« L’âme de la chair est dans son sang » : le fonds Henri Baruk

Caricature d’Henri Baruk, ANM, Fonds Baruk

C’est dans une notice manuscrite rédigée par ses soins et destinée à résumer son œuvre scientifique qu’Henri Baruk (1897-1999) cite une sentence de la Bible (Lévitique, 17, 11) pour appuyer l’idée qu’au-delà de mécanismes physiologiques, « la personnalité reste derrière [le cerveau] et représente l’esprit qui inspire et dirige les sentiments ». Le fonds Henri Baruk, conservé à la bibliothèque de l’Académie nationale de médecine, contient en deux boîtes des documents variés qui contribuent ainsi à éclairer la pensée et la personnalité de ce psychiatre élu à l’Académie nationale de médecine en 1965, où son centenaire a été célébré en 1997. On trouve au sein de ce dossier des pièces issues des archives de l’Académie, relatives à son élection, à la célébration de son centenaire, ou encore des éloges ou nécrologies publiés à l’occasion de son décès ; des manuscrits ou tapuscrits d’ouvrages ou d’articles composant son œuvre ; des extraits de sa correspondance.

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L’œuvre publié d’Henri Baruk est foisonnant, mêlant traités de psychiatrie, essais d’inspiration historique, morale et religieuse, et autobiographie. S’y trouve inlassablement reformulée et précisée la pensée pour laquelle Henri Baruk a jugé nécessaire de lutter jusqu’à ses derniers jours, et dont l’essence était son caractère humaniste, l’amenant à refuser tant la psychanalyse, qui limite selon lui l’inconscient aux bas-instincts, que les diagnostics « destructeurs » de schizophrénie qui condamnent le patient à l’état d’incurable. Les documents du fonds Baruk font écho à l’œuvre. A la lecture de pièces où Baruk ramasse sa pensée et l’explicite auprès d’interlocuteurs divers, on trouvera ainsi matière à éclairer ses principales notions et idées : « quelques notes sur [son] curriculum vitae » qu’il adresse à son ami le professeur Gounelle de Pontanel, exposé de la genèse de sa pensée (lettre du 12 février 1987) ; une lettre adressée à la directrice du Quotidien du médecin où il précise la notion de « crise de la psychiatrie » ; ou encore une notice rédigée par ses soins, et que ses amis Mireille et Georges Lescure ont remis à l’Académie nationale de Médecine, où il expose en trois feuillets comment « L’œuvre scientifique du Prof. Baruk, étendue sur plus d’un demi-siècle, part de la neurologie, s’étend à toute la psychiatrie et parvient à la philosophie » (Notice sur Henri Baruk, de la main même d’Henri Baruk). On y lira enfin que ce psychiatre qui unifie foi et science, en trouvant dans la Bible les bases possibles d’un processus thérapeutique, rejetait néanmoins avec vigueur les qualificatifs qu’un journal lui attribue de médecin « passionné et éloigné de l’objectivité », se réclamant au contraire de « soixante-dix années de recherches scientifiques contrôlées par le grand maître de l’objectivité, Babinski » (lettre du 8 janvier 1991, au prof. Gounelle de Pontanel).

François Léger

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