Grâce au généreux prêt consenti par l’Université Paris Cité et sa Direction générale déléguée aux bibliothèques et musées (DGDBM), la Bibliothèque de l’Académie nationale de médecine a le plaisir de vous inviter à découvrir, dans le salon Lhermite, aux mois de septembre et d’octobre 2026, les panneaux de l’exposition itinérante « Place aux femmes ! les premières femmes médecins », inaugurée en avril 2026 sur le site des Grands-Moulins. Il s’agit de la partie consacrée aux femmes médecins, composée de treize roll-ups ou kakémonos, la DGDBM ayant conçu en parallèle une exposition « Place aux femmes ! Les premières femmes avocats ».
À la suite d’un premier kakémono qui en présente les enjeux, l’exposition se déploie en 12 kakémonos répartis entre 8 thématiques transverses et 4 panneaux biographiques savamment sélectionnés :
– La place des femmes dans l’histoire des soins jusqu’en 1914
– L’accès des femmes aux professions médicales d’hier à aujourd’hui
– Le parcours des combattantes
– Les soutiens aux premières femmes médecins
– Rire des « docteurs en jupons » ou les admirer ?
– Les origines du monde médical au féminin
– Être femme et médecin au quotidien
– Augusta Klumpke, épouse Dejerine 1859 – 1927
– Alice Mathieu-Dubois, épouse Sollier 1861 – 1942
– Caroline Schultze, épouse Bertillon 1866 – 1926
– Franceline Poupon, épouse Ribard 1851 – 1886
– Femmes médecins donc féministes ?
Le commissariat général de l’exposition a été assuré par Agnès Sandras, aidée de Jeanne Nicolas, chargée d’exposition.
Le Comité scientifique était composé de Pierrette Caire Dieu, psychiatre, de Kinga Maria Kantorska, chargée d’études, de Juliette Louvegny, Université de Namur (institut PaTHs), d’Amélie Puche, Institut des humanités en médecine (CHUVUNIL), de Juliette Rennes, EHESS, de Nathalie Sage Pranchère, CNRS (UMR 7219, Laboratoire SPHERE) et de Jérôme van Wijland (Bibliothèque de l’Académie nationale de médecine).
En 2026, est-il loisible de se passer d’un devoir d’inventaire sur la présence de femmes et la féminisation des effectifs de l’Académie de médecine ?
Certes, l’Académie de médecine a été en quelque sorte pionnière en accueillant dès 1922 une femme en son sein, quand l’Académie des sciences s’y refusait. Mais les deux premières femmes élues à l’Académie de médecine, Marie Curie en 1922, Lucie Randoin en 1946, n’étaient médecins ni l’une, ni l’autre. Il a fallu attendre 1969 pour qu’une femme médecin, Thérèse Bertrand-Fontaine, qui plus est première femme médecin des hôpitaux de Paris en 1930, soit enfin élue membre à part entière. Faut-il préciser que dans un contexte de long après-guerre, les deux femmes élues, Lucie Randoin et Thérèse Bertrand-Fontaine, joignaient à leurs qualités scientifiques des états de service irréprochables, ayant été toutes deux résistantes ? [BRET 2027]
À ces précurseuses, ont succédé Marie-Odile Rethoré (élue en 1995 ; dorénavant seule est indiquée la date d’élection comme membre titulaire), Jeanne Brugère-Picoux (1997), première femme vétérinaire élue à l’Académie de médecine, Monique Adolphe (2001), pharmacienne, première présidente, en 1990-1994, de l’École Pratique des Hautes Études et première présidente, en 2009, de l’Académie nationale de pharmacie, Colette Taranger-Charpin (2006), Aline Marcelli et Denise-Anne Moneret-Vautrin (2010), Marie-Germaine Bousser (2013), Dominique Lecomte (2014), Catherine Barthélémy (2017), Catherine Buffet et Élisabeth Éléfant (2018), Brigitte Dréno, Dominique Vuitton et Laurence Zitvogel (2021), Martine Bagot, Anne-Claude Crémieux, Nathalie Rives et Christine Rouzioux (2022), Claudine Bergoignan-Esper, Anne Cartier-Lacave, Dominique Kerouedan, Marie-Paule Vazquez – de surcroît première femme élue dans la 2e division, de chirurgie – et Marie Vidailhet (2023), Martine Gilard (2024).
À l’heure où nous effectuons ce décompte – le 6 août 2026 –, l’Académie compte 20 femmes sur 200 membres titulaires, soit exactement 10 % de ses membres.
On pourrait y ajouter Françoise Barré-Sinoussi, nommée membre honoris causa en 2022.
Conséquence de cette entrée tardive, les représentations de femmes ont été longtemps absentes du patrimoine artistique de l’Académie. En 2017, sous l’impulsion des académiciens Claude Huriet et André Aurengo et de Nicole Priollaud, chargée de communication, a été organisée une séance consacrée à Marie Curie, à l’occasion de laquelle a été fondu, à la Monnaie de Paris, un médaillon à l’effigie de la célèbre chimiste, d’après une médaille de Josette Hébert-Coëffin, apposé à l’entrée de la salle des séances. Lors de cette séance, Natalie Pigeard-Micault évoquait les propos se voulant prophétiques du secrétaire annuel Achille Souques peu après l’élection de Marie Curie :
« Innovation aujourd’hui, et demain tradition !
Depuis quarante ans, un nouvel ordre de choses est né. Depuis quarante ans, les étudiantes se précipitent à flots de plus en plus serrés vers les carrières libérales. […] Il n’est pas besoin d’être augure pour prédire que quelques-unes d’entre elles s’imposeront, un jour, aux choix des Académies. Et les Académies auront tout à gagner à ne s’inspirer que du mérite seul et de l’intérêt impérieux de la Science. » [SOUQUES 1922 p. 448-449]
Natalie Pigeard-Micault s’empresse de tempérer les propos de l’académicien en rappelant qu’il « s’agit d’accepter l’exception mais pas la règle » et qu’au « 21 novembre 2017, seules 8 femmes sont membres de plein droit de l’Académie nationale de Médecine » [PIGEARD-MICAULT 2017 p. 1277]. L’information ne manque pas d’être reprise dans la presse quotidienne [SANTI 2017 p. 2].
En 2024, Catherine Barthélémy est devenue la première femme à présider l’Académie nationale de médecine. Concomitamment, et sous l’impulsion de divers académiciens dont Pierre Brissot et Francis Brunelle, une souscription a permis de commander, pour l’Académie, un moulage du buste de Marie Curie par Albert Chartier. Il a été inauguré, le 9 janvier 2024, au niveau de la tribune de la salle des séances, par la nouvelle présidente, Pierre Brissot prononçant une allocution à cette occasion.
La même année, en juin 2024, à l’initiative de la présidente, un mécène a fait le don à l’Académie nationale de médecine, sous couvert d’anonyme, d’un buste de Simone Veil (1927-2017), par Denis Chetboune. Bien qu’elle n’ait été ni médecin ni membre de l’Académie, son action politique en tant que ministre de la Santé (de mai 1974 à juillet 1979 puis de mars 1993 à mai 1995) a été si déterminante que l’inauguration de son effigie dans une institution dont la mission première est de conseiller le gouvernement en matière de santé publique, s’impose naturellement, contribuant à renforcer symboliquement la présence féminine au sein de l’Académie de médecine [VAN WIJLAND 2024].
Le 4 octobre 2024 s’est tenu, en salle des séances de l’Académie nationale de médecine, un colloque consacré aux « Sciences de la nutrition au 20e siècle. Entre santé, industrie et société. Autour de la trajectoire de Lucie Randoin (1885-1960) », jalon supplémentaire dans l’histoire des académiciennes et de leurs travaux scientifiques [BRET 2027].
Jérôme van Wijland
Informations pratiques :
Exposition « Place aux femmes ! Les premières femmes médecins », Paris, Académie nationale de médecine, accès réservé aux personnes autorisées à entrer dans l’Académie de médecine, 1er septembre 2026 – 31 octobre 2026.
Références bibliographiques :
[BRET 2027] Patrice Bret (sous la direction de), Lucie Randoin, Saint-Josse (Pas-de-Calais), HDiffusion, 2027 (à paraître)
[PIGEARD-MICAULT 2017] Natalie Pigeard-Micault, « Marie Curie, la reconnaissance institutionnelle, des Nobels aux Académies », Bulletin de l’Académie nationale de médecine, vol. 201, n° 7-8-9, 2017, séance du 21 novembre 2017, p. 1269-1279.
[SANTI 2017] Pascale Santi, « Marie Curie, pionnière esseulée à l’Académie de médecine », Le Monde, Science & Médecine, Cahier du Monde n° 22674, mercredi 6 décembre 2017, p. 2.
[SOUQUES 1922] Achille Souques, « Rapport général sur les prix décernés par l’Académie, en 1922 », Bulletin de l’Académie de médecine, 86e année, 3e série, Tome LXXXVIII, 1922, séance du 12 décembre 1922, p. 431-449.
[VAN WIJLAND 2024] Jérôme van Wijland, « Simone Veil à l’Académie nationale de médecine », Les Carnets d’histoire de la médecine (Faculté de médecine | Université de Tours), n° 5, novembre 2024, p. 111-117.
Pour citer cet article :
Jérôme van Wijland, « Place aux femmes ! Les premières femmes médecins », Site de la Bibliothèque de l’Académie nationale de médecine [en ligne]. Billet publié le 1er septembre 2026. Disponible à l’adresse : https://bibliotheque.academie-medecine.fr/place-aux-femmes.



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