Drogman, enseignant, philologue. Le sous-fonds Kieffer

Lors de la parution de l’ouvrage dirigé par Jérôme Petit et Pascale Rabault-Feuerhahn, Le sanctuaire dévoilé. Antoine-Léonard Chézy et les débuts des études sanskrites en Europe, 1800-1850, Paris, Geuthner, BnF, 2019, nous avons évoqué la figure de Jean-Daniel Kieffer (1767-1833), qui fait dans ce même volume l’objet d’un article consacré à son intérêt pour la langue sanskrite.

Nous publions aujourd’hui dans le catalogue des archives et manuscrits de la Bibliothèque de l’Académie nationale de médecine, accessible sur Calames, l’inventaire du sous-fonds Kieffer. C’est l’occasion de revenir sur cette figure importante de la philologie turque du premier XIXe siècle.

Natif de Strasbourg, protestant, Jean-Daniel Kieffer (1767-1833) suit des études de théologie au Collegium Wilhelmitanum, où enseigne le philologue Jean Schweighæuser (1742-1830), avant de s’engager dans la Garde nationale en 1793. En 1794, Charles Rosenstiel, ami de la famille et son futur beau-père, le fait recruter au sein du ministère des Affaires étrangères pour assurer les traductions de l’allemand.

Nommé deuxième secrétaire-interprète à la légation de la République française à Constantinople, il y parvient en septembre 1796. Devenu l’élève et le proche de Pierre Ruffin (1742-1824), il partage avec lui l’assignation à résidence puis la captivité au château des Sept-Tours, de 1798 à 1801. En 1804, il est nommé secrétaire-interprète au ministère des Affaires étrangères et chargé de la question des réparations dues par l’Empire ottoman aux Français lors de la crise égyptienne ainsi que du renforcement de l’enseignement du turc au sein de l’École des jeunes de langues.

Sous la Restauration, Kieffer est nommé second secrétaire-interprète du Roi en 1816 puis premier secrétaire-interprète en 1819, poursuivant ses travaux de traduction du turc, ses missions d’escorte des ambassadeurs des cours de Turquie, de Perse, de Barbarie et du Maroc, ses tâches d’enseignement et d’inspection, dirigeant de 1817 à 1829 l’École des jeunes de langues. En 1829, il est mis à la retraite d’office, ce qu’il perçoit comme une mesure discriminatoire à l’encontre des protestants.

Parallèlement à sa carrière d’interprète, il assure l’enseignement du turc au Collège de France à compter de 1805, date à laquelle il est nommé suppléant d’un Pierre Ruffin absent, obtenant la titularisation à la démission de ce dernier, en 1822. Il entreprend notamment la réalisation d’un dictionnaire turc-français mais meurt en janvier 1833 lors de l’épidémie parisienne de choléra, le dictionnaire étant achevé par le drogman Thomas-Xavier Bianchi (1783-1864) et publié en 1835 et 1837. Luthérien convaincu, adhérent de la British and Foreign Bible Society, il publie la Bible en turc ottoman, le Nouveau Testament en 1819 puis l’intégralité de la Bible en 1827.

Ses papiers, qui constituent au sein du fonds Achard un sous-fonds spécifique et comptent près de 900 pièces, ont été répartis en quatre parties d’inégale importance volumétrique. La première comporte ses travaux philologiques, des études de lexicographie, de grammaire et d’histoire consacrées principalement à la langue turque, dans une moindre mesure aux langues persane, arabe et sanskrite. Une pièce exceptionnelle y figure notamment : la 21e épreuve du premier essai d’impression lithographique, faite à Constantinople, les 21 et 22 décembre 1820 et sorti de la Presse lithographique de l’orientaliste Joseph Marie Jouannin (1783-1844) (BANM, Fonds Achard 1.1. Kieffer A.3.2.1 n° 1)

 

Divers papiers de famille (naissance, décès, engagement militaire, etc.) constituent la deuxième partie.

La troisième contient sa correspondance, ses lettres de captivité, ainsi que les lettres adressées par Jean-Daniel Kieffer à son épouse – et dans certains cas les lettres de Louise Henriette à son époux – lors de ses missions auprès d’ambassadeurs (du Maroc en 1807-1808, de Perse en 1820) ou de ses voyages (1817, 1819).

Enfin, une quatrième partie rassemble les documents relatifs à sa carrière (sa place de secrétaire interprète du Roi pour les langues orientales, ses missions et sa correspondance relative à l’École des jeunes de langues).

 

Jérôme van Wijland

 

Bibliographie :

 

François Léger, « Les débuts des études sanskrites (1800-1850) », Site de la Bibliothèque de l’Académie nationale de médecine [en ligne]. Billet publié le 12 septembre 2019. Disponible à l’adresse : http://bibliotheque.academie-medecine.fr/etudes-sanskrites/.

 

Jérôme van Wijland, « Le tropisme sanskritiste d’un turcologue », Jean-Daniel Kieffer, in Jérôme Petit et Pascale Rabault-Feuerhahn (dir.), Le sanctuaire dévoilé. Antoine-Léonard Chézy et les débuts des études sanskrites en Europe, 1800-1850, Paris, Geuthner, BnF, 2019, p. 249-262.

 

Pour citer cet article :

Jérôme van Wijland, « Drogman, enseignant, philologue. Le sous-fonds Kieffer », Site de la Bibliothèque de l’Académie nationale de médecine [en ligne]. Billet publié le 1er mars 2021. Disponible à l’adresse : http://bibliotheque.academie-medecine.fr/sous-fonds-kieffer/.

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