Le fonds Robert Fasquelle nous est parvenu par don, à la mort de Robert Fasquelle. Membre titulaire de l’Académie de médecine, il nous a légué non seulement ce fonds d’archives, mais aussi de nombreux objets et œuvres d’art qui ont un temps constitué le musée de la Vaccine, petite installation muséographique au sein de l’Académie de médecine.
Une dynastie familiale contre la variole
La figure de Robert Fasquelle ne peut être évoquée sans que l’on convoque à leur tour celles de son frère Jacques Fasquelle, de leur père André Fasquelle, et de leur grand-père maternel Yves Toussaint Ménard, dit Saint-Yves Ménard. C’est d’une dynastie qu’il s’agit, à tout le moins d’une lignée de médecins dévoués à la lutte contre la variole, à laquelle on peut adjoindre Pierre Ménard (1890-1915), fils de Saint-Yves Ménard, médecin auxiliaire du 106e Régiment d’Infanterie tué à l’ennemi aux Éparges dans la Meuse.
Saint-Yves Ménard (1846-1909) tout d’abord, vétérinaire et docteur en médecine, élu membre de la section de médecine vétérinaire de l’Académie de médecine en 1901, directeur des services de vaccine de la ville de Paris, s’attache à perfectionner la pureté du vaccin ; il met en évidence avec Antoine Béclère (1856-1939) et Ernest Chambon (1836-1910) l’immunité conférée par l’inoculation sous-cutanée du vaccin, ainsi que le pouvoir virulicide du sérum de génisse vaccinée. A partir de 1889, il codirige avec Ernest Chambon l’Institut de Vaccine. Il est avec Ernest Chambon le promoteur de la vaccine animale [KAUFMANN 1909]. En 1897 Ernest Chambon et Saint-Yves Ménard mettent au point le « vaccin sec », au moyen d’une cloche à vide et d’acide sulfurique ou de chlorure de calcium, que Wurtz expérimente sur des génisses à Addis-Abeba. En 1899, Saint-Yves Ménard introduit la glycérine comme excipient de la pulpe vaccinale récoltée sur la peau de la génisse, permettant ainsi la conservation de l’activité du virus et donc les vaccinations en série et à distance de la génisse.
André Fasquelle (1867-1937) impose définitivement l’usage de la vaccine animale dans les années 1909 et suivantes, au sein de l’Institut de vaccine animale de Paris dont il a repris la direction. En 1917 il met au point, avec Lucien Camus (1867-1934), la « lyophilisation » du vaccin, plus précisément la dessiccation sous vide de la pulpe vaccinale congelée, ce qui en permettra le conditionnement et l’emploi dans les pays tropicaux.
Robert Fasquelle
Robert Charles Marie Pierre Ernest Fasquelle, né à Paris en 1908, élu membre de la section des sciences biologiques le 7 mai 1968, est mort au Plessis-Robinson en juillet 1987. Il est successivement interne des hôpitaux de Paris en 1933, docteur en 1938 et la même année, lauréat de la Faculté et lauréat du prix Stanski de l’Académie de médecine pour son travail intitulé : Le sérum antivaccin. Contribution à l’étude de son pouvoir virulicide, enfin chef de clinique à la Faculté de médecine de Paris. De 1934 à 1956, on le voit franchir tous les échelons menant au professorat : attaché, moniteur, assistant, agrégé, maître de conférences puis professeur titulaire de la chaire de bactériologie en 1956, transformée en 1960 en chaire de microbiologie (Bactériologie et Virologie).
Il est membre de divers conseils et commissions et de plusieurs sociétés savantes : il entre à la Société Chateaubriand en 1966 et en devient le délégué général en 1971 ; il joue un rôle actif dans la sauvegarde de la Vallée-aux-Loups, proche de sa maison du Plessis-Robinson. Il participe à de nombreux enseignements, colloques et congrès, ayant la passion de l’enseignement et des ouvrages didactiques. Il s’affirme aussi comme un véritable leader dans la communauté des microbiologistes français, jouant un rôle déterminant dans la nomination des microbiologistes des nouveaux centres hospitalo-universitaires.
Ses recherches se sont plus précisément orientées dans les directions suivantes : affinités des virus, diffusion des particules virulentes et antigéniques dans le tissu conjonctif, variations des germes aux antibiotiques, allergie et immunité, etc. Il effectue des recherches sur la vaccine avec Henri Bénard au laboratoire de l’Académie de médecine. En 1940, il succède à son père à la direction de l’Institut de vaccine animale, où il a la responsabilité de la vaccination dans l’armée française et les colonies. Lorsqu’il est nommé professeur de microbiologie à la faculté de Paris en 1956, son frère Jacques Fasquelle (1911-1996) le remplace à la direction de l’Institut de vaccine animale.
Composition du fonds
Le fonds est composé principalement de coupures de presse et d’articles constitués en dossiers documentaires par le truchement d’un abonnement à l’argus de la presse sur le thème de la vaccination antivariolique. Ces dossiers documentaires – élaborés par Jacques et/ou Robert Fasquelle – offrent une plongée fascinante dans les débats médicaux et publics qui ont accompagné la lutte antivariolique à la fin des années 1960 et dans les années 1970.
Le dossier de synthèse documentaire que Robert Fasquelle avait intitulé : « Documents qui m’intéressent sur vaccine, vaccin antivariolique », comporte plus de deux-cents articles issus pour la plupart de la presse médicale généraliste (Revue du praticien, Quotidien du médecin, Consultations médico-chirurgicales, Semaine des hôpitaux de Paris, Nouvelle Presse médicale, Le Concours médical, etc.), parus entre 1965 et 1982.
Pas ou peu de documents originaux donc : quelques échanges de correspondance avec d’autres médecins, sur des cas médicaux, avec des journalistes, avec une professeure venue en visite avec sa classe, etc. On y trouve également quelques annotations personnelles, de Robert ou de Jacques Fasquelle. Les archives Robert Fasquelle sont composées de quatre articles : une série de pièces diverses, surtout des plaquettes ou brochures, et trois dossiers. Y a été adjoint le contenu du dossier biographique conservé à la Bibliothèque de l’Académie.
Inventaire du fonds Fasquelle, Robert (1908-1987)
| 1. Dossier n° 1. Documents qui m’intéressent sur vaccine, vaccin antivariolique, vaccination antivariolique et variole |
| 2. Dossier n° 2. Photos varioleux et documents sur variole et vaccine (exposition, radio, télévision, etc.) |
| 3. Dossier n° 3. Sur vaccine et variole |
| 4. Publications diverses |
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5. Dossier biographique Professorat Candidature et élection de Robert Fasquelle à l’Académie de médecine Correspondance diverse Décès de Robert Fasquelle Tirés à part ou photocopies d’articles de Robert Fasquelle ou autres |
Le musée de la Vaccine
« Le rôle central joue par l’Académie de médecine dans la lutte antivariolique est mis en évidence par la présence d’étables ou sont gardées les génisses, d’un laboratoire de la vaccine et de salles destinées à la vaccination. Les dons successifs consentis par Edmond Chaumier a l’occasion du centenaire de la mort d’Edward Jenner coïncident avec la création d’un musée de la Vaccine ou musée Jenner au sein même de l’Académie, vers 1924. Il s’agit d’un musée scientifique, établi à l’étage dans une des salles de commission, rassemblant des livres, des manuscrits, des estampes et quelques œuvres d’art, comme La Coëffure a l’Inoculation, acquise en 1929 par l’État pour en accroitre la collection […]. La mort de Lucien Camus en 1934 précipite vraisemblablement la disparition du musée Jenner dont il était le responsable. »
« En 1978, l’académicien Robert Fasquelle et son frère Jacques proposent de donner à l’Académie l’ensemble des collections de l’Institut de vaccine animale de la rue Ballu, qui s’apprête à fermer ses portes, du fait de l’éradication de la variole. Dès sa création par Ernest Chambon en 1864, l’Institut a collectionné objets, livres et tableaux relatifs à la variole et à la vaccine. Le projet de donation, daté de décembre 1978, comporte un inventaire qui mentionne un « tableau de Jenner » […], un « bronze de Jenner » et « le grand tableau de la 1ère vaccination de Jenner par Gaston Melingue » […]. Il est convenu de loger le musée dans deux des trois salles de vaccination, désaffectées depuis 1974. Un « plan provisoire » dessiné, daté du 10 septembre 1979, prévoit le parcours muséographique, réparti en neuf étapes [note 53 : « 1) Variole ; 2) Jenner ; 3) Comité central de vaccine ; 4) Nouveaux cow-pox, Passy-Beaugency ; 5) L’Académie et la vaccine animale, génisse à bras ; 6) Le vaccin en tubes : verre / plastique ; 7) Le vaccin sec ; 8) L’OMS et l’éradication ; 9) Est-ce définitif ? »], ramené à huit stations au moment de l’ouverture. Par ses dimensions comme par son sujet, la scène d’histoire de Gaston Melingue y occupe une place de choix. Le don est entériné en juin 1982, Robert Fasquelle étant chargé d’organiser « les visites éventuelles, la surveillance et la conservation de ce Musée, jusqu’à ce qu’un personnel compétent puisse nous être affecté dans ce but par notre Ministère de tutelle » [note 54 : Lettre d’André Lemaire secrétaire perpétuel à Robert Fasquelle, Paris, 8 juin 1982, publiée dans le Bulletin de l’Académie nationale de médecine, t. 167, no 9, 1983, séance du 13 décembre 1983, p. 1035. L’inventaire comporte soixante-treize numéros]. Jusqu’à sa mort en 1987, Robert Fasquelle tient lieu de conservateur du musée et en assure les visites. Jacques Fasquelle succède à son frère mais se plaint des objets divers que le personnel commence d’y entreposer (photocopieuse, armoire, classeurs et tiroirs) [note 55 : Lettre de Jacques Fasquelle au secrétaire perpétuel, Saint-Valery-en-Caux, 9 juillet 1989 (BANM, dossier musée de la Vaccine)]. Le sort du musée est scellé : après avoir envisagé, sans suite, le transfert des collections vers le musée Orfila [note 56 : Procès-verbal du conseil d’administration, 12 juin 1989 (BANM, Ms 1201 (2072))] – lui aussi appelé à disparaître –, la majeure partie des collections – hormis les peintures – sont déposées, pour y être exposées, à l’Institut Pasteur en 1990, certaines étant, deux ans plus tard, transférées dans la Rotonde, local situe à proximité du musée des Applications de la recherche à Marnes-la-Coquette [note 57 : Contrat de dépôt, 16 novembre 1990 ; demande de l’Institut Pasteur relative à la Rotonde, 22 juin 1992, acceptation de l’Académie, 29 juin 1992], fermé depuis. » [VAN WIJLAND 2020 p. 31]
Les objets, instruments et documents déposés auprès du musée Pasteur ont fait l’objet d’une procédure de retour en deux phases, en 2018 et 2024.
Jérôme van Wijland
Lien vers l’inventaire :
BANM, Fonds Fasquelle, Robert (1908-1987)
Bibliographie indicative :
[FASQUELLE 1955] Robert Fasquelle, Titres et travaux, [Lieu de production inconnu], [Producteur inconnu], 1955 [BANM, 114521 (203-12)]
[FASQUELLE 1968] Robert Fasquelle, Titres et travaux : Addendum, Paris, [Editions O. Perrin] ; [Bordeaux-Paris], [Union Parisienne d’Imprimeurs], 1968 [BANM, 114521 (209-13)]
[KAUFMANN 1909] Maurice Kaufmann, « Décès de M. Saint-Yves Ménard », Bulletin de l’Académie de médecine, 15 juin 1909, p. 673-676.
[LE MINOR 1988] Léon Le Minor, « Éloge de Robert Fasquelle (1908-1987) », Bulletin de l’Académie nationale de médecine, 172, n° 4, 1988, séance du 26 avril 1988, p. 581-586
[VAN WIJLAND 2020] Jérôme van Wijland, « L’Académie de médecine et ses œuvres d’art : l’inscription spatiale d’un patrimoine artistique », dans Jérôme van Wijland (dir.), Jérôme Farigoule (collab.), Dominique Lobstein (collab.), Académie nationale de médecine. Catalogue des peintures et des sculptures, Gand, éditions Snoeck, 2020, p. 14-33.
Pour citer ce billet :
Jérôme van Wijland, « Robert Fasquelle (1908-1987) et la lutte contre la variole », Site de la Bibliothèque de l’Académie nationale de médecine [en ligne]. Billet publié le 30 janvier 2026. Disponible à l’adresse : https://bibliotheque.academie-medecine.fr/fonds-fasquelle.

![Assiette en émail de la marque Labrador de la manufacture Creil-Montereau, décorée d’une parodie de peinture représentant Persée délivrant Andromède ; ici, Persée a les traits d’André Fasquelle, sa lance est un vaccinostyle et sa monture ailée est une vache. [BANM, inv. ART 503] © Bibliothèque de l’Académie nationale de médecine](https://bibliotheque.academie-medecine.fr/wp-content/uploads/2026/01/Billet_2026_Fasquelle_1-1024x1009.jpg)
![Caricature de François Lejeune, dit Jean Effel, représentant Robert Fasquelle. Composition remise à M. Fasquelle le jour de sa retraite par son vieux camarade de classe au Lycée Carnot Jean Effel [BANM, Fonds Fasquelle 5.3] © Bibliothèque de l’Académie nationale de médecine](https://bibliotheque.academie-medecine.fr/wp-content/uploads/2026/01/Billet_2026_Fasquelle_2-1024x721.jpg)
![Gaston Mélingue, Edward Jenner, 1879, huile sur toile [BANM, inv. ART 29] © Bibliothèque de l'Académie nationale de médecine, photographie Philippe Fuzeau.](http://bibliotheque.academie-medecine.fr/wp-content/uploads/2020/10/ART-29-BD.jpg)
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