Montrer la mort au XIXe siècle. Appel à communications

Académie nationale de médecine – jeudi 26 mars 2026

Montrer la mort au XIXe siècle : corps, matières, représentations

Conférencier·ère·s invité·e·s :

  • Anne Carol (Aix-Marseille Université)
  • Éloïse Quétel (Sorbonne-Université)
  • Michael Sappol (Visiting Researcher, Uppsala University)

 

 

Appel à communications

‘Être mort, c’est être en proie aux vivants’, écrivait Jean-Paul Sartre. La vulnérabilité du mort, telle que décrite par le philosophe, touche autant à sa mémoire qu’à son cadavre. Loin de n’être qu’une absence, la mort nous impose, en effet, ses cadavres dans toute leur matérialité. Cette journée d’étude internationale a pour ambition de revenir sur les modes et codes de représentation de la mort au XIXe siècle afin de réévaluer leurs influences sur notre propre culture de la mort.

Au XIXe siècle, le monde occidental assiste à un regain d’intérêt pour la mort dans toute sa matérialité. Les cimetières proposent une nouvelle « nécrogéographie » (Laqueur 2015) et les pompes funèbres commercialisent des objets qui témoignent du statut social des disparus. La mort se retrouve ainsi différemment incarnée, dans un vêtement ou un bijou, autant de « reliques laïques » (Lutz 2015) parfois constituées des restes incorruptibles des défunts ou de leurs biens, qui permettent à leurs proches de se souvenir du disparu par une relation de synecdoque.

Si les objets commémoratifs, articles funéraires et les arts visuels de l’époque miment souvent la mort dans toute sa matérialité, les textes littéraires, quant à eux, proposent des représentations complexes, où les signes visuels de la mort se mêlent à l’absence, au silence ou à l’invisibilité (Zigarovich 2012). Pourtant, l’ensemble de ces représentations littéraires et artistiques de la mort puisent dans un ‘répertoire commun de culture visuelle’ (Bronfen 1992, xi) régi par un système de polarités que l’on retrouve encore aujourd’hui : le corps mort s’expose ou se dissimule, il rime avec pureté ou pourriture, intégrité ou corruption.

Cette journée d’étude réunira des chercheur·e·s en littérature, études funéraires, histoire et histoire de l’art, ainsi que des conservateur·rice·s, artistes et professionnel·le·s de la mort. Il s’agira ici de repenser ces représentations de la mort au XIXe siècle afin de renouveler notre compréhension des représentations occidentales de la mort. Si la recherche sur la mort s’est souvent concentrée sur ce qui faisait une ‘bonne’ ou une ‘mauvaise’ mort (Jalland 1996) en se fondant sur des critères moraux, nous nous intéresserons ici davantage à la question de la matérialité de la mort et du cadavre à partir des questions suivantes :

  • Qui produit ces représentations matérielles de la mort ? Quelle est leur échelle de production ? Quels paramètres (géographiques, topographiques, religieux, culturels, genrés) influencent ces représentations ?
  • Quels sont les médias utilisés ? Comment les nouvelles technologies comme la photographie (Linkman 2006 ; Ruby 1995) ou l’embaumement (Carol 2015) sont-elles appliquées au corps mort afin de le restaurer, de le disséquer (Hurren 2011), ou d’en préserver l’identité (Ebenstein 2017) ? Comment les contraintes de la matière déterminent-elles les choix de représentation ?
  • Qui expose les corps morts et pourquoi ? Certaines représentations du cadavre sont-elles acceptables dans un médium et obscènes dans un autre, et pourquoi ? Dans quelle mesure les expériences sensorielles du cadavre sont-elles acceptables, et sous quelles conditions ? Enfin, comment le cadavre ou ses fragments peuvent-ils être utilisés à des fins artistiques ou didactiques ?

Les communications, d’une vingtaine de minutes, pourront porter sur les thématiques suivantes :

 La mort comme processus :

  • La mort incertaine : biostase, taphophobie et les inhumations prématurées
  • Les expériences sensorielles du cadavre : voir, toucher, embrasser et veiller le défunt
  • Les odeurs et les sons de la mort

 L’exposition et la mise en scène du cadavre :

  • Les représentations de la mort sur scène, en littérature et dans les arts visuels
  • L’assainissement des corps et l’espace public
  • La mort en coulisses : mourir en couche, l’homicide intrafamilial, les morts violentes et douloureuses
  • Les cadavres spectaculaires : au musée, dans l’amphithéâtre, sur l’échafaud et dans le divertissement populaire

Le deuil et les commémorations des défunts :

  • Les modes de conservation du cadavre : reliques, embaumement et pompes funèbres (cercueils, bronzes et textiles funéraires)
  • Les modes de conservation de l’image du mort : photographie, peinture, masques et arts funéraires
  • L’architecture de la mort : tombes, cénotaphes et mausolées
  • Les marginaux de la mort : indigents, prostitué·e·s, criminels et suicidés

Cette journée d’étude est organisée par le Centre Alexandre Koyré (UMR 8560) en collaboration avec la Bibliothèque de l’Académie nationale de médecine. Elle se tiendra en présentiel le 26 mars 2026 à l’Académie nationale de médecine (16, rue Bonaparte, 75006 Paris).

 

Texte de l’appel à communications :

 

Consignes de soumission : Les auteur·rice·s doivent soumettre un résumé de 250 mots en français ou en anglais, accompagné d’une courte biographie (100 mots) sur un document Word unique indiquant leurs nom et prénom, leur rattachement institutionnel ainsi qu’une adresse email à showingdeath2026@gmail.com avant le 5 octobre 2025.

 

Bibliographie sélective :

  • Ariès, Philippe. 1977. L’homme devant la mort. Paris : Éditions du Seuil.
  • Ariès, Philippe. 1982. Images de l’homme devant la mort. Paris : Éditions du Seuil.
  • Bronfen, Elisabeth. 1992. Over Her Dead Body: Death, Femininity and the Aesthetic. Manchester: Manchester University Press.
  • Carol, Anne. 2015. L’embaumement, une passion romantique : France, XIXe siècle. Ceyzérieu : Champ Vallon.
  • Carol, Anne et Isabelle Renaudet (eds). 2013. La mort à l’œuvre : Usages et représentations du cadavre dans l’art. Aix-en-Provence : Presses universitaires de Provence.
  • Ebenstein, Joanna. 2017. Death: A Graveside Companion. London: Thames & Hudson Ltd.
  • Hotz, Mary Elizabeth. 2009. Literary Remains, Representations of Death and Burial in Victorian England. New York: New York University Press.
  • Hurren, Elizabeth T. 2012. Dying for Victorian Medicine: English Anatomy and Its Trade in the Dead Poor, c.1834–1929. London: Palgrave Macmillan UK.
  • Jalland, Patricia. 1996. Death in the Victorian Family. Oxford: Oxford University Press.
  • Laqueur, Thomas. 2015. The Work of the Dead: A Cultural History of Mortal Remains. Princeton: Princeton University Press.
  • Linkman, Audrey. 2006. ‘Taken from life: Post-mortem portraiture in Britain 1860–1910’. History of Photography, 30 (4): 309–347.
  • Llewellyn, Nigel. 1997. The Art of Death: Visual Culture in the English Death Ritual c.1500–c.1800. London: Reaktion Books.
  • Lutz, 2015. Relics of Death in Victorian Literature and Culture. Cambridge: Cambridge University Press.
  • Ruby, Jay. 1999. Secure the Shadow Death and Photography in America. Cambridge MA: The MIT Press.
  • Vovelle, 1983. La Mort et l’Occident de 1300 à nos jours. Paris : Gallimard.
  • Zigarovich, 2012. Writing Death and Absence in the Victorian Novel: Engraved Narratives. New York: Palgrave Macmillan.

 

Comité d’organisation :

  • Laurence Talairach, UT2J / Centre Alexandre-Koyré (UMR 8560-CNRS-EHESS-MNHN)
  • Clémentine Guiol, Centre Alexandre-Koyré (UMR 8560-CNRS-EHESS-MNHN)
  • Noémie Robert, Centre Alexandre-Koyré (UMR 8560-CNRS-EHESS-MNHN)
  • Jérôme van Wijland, Bibliothèque de l’Académie nationale de Médecine
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