vaut de se faire attribuer des poèmes à titre posthume, et ses biographes contemporains s’aventurent, pour la Caccia d’amore (« Chasse amoureuse »), à en proposer une interprétation en termes d’allégorisme chrétien [MARTIN 1992 p. 120], ne soulevant qu’un soupçon au regard des Stanze della Pudicizia [MARTIN 1979]. La paternité de ces deux poèmes est cependant rapidement remise en cause.
Nous savons en effet que les deux poèmes n’ont pas été composés par le cardinal. Suivant l’ordre des Stanze di diversi illustri Poeti, le premier est un poème en 50 stances autrefois intitulé Stanze della Pudicizia (« les stances de la Pudeur »). Véritable renversement du poème de Bembo, dont il se réclame visiblement pour la longueur comme pour le récit offert : le poème raconte que la divine Pudeur, exilée au Paradis par les excès d’Amour sur terre, envoie des émissaires en Italie afin d’encourager les femmes à la chasteté et aux bonnes mœurs.
Son véritable auteur est un certain Giovan Battista Lapini, un des premiers membres de l’Accademia degli intronati de Sienne, où il prend le surnom de Fisicoso (mot archaïque pour « pointilleux ») [ROMANATO 2017]. Auteur on ne peut plus mineur, Lapini n’est autrement évoqué que pour ces stances, elles aussi connues uniquement comme réponse à celles de Bembo [GIBSON 1999]. De surcroît, le nom de Lapini est associé à ces seuls vers qui lui survivent uniquement dans les rares éditions où l’attribution erronée à Gilles de Viterbe est reconnue et la correcte attribution au Siennois est explicitée. [FERENTILLI 1584] [SEGHEZZI 1753 p. 123].
Le poème suivant, la Caccia d’amore (« Chasse amoureuse ») soulève encore moins de doutes quant à son attribution à Gilles de Viterbe. Le candidat le plus probable est Tommaso Castellani (1575/85-1541) [CALITTI 2004] [ROMANATO 2012]. Au croisement des Métamorphoses d’Ovide et du Cantique des cantiques, inspiré également des Salles pour la joute dont le cadre est aussi cynégétique, le poème en 52 stances relate une chasse ayant lieu dans une terre féconde qui se révèle être le joli corps d’une femme où le prédateur devient aussitôt proie de l’amour.
Si on avance dans la lecture des Stanze di diversi illustri Poeti, nous rencontrons un poème de 27 stances qui commence par « quando miro la terra ornata e bella » « lorsque j’admire la terre ornementée et belle ». Ce poème contient un éloge de la beauté du monde naturel, peut-être relevant du choix de Dolce de poursuivre son anthologie par une composition, par lui erronément attribuée à Vittoria Colonna, en réalité de Veronica Gambara dont un autre poème, correctement attribué, figure dans le recueil. Erreur commune mais amendable déjà à l’époque, comme en témoigne une édition concurrente de l’adversaire de Dolce, Girolamo Ruscelli [RUSCELLI 1554, p. 7]. En outre, ce poème se différencie des précédents quant au sujet, qui ne porte pas sur le thème de l’amour. Voyant tout le monde s’affoler derrière des préoccupations passagères et contingentes, dont justement l’amour, la poétesse choisit de se fixer comme ambition suprême la poursuite de la vertu.
Les courtisans : Francesco Maria Molza (1489–1544) et Luigi Alamanni (1495-1556)
C’est un ensemble cohérent de trois poèmes du même auteur (avec une exception comme nous le verrons) qui suit dans l’ordre des stances. Il s’agit de Francesco Maria Molza, véritable modèle du courtisan cultivé qui vit des lettres rédigées pour ou célébrant un protecteur, et dont la fortune dépend étroitement de celle de ce dernier. Modénois d’origine, Molza vit longtemps à Rome où il écrit des poèmes en italien et en latin, tous également appréciés. Il conduit une vie aventureuse (il se sauve à peine d’une tentative d’assassinat par exemple) qui se termine à cause de la syphilis. Comme plusieurs autres auteurs de la Renaissance en général et des Stanze di diversi illustri Poeti en particulier, Molza est étroitement lié à la dynastie médicéenne, puisqu’il resta longtemps dans le sillage du cardinal Hippolyte de Médicis (1511-1535).
C’est ce dernier qui est à l’origine du premier et plus important de ces trois poèmes. Le cardinal, souhaitant obtenir un portrait de son aimée, Giulia Gonzaga (1513-1566), envoie auprès d’elle le peintre Sebastiano del Piombo pour la dépeindre. Considérée comme la dame la plus belle de son époque, ce portrait fut un exploit célébré par Vasari dans les termes suivants :
« E poco appresso, essendo il cardinale Ippolito de’ Medici innamorato della signora Giulia Gonzaga, la quale allora si dimorava a Fondi, mandò il detto cardinale in quel luogo Sebastiano, accompagnato da quattro cavai leggeri, a ritrarla. Et egli in termine d’un mese fece quel ritratto; il quale, venendo dalle celesti bellezze di quella signora e da così dotta mano, riuscì una pittura divina; onde, portata a Roma, furono grandemente riconosciute le fatiche di quell’artefice dal cardinale che conobbe questo ritratto, come veramente era, passar di gran lunga quanti mai n’aveva fatto Sebastiano infino a quel giorno. Il qual ritratto fu poi mandato al re Francesco in Francia, che lo fe porre nel suo luogo di Fontanableò »
« Peu après, étant le cardinal Hippolyte de Médicis amoureux de Madame Giulia Gonzaga, qui résidait alors à Fondi, envoya Sebastiano dans cette ville, accompagné de quatre cavaliers, afin de la peindre. Au bout d’un mois, il réalisa ce portrait ; celui-ci, grâce aux beautés célestes de cette dame et à une main si habile, s’avéra être une peinture divine ; ainsi, une fois emmené à Rome, le cardinal reconnut grandement le travail de cet artisan, car il vit que ce portrait, tel qu’il était, surpassait de loin tous ceux que Sebastiano avait réalisés jusqu’à ce jour. Ce portrait fut ensuite envoyé au roi François en France, qui le fit placer dans sa résidence de Fontainebleau. » [VASARI 1568, p. 345]
Aujourd’hui perdu, ce portrait ne survit que dans des copies. Soit qu’Hippolyte les lui ait explicitement commanditées, soit qu’il ait souhaité lui faire plaisir, Molza et Gandolfo Porrino (14??-1552), son ami et protégé, rédigent 50 stances chacun pour en encenser la beauté [PICH 2010]. Les deux parties sont attribuées par Dolce à Molza : les Stanze sopra il ritratto della S. Giulia Gonzaga. L’erreur sera reproduite par l’éditeur moderne de Molza, Pierantonio Serassi, qui trouvera absurde l’idée d’un poème à la fois en deux parties et à quatre mains. Malgré l’amitié évidente qui lie les deux courtisans, d’après Serassi « lo stile istesso così dolce, puro, elevato » (« le style même si doux, pur, élevé ») ne peut faire douter de l’attribution à Molza [SERASSI 1747, préf.]
Au contraire, dans sa courte biographie de Porrino, Benedetto Croce soutiendra la thèse opposée, pour des raisons stylistiques d’ordre antipodal. L’intellectuel avoue n’avoir jamais apprécié :
« codesta molziana infilzata di lodi in forma ora ragionante ora rettorica, ripiena di fraseologia vacua … Le ottave del Porrino hanno di certo anch’esse molto riempitivo, che lascia vuoto il vuoto; ma, se il Molza rimava a freddo, nel Porrino c’è, invece, calore ed affetto. »
« cette suite molzienne truffée d’éloges tantôt raisonnés, tantôt rhétoriques, farcie d’une phraséologie creuse… Les octaves de Porrino contiennent certes elles aussi beaucoup de remplissage, qui laisse le vide encore plus vide ; mais, si Molza rimait avec froideur, on retrouve chez Porrino, au contraire, de la chaleur et de l’affection. » [CROCE 1942 p. 87]
La critique contemporaine n’hésite pas à attribuer la deuxième partie à Porrino [CHIODO 2003].
En revanche, les deux poèmes suivants sont attribuables sans aucun doute à Molza, et portent respectivement sur ses deux plus grandes passions : les services donnés à Hippolyte de Médicis (« Al reverendiss. et illus. Cardinal Hippolito de Medeci », « Au très révérend et très illustre cardinal Hippolyte de Médicis » en 24 stances) et la passion pour les femmes. Composée en 82 stances, « la Ninfa tiberina » (« la nymphe du Tibre ») est son œuvre la plus connue : il s’agit d’une autre réinterprétation d’un mythe ancien, la fuite et le décès d’Eurydice tels qu’ils sont chantés par Ovide.
Le cadre mythologique ovidien est également présent dans le poème suivant, la « Favola di Narciso » (« Fable de Narcisse ») de Luigi Alamanni.
Esprit républicain dans une Florence toujours plus dominée par les Médicis, Luigi Alamanni participe activement à une conjuration vouée à assassiner le cardinal Jules de Médicis, fils du célèbre Julien et futur pape Clément VII, qui tenait alors les rênes de la ville toscane. Ayant réchappé à la décapitation, Alamanni se réfugie d’abord à Venise et s’installe ensuite en France à la cour de François Ier, où il fera carrière dans la diplomatie [PICQUET 1998]. Alamanni représente un autre type de courtisan lettré, capable à la fois d’écrire des poèmes amoureux et de représenter son prince dans des ambassades à l’étranger.
Les 79 stances de la réécriture originale du mythe de Narcisse font de l’épisode mythique un enseignement moralisateur : plus encore que la douleur occasionnée par un amour non réciproque, pourtant bien présente, le poète met en garde contre les conséquences de tout comportement déraisonnable [ORIGGI 2012].
Une particularité insolite de la poétique d’Alamanni est son usage de nommer « pianta » (« plante ») les destinataires de ses vers, dont par exemple cette même fable de Narcisse (« Alma mia pianta, in le cui belle fronde… »). Pas seulement les femmes aimées : d’après son biographe, « Alamanni affectionnait cette expression de pianta, qu’il applique à bien d’autres personnes, à Chiara Fermi (stances L’oscuro suo sentier la notte havea, st. 22), à Machiavel (son. Lassi piangiamo, ohimé, che l’empia morte, à François Ier […] et à bien d’autres encore. » [HAUVETTE 1903, p. 137 n. 2].
Les sorts divers de la renommée : Pierre l’Arétin (1492-1556) ; Bernardo Tasso (1493–1569) ; Ercole Bentivoglio (1507-1573)
Les trois poètes qui suivent représentent symboliquement trois destins différents dont les auteurs de la Renaissance peuvent faire l’objet.
Le premier, Pierre l’Arétin, est à son époque et aujourd’hui encore le poète peut-être le plus connu de tout le recueil. Ami de longue date de Ludovico Dolce [CAIRNS 1985], l’Arétin est doté de ce qu’on peut appeler une personnalité excessive. D’origine modeste, il côtoie à la fois le peuple et l’aristocratie. D’une part, il est l’auteur de sonnets si explicitement luxurieux qu’ils sont comparés à de la pornographie ; d’autre part, il dresse une critique provocatoire et sévère des nudités peintes par Michel-Ange dans la chapelle Sixtine. Il travaille au service de papes et de courtisanes qu’il célèbre, tout en revendiquant son amour pour les hommes. Autant appréciée que détestée, sa plume lui vaut le surnom de Divin mais aussi de Fléau des princes, d’après l’expression forgée par l’Arioste. Cette « combinaison de malfaisance et d’excellence » [HENDRIX 2021, p. 529] lui vaudra une renommée éternelle.
Le poème de l’Arétin que Dolce publie sans titre dans le recueil est couramment appelé les « Stanze in lode di Angela Serena » (« Stances en louange d’Angela Serena ») et représente, après les sonnets érotiques, sa composition poétique peut-être la plus célèbre.
L’intention de la rédaction de ces 60 stances est de faire l’éloge de Mme Angela Serena, que la tradition littéraire considère comme sa maîtresse ; certains biographes ont recontextualisé ce rapport, insistant sur la volonté du poète de rendre hommage à cette dame par la fréquente évocation de sa chasteté, terme qui serait incongru sous la plume d’un auteur certes non enclin aux euphémismes mais qui au contraire revendique les avoir rédigées très chastement [BERTANI 1901]. L’amitié qu’il éprouve pour une femme à son dire intelligente, vertueuse et de surcroît poétesse paraît-elle alors sincère, nulle trace de lubricité ne ressort en effet du poème.
Encore une fois, le cadre est sinon mythologique, du moins mythique : un pasteur toscan admirant le ciel voit apparaître parmi les nuages une sirène angélique. Le jeu de mots avec le nom de la femme ainsi célébrée est particulièrement réussi, et il est visuellement souligné par Dolce qui fait imprimer le mot SIRENA toujours en lettres capitales.
La grande faveur rencontrée par ces stances est attestée par une gravure qui en représente la scène initiale. Liée indissolublement aux premiers vers de ce poème, l’image d’origine inconnue serait tirée d’après certains d’un dessin de Titien, d’ailleurs lui aussi ami personnel de l’Arétin.
Les deux poètes qui suivent l’Arétin dans les Stanze di diversi illustri Poeti, Bernardo Tasso et Ercole Bentivoglio offrent une situation différente. Tous les deux très célèbres de leur vivant, appréciés au siècle suivant, leurs poèmes ne sont quasiment plus lus aujourd’hui en dehors des spécialistes de la littérature poétique de la Renaissance.
Bernardo naît dans une famille de la petite noblesse qui, de la province de la République de Venise, se diffuse dans toute l’Europe continentale en participant notamment à la diffusion du système postal moderne. Il réside et travaille dans plusieurs cours princières italiennes et transalpines, avec des fortunes variables : il a été exilé et ses biens ont été expropriés, mais il a été aussi richement récompensé pour son travail diplomatique et poétique.
Des deux groupes de stances sélectionnés par Dolce, le premier exalte la beauté de Giulia Gonzaga, la même dame objet des éloges de Molza et de Porrino [ZOCCARATO 2018]. Les stances de Tasso ont probablement été composées à l’occasion de son entrée dans un monastère près de Naples [FOSALBA VELA 2019]. La renommée de Tasso sera complètement éclipsée par celle de son fils, Torquato Tasso (1544-1595) dit le Tasse : l’auteur du poème épique La Jérusalem délivrée, considéré comme l’un des chefs-d’œuvre de la littérature italienne.
Ercole Bentivoglio peut se prévaloir également d’origines nobles. Né dans la famille des seigneurs de Bologne, sa naissance en exil coïncide avec la chute de leur gouvernement et le passage de la ville sous le contrôle des États pontificaux. Il reçoit une éducation aux lettres à la cour de son oncle, Alphonse Ier d’Este (1476-1534), duc de Ferrare, mari de Lucrèce Borgia et grand mécène d’artistes et d’homme de lettres, dont notamment l’Arioste.
Considéré autrefois comme « uno dei più culti, e ingegnosi Rimatori del secolo XVI » (« un des poètes les plus cultivés et ingénieux du XVIe siècle ») [CRESCIMBENI 1730 III-1 p. 36] il est considéré aujourd’hui comme un auteur mineur, à tel point que son nom n’est même pas cité dans un texte détaillant le contenu des Stanze di diversi illustri Poeti [CALITTI 2004 p. 133]. La raison de cette inadvertance doit certes être attribuée à Dolce, qui oublie le nom de Bentivoglio dans la table des matières de son anthologie, même si un poète plus illustre n’aurait probablement pas passé inaperçu dans l’étude de la chercheuse. Ses 14 stances que nous lisons dans le recueil traitent de manière intéressante des peines entraînées par l’amour, se concluant par l’invitation que « Hor regni amor ne l’animo sereno » (« qu’amour domine finalement l’esprit serein »).
À peine plus que des fragments : Veronica Gambara (1485-1550), Jacopo Bonfadio (1508-1550) et Antonio Placidi (XVI s.)
Peut-être par simple hasard, car cela n’est ni revendiqué ni compréhensible comme choix implicite, suivent les trois compositions poétiques les plus brèves de toute l’anthologie, commençant par les 4 stances de Veronica Gambara, la seule poétesse de tout le recueil puisqu’elle est aussi, nous le rappelons, l’autrice du poème erronément attribué à Vittoria Colonna.
Ces deux poétesses sont sans doute les plus connues de la Renaissance mais sont loin d’être les seules : nous pouvons évoquer Gaspara Stampa (1523-1554), Chiara Matraini (1515-1604) ou encore Isabella di Morra (1520-1545). La présence de femmes à l’intérieur de recueil tels que les Stanze di diversi illustri Poeti, bien qu’épisodique voire fort minoritaire, ne prêtait pas à controverse.
Gambara, née à Brescia dans une famille de la noblesse locale, doit épouser le seigneur de Correggio près de Reggio d’Émilie. Depuis cette petite ville, elle établit une correspondance avec plusieurs intellectuels qui en apprécient le style. Rédigées lors d’un voyage dans sa région natale, les stances « Con quel caldo desio, che nascer suole » (« par ce désir chaud, qui souvent naît ») expriment avec élégance une sensation de nostalgie qui ne cède pas au chauvinisme : les endroits bienheureux qu’elle revisite « Da me sarete col pensier lodati, / E con l’anima sempre e ad ogni passo, / Con la memoria vostra in mezo il core, / Quanto sia in mio potere, farovvi onore. » (« Vous serez loués par ma pensée, / et toujours par l’âme et en chaque pas, / Avec votre souvenir dans mon cœur, / Autant qu’il est en mon pouvoir, je vous ferai honneur. »)
Par une simple coïncidence, le poète qui suit dans l’anthologie, Jacopo Bonfadio, est lui aussi originaire de la région de Brescia et lui aussi n’y a pas vécu sa vie.
Après une formation humaniste très rigoureuse à l’université de Padoue, il exerce le métier des lettres dans plusieurs cours italiennes (Naples et Rome notamment). Dans ce cadre, il rencontre plusieurs personnalités de l’Église (Pietro Bembo) mais aussi de la Réforme (l’érasmien espagnol Juan de Valdés). Bonfadio est reconnu pour la qualité de ses poèmes et surtout de ses proses comme en témoigne sa correspondance avec Dolce et Paul Manuce. À la demande de la République de Gênes, il s’installe dans la ville ligure pour enseigner la philosophie dans son université. Le gouvernement de la Superbe lui commandite alors de rédiger une histoire de la ville de Gênes de 1528 à 1550, qu’il produit en cinq volumes : les Annalium Genuensium. Très peu de temps après, cependant, il est arrêté, jugé et exécuté pour sodomie : ses amis parviennent uniquement à lui éviter le bûcher, mais non la décapitation avec la dispersion des cendres [ROSI 1895]. Les minutes de son procès ayant été perdues, la seule raison certaine de sa condamnation, et ce depuis son époque, est une obscure « raison d’État » [SAMBUCA 1746 p. XXXVIII]. Ont été mis en avant son enseignement philosophique ; sa familiarité avec les milieux hérétiques ; mais surtout le contenu des Annalium Genuensium, qui a indisposé de puissantes familles locales [DITCHFIELD 1895, p. 107].
Les 6 stances qui apparaissent dans l’anthologie dolcienne se distinguent de tous les autres poèmes par leur objet : elles visent à bien conseiller les « donne leggiadre e belle » (« femmes gracieuses et belles ») afin de déterminer l’homme vraiment digne de leur amour.
Ces stances sont suivies de celles du premier des illustres inconnus qui parsèment notre recueil. Il s’agit d’un court poème de seulement 9 stances qui traitent d’une souffrance amoureuse si forte qu’elle pousse l’auteur à souhaiter la mort, une composition pas vraiment joyeuse à partir de son premier vers : « Poi, che si grave duol m’ingombra l’alma » (« Puisqu’une douleur si grave m’encombre l’esprit »).
Son auteur est un certain Antonio Placidi. Membre d’une noble famille de Sienne, outre ces 72 vers considérés par Dolce comme dignes de paraître dans le sillage de Bembo, de Politien et de l’Arétin, Placidi a laissé une seule trace dans l’histoire littéraire que nous avons pu retrouver. Il est en effet évoqué comme l’un des élèves d’Aonio Paleario, de son vrai nom Antonio della Paglia (1503-1570), un humaniste proche du monde de la Réforme que le jeune Placidi et son collègue Orlando Malavolti ont proposé pour la chaire de professeur de lettres latines et grecques de l’université de Sienne [MORPUGNO 1912 p. 104]. Des années plus tard, Aonio Paleario sera condamné et exécuté comme hérétique, toujours à Sienne.
Le sexe et la guerre : Luigi Tansillo (1510-1568) et Lodovico Martelli (1500-1528)
Le poème suivant des Stanze di diversi illustri Poeti a également suscité les attentions inquisitoires. Nous l’avons déjà évoqué, il s’agit de Il Vendemmiatore (« le Vendangeur ») de Luigi Tansillo, seul poème entièrement censuré dans les éditions successives de l’anthologie. Par ailleurs, c’est aussi la composition la plus longue, ex-æquo avec les deux livres des Salles pour la joute de Politien.
Mais, mise à part leur étendue, les deux œuvres sont fort différentes. Alors que Politien se fait l’aède de l’amour courtois de la plus haute noblesse florentine, Tansillo s’adresse aux jeunes femmes du peuple occupées à la vendange près de Nola pour les inciter à la débauche et à une sexualité libre. Le style élégiaque, garni de références classiques, se révèle un support efficacement ironique pour le contenu érotique du poème : « Non Flora, nè Pomona, ma Priapo / Bisogna che da voi dunque s’onori » (« Ni Flore ni Pomone, mais Priape / Faut-il qu’il soit par vous honoré ») [D’ALESSANDRO 1997].
L’amour invoqué par Tansillo est en effet l’amour charnel, la passion sexuelle : le travail de la vendange est décrit par une série d’analogies ne laissant guère de place aux ambigüités et aux euphémismes. Le labour de la charrue est décrit par exemple en ces termes :
« Con un vomero tal la terra sveno, / Che egual nel campo, Cerere non folce; / Tal ch’è contenta, quando l’ha nel seno, /No’l vorria mai lasciar, tanto egli è dolce; / Piaga rigidamente il bel terreno, / Et con la stessa piaga il sana et molce; / Quanto più il solco fa profondo, et largo, / Tanto più dolce il seme entro vi spargo. ».
« Avec un soc pareil, je creuse la terre, / Que dans son champ ne pourrait pas labourer Cérès elle-même ; / Elle en est tellement ravie, quand elle le tient dans son sein, / Qu’elle ne voudrait jamais le quitter, tant il est doux ; / Il plie avec vigueur le beau terreau, / Et par la même ouverture, il le guérit et l’assouplit ; / Plus le sillon est profond et large, / Plus j’y sème la semence avec douceur. »
Parfois simplement grossière, la langue de Tansillo s’adonne souvent à des jeux de mots plus réussis : « Perchè credete, o donne, che si nome / L’uva gentil, quando ella è vecchia, passa? / Se non per farvi accorte co’l suo nome, / Che ogni vostra beltà, com’ella passa. » (« Pourquoi croyez-vous, ô femmes, qu’on appelle / La sultanine, lorsqu’elle vieillit, raisin sec ? / Si ce n’est pour vous faire comprendre, par ce nom, / Que toute votre beauté, comme elle, se sèche »). La solution proposée par le poète est alors d’éterniser la beauté du raisin par la liqueur et, aussi, implicitement par son effet.
Peut-être en raison des ennuis causés par l’Inquisition, peut-être par une sincère conviction spirituelle, Tansillo écrira dans sa vieillesse, un autre long poème en huitains, d’un genre cependant diamétralement opposé : Le lagrime di San Pietro (« Les larmes de Saint Pierre »), un assez long poème sur les remords de saint Pierre d’avoir trahi le Christ.
Lodovico Martelli, dont deux poèmes suivent Il Vendemmiatore, est considéré à son époque comme un jeune prodige littéraire, dont la mort soudaine laissera ses œuvres inachevées, toutes publiées à titre posthume. D’une noble famille florentine comportant plusieurs lettrés, Martelli est aussi un homme d’action : contraint de quitter Florence après avoir tué un garde médicéen ; réfugié à Rome, il quitte la ville deux jours seulement avant le sac par les lansquenets de Charles Quint en 1527. Engagé dans la flotte napolitaine, il est emprisonné par les Génois après la bataille de Capo d’Orso pour mourir mystérieusement, peut-être empoisonné [FINAZZI 2001].
À côté d’une tragédie de style classique restée inachevée et intitulée Tullia, les deux poèmes imprimés dans les Stanze di diversi illustri Poeti sont parmi ses ouvrages les plus connus. Le premier, intitulé « In lode delle donne » (« Hommage aux femmes »), explique longuement, en 111 stances, les différentes raisons pour lesquelles il aime les femmes. Le deuxième poème a en revanche une origine et un contenu plus insolites. Ces stances sont adressées à Vittoria Colonna, poétesse célèbre mais aussi marquise de Pescara. Son mari, le marquis Ferdinand François d’Avalos (1489-1525) est un commandant de l’armée de Charles Quint qui décède à la suite des blessures reçues lors de la bataille de Pavie. Martelli envoie à Mme Colonna un très long poème de 125 stances, resté également inachevé au moment de la mort du poète, suivant le registre classique de la consolatio. Or un tiers environ de ce poème contient un récit du sac de Rome de 1527 et représente l’une des toutes premières descriptions poétiques de cet évènement historique.
La plume de Martelli, qui connaissait par expérience personnelle les faits d’armes, s’ingénie dans la représentation du chaos et de la terreur causés par l’armée allemande :
« Nebbia dal ciel, polvere, fumo, et foco, / Suon d’armi, scoppi, et dolorosi gridi, / Fuga, morte, ferir men crudo poco, / Strane voci dicenti ancidi ancidi, / Havean fatto sembiante il loco, al loco / Ove si piange con eterni stridi. / Largo tingendo ’l Tebro, che fuggiva / Ratto via più che prima, il sangue giva. »
« Brouillard du ciel, poussière, fumée et feu, / Bruit des armes, détonations et cris douloureux, / Fuite, mort, blessures à peine moins cruelles, / Étranges voix criant : « Tue ! Tue ! », / Tout cela faisait ressembler cet endroit à l’endroit / Où l’on pleure dans les hurlements éternels. / Tintant le Tibre, qui s’écoulait fuyant / Plus vite qu’auparavant, le sang coulait. »
Des poètes mineurs : Claudio Tolomei (1492-1556), Annibale Tosco (XVI siècle), Jérôme Benivieni (1453-1542)
Après les exploits littéraires de Martelli, Dolce décide de conclure ses Stanze di diversi illustri Poeti par une demi-douzaine d’auteurs qui, peut-être avec une seule exception, sont des auteurs vraiment mineurs voire des illustres inconnus, dont les poèmes sont d’une qualité littéraire souvent faible. Leur insertion dans le recueil peut parfois être justifiée par des raisons d’ordre politique.
Le premier de ces poètes est Claudio Tolomei, docteur en droit et humaniste, dont les écrits en prose sont considérés comme bien plus influents que ses vers [GARAVELLI 2013]. Certains de ses textes s’inscrivent dans le débat alors en cours concernant la possibilité d’ajouter des lettres à l’alphabet italien : ces écrits ont été évoqués par les savants. De même pour ses Lettres : elles sont encore admirées au XIXe siècle par opposition à la piètre qualité de ses stances :
« Di Claudio Tolomei, mediocre poeta, miglior scrittor di giurisprudenza, non abbiamo a lodare che lo Epistolario, in cui concetti, forma e stile sono ammirevoli tanto da esser proposti a modello degli studiosi. »
« De Claudio Tolomei, poète médiocre mais meilleur auteur de jurisprudence, nous n’avons d’autre à louer que sa Correspondance, dans laquelle les concepts, la forme et le style sont si admirables qu’ils sont proposés comme modèle aux érudits. » [COGNETTI 1875, p. 613]
Suit un poème d’Annibale Tosco : l’importance actuelle de ce personnage consiste uniquement dans le fait d’avoir été le destinataire d’une lettre de la poétesse bien plus célèbre Chiara Matraini (1515-1604). Imprimée dans le recueil de lettres publié par Paul Manuce que nous avons déjà évoqué [MANUCE 1557 p. 635], cette lettre étant l’une des sources très rares sur Tosco. Elle permet de dater plus précisément le séjour génois de Matraini. Matraini lui montre qu’elle apprécie le style de ses « divinissime stanze » (« stances très divines »), et semble faire référence à son appartenance à un cercle culturel bien établi [ACUCELLA 2018 p. 439].
Outre des références éparses à la présence de ses rimes dans quelques recueils poétiques du XVIe siècle [CRESCIMBENI 1730 II, p. 105] et quelques dédicaces contemporaines, la seule autre notice sur Tosco que nous avons pu repérer se lit dans un livre excentrique intitulé « Detti, et fatti di diuersi signori et persone priuate, i quali communemente si chiamano facetie, motti & burle; raccolti per Lodovico Domenichi » (« Dits et faits de divers seigneurs et particuliers, communément appelés facéties, boutades et plaisanteries ; rassemblés par Lodovico Domenichi »). Il s’agit d’un recueil de blagues, réponses, mots d’esprit, de longueurs très inégales, réunis par Domenichi qui commente chacun par un seul mot ou une expression, par exemple sagace, mordant, froid, malhonnête, etc.
Voici la subtile boutade de Tosco reportée par Domenichi :
« Ragionando uno a tavola lungamente del fatto del Turco, e dicendo: che mai non si poteva intendere nulla de’ fatti suoi, e che cio che si parlava di lui, era bugia M. Annibal Thosco da Cesena disse: e però stà cheto tu. (Arguto) »
« Alors qu’un tel discutait longuement à table de l’affaire du Turc, en disant qu’on ne comprenait jamais rien à ses affaires et que tout ce qu’on racontait à son sujet n’était que mensonges, M. Annibal Tosco, de Cesena, a dit : “Alors, tais-toi.” (Futé) » [DOMENICHI 1562, p. 224]
Offertes à la protectrice de Tosco, la comtesse Silvia Somma da Bagno, les 25 stances que Dolce décide de publier développent une vision paradisiaque de l’amour qui rend bienheureux quiconque cède à son influence.
Inexplicablement, le poème suivant est l’Amore (« Amour ») de Jérôme Benivieni, la composition la plus ancienne de tout le recueil. Contemporain, collègue et imitateur de Politien, Benivieni écrit beaucoup mais ne fait jamais preuve de grande originalité. Sa période la plus féconde intellectuellement suit la rencontre avec Jean Pic de la Mirandole (1463-1494), avec lequel il se lie d’une profonde amitié. L’influence de ce philosophe se retrouve dans ce poème, nourri de l’imaginaire du néoplatonisme ; par ailleurs, Pic de la Mirandole le remarque et en publie un commentaire. Après le décès de son ami, lui aussi empoisonné avec Politien par Pierre II de Médicis, Benivieni se rapproche de Savonarole qu’il ne reniera jamais. Globalement moins intéressantes, les œuvres qu’il compose après sa conversion à la doctrine du moine de Ferrare consistent notamment dans des commentaires à la Divine Comédie de Dante.
Le poème Amore est écrit sur le modèle classique de la chasse d’amour [DI BENEDETTO 2020]. Ce qui est intéressant, et nous y voyons l’influence à la fois de l’œuvre de Dante et de la pensée de Pic de la Mirandole, est que le poète se trouve soudain transformé en une lonce : « Cangiai in un punto, e il miser corpo humano: / In brutta fiera, e troppo iniqua, et fella, / Ond’io diueni d’huomo liber et sciolto / Vna leonza leggiadretta molto. » (« Je suis transformé en un instant, et ce misérable corps humain : / En une bête laide, trop injuste et cruelle, / De sorte que je suis devenu, d’homme libre et affranchi, / Une lonce très agile. ») Le reste du poème traite de l’ascension d’une haute colline afin d’y retrouver la femme aimée et, dans son amour, la forme humaine.
Les illustres inconnus : Fiordiano Malatesta (15..-1576), Pompeo Pace, Vincenzo Querini (1478-1514) et Giovan Giacomo Dal Pero (1…-1555?)
À l’aventure de Benivieni succède une série de poètes on ne peut plus mineurs, commençant par 50 stances « d’incerto autore » (« d’auteur incertain ») attribuées par la critique, bien que de manière non définitive, à Galeazzo di Tarsia (1520?-1553) [PELLEGRINI 1918].
Ensuite, un très court poème de 10 stances seulement, attribué par Dolce à un certain Malatesta da Rimini. Étant donné que la famille des Malatesta a gouverné cette ville de Romagne pendant plusieurs siècles, l’ambiguïté demande à être levée. L’auteur de ces stances, tout occupé par la douleur atroce de l’abandon de son aimée, est un certain Fiordiano Malatesta, décédé en 1576. Juriste et naturaliste à la fois, il a participé au gouvernement de la ville et se dédie à la poésie, publiant des vers sur la beauté des femmes et de sa ville natale [TONINI 1884].
Or si Malatesta n’a pas sombré complètement dans l’oubli, c’est en partie grâce à ces vers larmoyants, mais aussi et surtout grâce à un ouvrage curieux qu’il publia : un traité d’ichtyologie en huitains, la Operetta non meno utile che dilettevole, della natura, et qualità di tutti i pesci, fino al giorno d’oggi conosciuti dal mondo, dove si contengono i loro nomi particolari, sì latini come moderni volgari », (« Petit ouvrage pas moins utile qu’agréable, traitant de la nature et des caractéristiques de tous les poissons connus à ce jour dans le monde, dans lequel sont répertoriés leurs noms propres, tant en latin que dans la langue vernaculaire moderne »). Ce traité imprimé à Rimini en 1576, aurait dû être accompagné d’illustrations figurant les différents poissons, véritable passion de son auteur ; il n’en fut pas ainsi et de surcroît l’ouvrage n’existe qu’en une seule édition [GRIECO 2001].
Une deuxième composition anonyme, toujours considérée « d’incerto autore », respecte les canons traditionnels du genre : en 50 stances, dans un cadre à la fois agreste et mythique, elle rend hommage aux joies de l’amour. L’attribution proposée couramment, mais sans conviction unanime, va à Luigi Alamanni [PELLEGRINI 1913] [CALITTI 2004].
Non moins inconnue est la figure de Pompeo Pace. Contrairement à la plupart de ses collègues recueillis par Dolce, Pace n’écrit pas des poèmes pour vivre mais il est auditore (auditeur, c’est-à-dire secrétaire) de Giovanni Grimani (1506-1593), patriarche d’Aquilée [PASCHINI 1957]. Ami de Bernardo Tasso, quasiment tous ses écrits arrivés jusqu’à nous sont des échanges de sonnets avec le père du Tasse, ou bien concernent les minutes de quelques ambassades auxquelles il a participé avec le puissant Grimani. Pace meurt apparemment après 1633 [BAFFIONI VENTURI 2013].
Pace est l’un de ces personnages qui éveillent la curiosité des historiens locaux et qui leur permettent, parfois, de s’adonner à de vrais morceaux de bravoure de micro-histoire. La biographie mordante que Giacomo Vanzolini a écrite sur Pace au début du XXe siècle permet en effet d’ériger ce diplomate-poète en figure emblématique de tous ces hommes de lettres, dilettantes plus ou moins doués, qui peuplent les anthologies de la Renaissance.
Sono poche notizie quelle ch’io posso dare, e forse le sole che rimangono, su questo cinquecentista; e a qualcuno parranno anche troppe. Ma poiché il suo nome è ricordato con qualche onore dai suoi contemporanei, vediamo di sapere chi egli fosse. È vero che nel cinquecento non ci voleva molto a farsi nominare in un poema o in un dialogo e a ricevere in sonetto, pur dai maggiori, e anche meno a vedere i propri versi e le proprie lettere stampate in qualche volume di quei « diligenti collettori/ delle rime diverse e delle prose », che Cesare Caporali nell’Esequie di Mecenate mandava dietro al caval pegaseo con bacili in mano, « acciò il letame e l’immondezza / che dal ventre toscano usciva fuori / non gisse in terra fra la sordidezza ». Onde oggi è messa a bella prova la nostra erudizione in illustrare quegli ignoti. Al Pace, sebben marchegiano, capitò la stessa sorte coll’Atanagi e col Dolce «collettori», o egli la cercò; e a me è capitato d’incontrare alcune notizie di lui, quasi senza cercarle, perché le più mi si offersero dall’Oliveriana di Pesaro. […] Il quale, ad ogni modo, giureconsulto fu certamente, […] e divenne poscia auditore del patriarca d’Aquileia. Probabilmente l’ufficio di pretore lo fece dimorare “alcuni anni” a Montebaroccio, […] anni di lieta giovinezza e d’amori che informano quasi tutte le poche rime del Pace, composte in parte là sul “Fiorito adorno, Monte che del nome / di due ruote congiunte” si chiama appunto Mombaroccio. […] E lassù il bravo pretore s’invaghì di una Marina, ch’egli amò certo di grande e sincero amore, ma ch’ebbe il coraggio di cantare nelle stanze su citate, in modo da disgradarne il più disgraziato secentista. Sentite un po’! “Fui huomo, vissi e caldamente amai / ed hor son fatto per pietà divina, / quasi Lica, uno scoglio in la Marina” […] Messosi sulla via di siffatti versacci, per logica fatale dovea giungere a chiedere: chi vide in Monte mai nascer un Mare? E seguitar descrivendo tutti i tesori che in quel Mare si trovavano. Possono essere pure di quel tempo, e relative a quella piccola corte, altre rime “preziose” che si leggono nelle raccolte dell’Atanagi e del Dolce […] Così con la coltura giuridica e l’esperienza acquistata, ma anche con l’ajuto e la protezione del suo signore potè, cred’io, essere il Pace accolto auditore del patriarca d’Aquileja Giovanni Grimani, gran raccoglitore d’antichità […] nel ‘48 era già a Venezia e aveva scritto, lo sciagurato, un sonetto laudativo a quell’immondo Pietro Aretino, che ne lo ringraziava salutandolo “Poeta chiaro et Dottore ‘eccellente’”. […] Tale fu messer Pompeo Pace da Pesaro, rimatore alla peggior moda del tempo, uomo di legge e beneficiato, e un po’ anche diplomatico: nel tutt’insieme, poco dissimile da tanti cortigiani del suo secolo, per quanto scarsi ci risultino i casi della sua vita, che io lascio “a maggior bando” e a più felici ricerche. »
« Les informations que je peux donner sur ce poète du XVIe siècle sont rares, et peut-être les seules qui subsistent ; à certains, elles sembleront même beaucoup trop. Mais puisque son nom est évoqué avec un certain honneur par ses contemporains, essayons de découvrir qui il était. Il est vrai qu’au XVIe siècle, il ne fallait pas grand-chose pour être cité dans un poème ou un dialogue et pour recevoir un sonnet, même de la part des plus grands, et encore moins pour voir ses vers et ses lettres imprimés dans l’un de ces volumes de ces “diligents collecteurs / de rimes diverses et de prose”, que Cesare Caporali, dans les Équipes funèbres de Mécène, envoyait derrière le cheval de Pégase, des bassins à la main, “afin que le fumier et les immondices / qui sortaient du ventre toscan / ne tombassent pas en terre parmi la sordidité”. C’est pourquoi notre érudition est aujourd’hui mise à rude épreuve pour mettre en lumière ces inconnus. Au Pace, bien qu’originaire des Marches, il est arrivé le même sort qu’à Atanagi et à Dolce, les “collectionneurs”, ou bien l’a-t-il recherché ; et il m’est arrivé de tomber sur quelques informations le concernant, presque sans les chercher, car la plupart m’ont été offertes par la [bibliothèque] Oliveriana de Pesaro. […] Celui-ci, en tout cas, fut certainement jurisconsulte, […] et devint par la suite auditeur du patriarche d’Aquilée. Probablement, la fonction de préteur l’a fait séjourner “quelques années” à Montebaroccio, […] des années de joyeuse jeunesse et d’amours qui imprègnent presque tous les rares vers de Pace, composés en partie là-bas sur le “Mont fleuri et orné, qui porte le nom / de deux roues jointes”, appelé justement Mombaroccio. […] Et là-haut, le brave préteur tomba éperdument amoureux d’une certaine Marina, qu’il aima sans doute d’un amour grand et sincère, mais qu’il eut le courage de chanter dans les strophes susmentionnées, de manière à déplaire au plus malheureux des poètes du XVIIe siècle. Écoutez-moi ça ! “J’étais un homme, j’ai vécu et j’ai aimé passionnément / et maintenant, par la miséricorde divine, / je suis devenu, tel Lichas, un rocher dans l’eau Marine” […] S’étant engagé sur la voie de ces vers grossiers, il devait, par une logique fatale, en venir à demander : qui a jamais vu naître une mer sur une montagne ? Et il continua en décrivant tous les trésors que l’on trouvait dans cette mer. D’autres rimes “précieuses”, que l’on peut lire dans les recueils d’Atanagi et de Dolce, peuvent également dater de cette époque et se rapporter à cette petite cour […] C’est ainsi que, grâce à sa culture juridique et à l’expérience acquise, mais aussi à l’aide et à la protection de son seigneur, Pace put, je crois, être accueilli comme auditeur du patriarche d’Aquilée Giovanni Grimani, grand collectionneur d’antiquités […] en 1548, il était déjà à Venise et avait écrit, le malheureux, un sonnet élogieux à cet immonde Pierre l’Arétin, qui le remerciait en le saluant « Poète clair et Docteur “excellent” ». […] Tel fut maître Pompeo Pace de Pesaro, poète de la pire veine de son temps, homme de loi et bénéficiaire, et un peu aussi diplomate : dans l’ensemble, peu différent de tant de courtisans de son siècle, aussi rares que semblent être les cas de sa vie, que je laisse « à une plus grande diffusion » et à des recherches plus fructueuses ». [VANZOLINI 1901, p. 113-117]
Les vers sur lesquels Vanzolini ironise sont tirés des deux poèmes qui apparaissent dans le recueil, de 11 et 18 stances respectivement. En revanche celui de Vincenzo Querini qui suit, quoique respectueux du genre de la plainte amoureuse, révèle une sensibilité plus sophistiquée.
Dans sa vie relativement brève, Querini endosse presque toutes les carrières qui s’offrent aux hommes de lettres de la Renaissance. Né dans une influente famille du patriciat de Venise, il obtient un doctorat à l’université de Padoue, il rentre en relation avec plusieurs intellectuels dont Pietro Bembo, il participe à des missions diplomatiques pour la République pour enfin rejoindre l’ordre camaldule avec le nom de Pierre et se consacrer presque entièrement à la réforme de l’Église [BOWD 2002].
Si Dolce avait voulu conclure les Stanze di diversi illustri Poeti avec une composition de Querini, cela eût été un choix peut-être insolite, mais compréhensible en tant que déclaration sur l’état politico-religieux de la péninsule italienne. Il n’en a pourtant pas été ainsi, car l’éditeur ajoute à la fin de son recueil un poème en 24 stances d’un certain Giovan Giacomo dal Pero intitulé « Sovra varie imprese di donne » (« Sur des divers exploits de femmes »). S’il est vrai que les anthologistes de l’époque donnaient autant d’importance aux deux extrêmes de leur catalogue [TOMASI 2001], on ne peut que s’étonner de la juxtaposition de Bembo et de dal Pero.
Il est possible que ce nom ait été proposé à Dolce par Giolito de’ Ferrari, car dal Pero est son ami, correspondant épistolaire et compatriote de Trino dans le Montferrat [NUOVO COPPENS 2005]. Ayant eu quelque succès dans la carrière diplomatique, nous retrouvons dal Pero à la cour impériale en 1541 [ZUCCHI 1600 p. 286-288]. Parmi les ouvrages qu’il imprime, Giolito de’ Ferrari lui dédie en 1555 un ouvrage d’Antonio de Guevara (1480?-1545) sur les mystères du mont Calvaire. LLL’année suivante le même Giolito de’ Ferrari écrit une lettre à Antoine Perrenot de Granvelle (1517-1586) afin de lui demander un sauf-conduit pour se rendre depuis Venise à sa maison de famille à Trino : il fait ainsi appel au souvenir de leur amitié commune avec Giovanni Giacomo dal Pero, probablement déjà décédé [NUOVO COPPENS 2005 p. 290]. Puisque la première édition des Stanze di diversi illustri Poeti date d’avant la mort de dal Pero, il est probable que l’intention de l’éditeur et de l’imprimeur soit davantage de favoriser un ami plutôt que d’en célébrer la mémoire.
Par ailleurs, Giolito de’ Ferrari et Dolce n’étaient pas seuls à tenir en haute estime l’amitié de ce dal Pero : Niccolò Franco (1515-1570), un homme de lettres qui fut d’abord secrétaire, ensuite rival acharné de l’Arétin et dont l’œuvre érotique La Priapea est souvent imprimée à la suite du Vendemmiatore de Tansillo, affirme dans une épitre que l’amitié de « Gioan Jacopo dal Pero » est parmi les plus chères qu’il puisse jamais désirer [TANSILIO FRANCO 1790 p. 180].
Silvio de Gaète écrit également une lettre à sa propre sœur pour la féliciter de la naissance de sa fille, dont il a été informé par nulle autre personne que « le Signor Giovan Iacopo » [DOLCE 1554, p. 425].
Alessandro Valsecchi
Appendice :
| Plan des Stanze di diversi illustri poeti… | |||||
| Auteur déclaré | Auteur | Titre du poème | Premier vers | Nombre de stances | Édition la plus récente |
| Monsig. Bembo | Bembo, Pietro (1470-1547) | Ne l’odorato e lucido oriënte | 50 | [Gnocchi, 2003 ; Juri, 2020] | |
| M. Angelo Politiano | Politien, Ange (1454-1494) | Cominciata per la giostra del Magnifico Giuliano di Piero di Medici. | Le gloriose pompe, e i fieri ludi | 125 | [Séris Bausi 2006] |
| M. Angelo Politiano | Politien, Ange (1454-1494) | – Libro secondo. | Eran già tutti a la risposta attenti | 46 | [Séris Bausi 2006] |
| Cardinale Egidio | [Gilles de Viterbe (1465?-1532)] ; attribué à Giovambattista Lapini (????-????) | [Stanze della Pudicizia.] | La ‘ve l’Aurora al primo albor rosseggia | 50 | [Romanato 2017] |
| Il medesimo | [Gilles de Viterbe (1465?-1532)] ; attribué à Tommaso Castellani (1475/85 ?-1541) | Caccia di amore del medesimo. | Giovani incauti, che ‘il camin uolgete | 52 | [Romanato 2012] |
| S. Vittoria Colonna, Marchesa di Pescara | Colonna, Vittoria (1490-1547) ; attribué à Gambara, Veronica (1485-1550) | Quando miro la terra ornata e bella | 27 | [Bullock 1995] | |
| Il Molza | Molza, Francesco Maria (1489–1544) | Stanze del Molza sopra il ritratto della S. Giulia Gonzaga. | Se così dato a vostri tempo Homero | 50 | [Serassi 1747] |
| – | Gandolfo Porrino (14??-1552) | – Seconda parte. | Del bel l’idolo mio, ch’in terra adoro | 50 | [Serassi 1747] |
| Il medesimo | Molza, Francesco Maria (1489–1544) | Al reverendiss. et illus. Cardinal Hippolito de Medeci. | Quantunque paia meno a cui si debbe | 24 | [Serassi 1747] |
| Il medesimo | Molza, Francesco Maria (1489–1544) | La Ninfa Tiberina. | La bella Ninfa mia, ch’al Tebro honora | 82 | [Bianchi 1991] |
| Luigi Alamanni | Alamanni, Luigi (1495-1556) | Favola di Narciso. | Alma mia pianta, in le cui belle fronde | 79 | [Bizzi 2022] |
| Il medesimo | Alamanni, Luigi (1495-1556) | Stanze. | L’oscuro suo sentier la notte havea | 71 | |
| M. Pietro Aretino | Arétin, Pierre (1492-1556) | [Stanze in lode di Angela Serena.] | Aure, o aure che vi raggirate | 60 | [Aquilecchia Romano 1992] |
| M. Bernardo Tasso | Tasso, Bernardo (1493–1569) | Per la Signora Donna Iulia Gonzaga. | Se di penne giammai candide e belle | 74 | [Chiodo Martignone 1995] |
| Il medesimo | Tasso, Bernardo (1493–1569) | Se ben di sette stelle ardenti e belle | 15 | [Chiodo Martignone 1995] | |
| Il signor Hercole Bentivoglio | Bentivoglio, Ercole (1507-1573) | L’ire, l’asprezze e le gelate voglie | 14 | [Furnier 1719] | |
| La signora Veronica Gambara | Gambara, Veronica (1485-1550) | Con quel caldo desio, che nascer suole | 4 | [Bullock 1995] | |
| M. Giacomo Bonfadio | Bonfadio, Jacopo (1508-1550) | Donne leggiadre e belle, che tenete | 6 | [Sambuca 1746] | |
| M. Antonio Placidi | Placidi, Antonio (???-???) | Poi, che si grave duol m’ingombra l’alma | 9 | ||
| Il Tansillo | Tansillo, Luigi (1510-1568) | Il vendemmiatore. | Giovani donne, et belle, che sovente | 171 | [Toscano 2017] |
| M. Lodovico Martelli | Martelli, Lodovico (1500-1528) | In lode delle donne. | Leggiadre donne, in cui s’annida Amore | 111 | |
| Il medesimo Martelli | Martelli, Lodovico (1500-1528) | Alla illus. s. la s. S. Vittoria Marchesa di Pescara. In morte dell’illustriss. Marchese suo consorte. | se quelle rime, ond’io cantai d’amore | 125 | [Catelli 2005] |
| Messer Claudio Tolomei | Tolomei, Claudio (1492-1556) | De la beltà, che Dio larga possiede | 20 | ||
| Messer Annibal Thosco | Tosco, Annibale (???-???) | L’alma mia fiamma, a cui si larga parte | 25 | ||
| M. Hieronimo Benivieni fiorentino | Benivieni, Girolamo (1453-1542) | Amore di Hieronimo Benivieni fiorentino, allo illus. S. Conte Nicolo Vicecomite da Correggio. | Già lieta al novo ciel la bella aurora | 118 | [Mari-Fabre 1991] |
| D’incerto | [Galeazzo di Tarsia (1520?-1553) ?] | Già vago anch’io di strana gloria il nome | 50 | [Pellegrini 1918] | |
| Messer Malatesta da Rimini | Malatesta, Fiordiano (15..-1576) | Un mar di pianti da begli occhi fuore | 10 | ||
| D’incerto autore | [Alamanni, Luigi (1595-1556) ?] | O’ biondo iddio, che con più lungo corso | 50 | [Pellegrini 1913] | |
| Messer Pompeo Pace | Pace, Pompeo (15??-16??) | Danzava con maniere sopr’humane | 11 | ||
| Il medesimo | Pace, Pompeo (15??-16??) | Fiorito adorno, Monte che del nome | 18 | ||
| Messer Vincenzo Qurino | Querini, Vincenzo (1478-1514) | Hor, che ne l’oceano il sol s’asconde | 27 | ||
| M. Gio. Iacomo Dal Pero | Dal Pero, Giovan Giacomo (????-1555 ?) | Sovra varie imprese di donne. | Ne degna più, ne più pregiata cosa | 24 | |
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[DOLCE 1555] La Divina Comedia di Dante, di nuovo alla sua vera lettione ridotta con lo aiuto di molti antichißimi esemplari con argomenti, et allegorie per ciascun Canto, & Apostille nel margine. Et indice copiosissimo di tutti i Vocaboli piu importanti usati dal Poeta, con la sposition loro, In Vinegia, Appresso Gabriel Giolito de Ferrari, et fratelli. MDLV.
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[SAMBUCA 1746] Lettere famigliari di Jacopo Bonfadio di Gazano sulla Riviera di Salo’ con altri suoi componimenti in prosa ed in verso,… Il tutto insieme raccolto e dato alla luce dall’Abate Antonio Sambuca. Parte prima. In Brescia, Presso Jacopo Turlini, MDCCXLVI.
[SEGHEZZI 1753] Rime di M. Pietro Bembo, corrette, illustrate, ed accresciute con le annotazioni di Anton-Federigo Seghezzi… In Bergamo Appresso Pietro Lancellotti, MDCCLIII.
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Comment citer cet article :
Alessandro Valsecchi, « Un été de poésie italienne. Stanze di diversi illustri Poeti », Site de la Bibliothèque de l’Académie nationale de médecine [en ligne]. Article publié le 28 août 2026. Disponible à l’adresse : https://bibliotheque.academie-medecine.fr/stanze-di-diversi-illustri-poeti/




![Perino del Vaga (1501–1547) [attribué à], Capitaine d'infanterie muni d'une pique et d'une épée, 1535–47. États-Unis d’Amérique, Boston, The Museum of Fine Arts, 64.986 © Museum of Fine Arts, Boston (www.mfa.org)](https://bibliotheque.academie-medecine.fr/wp-content/uploads/2026/07/2026-07-Valsecchi_Perino_SC36553-721x1024.jpg)
![Lucas Cranach l'Ancien [atelier de], Portrait de Pietro Bembo, avant 1537, huile sur bois © Droits réservés](https://bibliotheque.academie-medecine.fr/wp-content/uploads/2026/07/2026-07-Valsecchi_Bembo.png)
![Angelo Poliziano, La Giostra di Giuliano de Medici…, Florence, Andrea Ghirlandi, ca. 1495–1500. États-Unis d’Amérique, New York, Metropolitan museum of New York, inv. 25.30.22. Harris Brisbane Dick Fund, 1925, Object Number: 25.30.22 [https://www.metmuseum.org/art/collection/search/355576]](https://bibliotheque.academie-medecine.fr/wp-content/uploads/2026/07/2026-07-Valsecchi_Politien.jpg)
![François Clouet (vers 1510-1572), Le Bain de Diane, vers 1565, huile sur bois. Rouen, Musée des Beaux-Arts, inv. 846.1.1 [https://mbarouen.fr/fr/oeuvres/le-bain-de-diane]. Philip Jodidio (Red.): Chenonceau. Société française de promotion artistique, Paris 2001. S. 20.](https://bibliotheque.academie-medecine.fr/wp-content/uploads/2026/07/2026-07-Valsecchi_Clouet-1024x709.jpg)











![Francesco Colonna, Hypnerotomachia Poliphili [Songe de Poliphile], Venise, Alde Manuce, 1499. Source : https://architectura.univ-tours.fr/livres-consultation/les1360consult/?fiche=110](https://bibliotheque.academie-medecine.fr/wp-content/uploads/2026/07/2026-07-Valsecchi_Poliphile.jpg)
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