Une jeune Amérique : John Adams, Benjamin Franklin, etc.

A l’occasion du Committee on Human Gene Editing: Scientific, Medical and Ethical Considerations, que l’Académie américaine des sciences et l’Académie américaine de médecine ont tenu le 29 avril 2016 à l’Académie nationale de médecine à Paris, la Bibliothèque de l’Académie nationale de médecine a présenté une sélection de documents illustrant les relations franco-américaines dans les années 1780 et 1790, que nous vous proposons de découvrir ici.

John Adams et les relations médico-chirurgicales entre la France et les États-Unis  :

En 1779 John Adams (1735-1826), futur vice-président puis président des États-Unis d’Amérique, est nommé ministre plénipotentiaire et chargé de négocier un traité de paix avec l’Angleterre. Il s’installe pour la deuxième fois en France à partir de février 1780. Au début de l’année 1783, il établit pour le compte du Collège de médecine de la Nouvelle-Angleterre à Boston des relations avec les deux principales sociétés médicales royales de France, l’Académie royale de chirurgie et la Société royale de médecine.

La Société royale de médecine : le climat new-yorkais et Benjamin Franklin : 

La Société royale de médecine, fondée par lettres patentes en 1778 mais qui existe déjà depuis 1772 sous le couvert de diverses commissions royales spécialisées, est très impliquée dans la surveillance du climat. Elle a tissé un réseau de membres correspondants établis en province qui, trois fois par jour établissent des relevés thermométriques et barométriques, notent l’état du ciel, dressent une nosographie humaine et animale de leur lieu de résidence. Certains sont même établis à l’étranger, comme en témoigne le relevé du temps qu’il fait à New York le 3 septembre 1783, jour de la signature du traité de Paris qui sanctionne l’indépendance du jeune État américain. Les représentants américains en étaient John Adams, Benjamin Franklin et John Jay.

La Société royale de médecine puise sa force dans un réseau de membres et de correspondants : officiers, associés ordinaires, associés libres, associés régnicoles mais également associés étrangers. Benjamin Franklin est le premier de ces associés étrangers, élu en août 1776.

En 1784, quelques membres de la Société royale de médecine, parmi lesquels Benjamin Franklin ou encore l’actif secrétaire perpétuel Félix Vicq d’Azyr, viennent inspecter un nouvel établissement de bains, ouvert sur le quai d’Orsay par un certain Albert. Après en avoir décrit la disposition et le fonctionnement, ils donnent leur approbation : « sous tous ces points de vue, l’établissement du sieur Albert mérite la reconnaissance du Public, l’approbation des Médecins & la protection du Gouvernement ». « Une chose importante à remarquer, ajoutent-ils, & qui fait honneur à l’Entrepreneur de cet établissement, c’est que les Pauvres dont les maladies ne peuvent être guéries que par les bains ou les douches simples, trouveront dans cet endroit deux pièces qui leur sont destinées. »

Dans une lettre antérieure à Félix Vicq d’Azyr, Benjamin Franklin aborde la question des exhumations et des sépultures, une thématique chère à Vicq d’Azyr qui préconisait de rejeter les cimetières hors des enceintes des villes.Dans l’une, Franklin se fait l’écho de ce qui ressemble à une « malédiction des pharaons » avant l’heure ! : « About the Year 1763 or 1764 several physicians of London, who had been present from curiosity at the dissection of an Egyptian mummy, were soon after taken ill of a malignant fever, of which they died. »

Médailles et médaillons commémorant la naissance de Benjamin Franklin :

Au revers de la médaille commémorant le bicentenaire de la naissance de Benjamin Franklin, l’Histoire, assise sur son trône, tient un bouclier sur lequel elle inscrit en latin la formule de Turgot sur Franklin : « Il arracha au ciel sa foudre, au tyran son sceptre. » Au pied du trône, trois allégories représentent les contributions de Franklin à la Littérature, à la Science et à la Philosophie. La médaille fut gravée par le frère cadet du sculpteur Augustus Saint-Gaudens, le sculpteur américain Louis St-Gaudens (1854-1913), puis fabriquée par Tiffany and Company en 150 exemplaires pour être distribués, 100 par le président Theodore Roosevelt, 50 par l’American Philosophical Society à Philadelphie.

Quant à la médaille commémorant les 250 ans de la naissance de Benjamin Franklin, elle a été conçue pour rendre hommage aux académies et sociétés scientifiques sans lesquelles Franklin n’aurait pu accomplir son œuvre scientifique. Elle porte au revers une formule de Franklin figurant dans une lettre qu’il écrivit à Samuel Johnson, le 23 août 1750 : « Les hommes sages et bons font la force d’une nation » (et Franklin continuait ainsi : « bien plus que la richesse ou les armes »).

Enfin, le médaillon en cuivre repoussé, de 33 cm de diamètre, est l’oeuvre de Julio Kilenyi (1885-1959). Né en Hongrie, il émigre tout d’abord à Buenos Aires avant de se fixer à New York en 1916. Sculpteur et médailleur, il acquiert une certaine renommée pour ses plaques et médailles commémoratives d’Américains célèbres (Charles A. Lindbergh, Thomas A. Edison, les presidents Calvin Coolidge et Herbert Hoover, Mark Twain, le général Pershing). Il est aussi connu pour avoir réalisé l’affiche officielle et la médaille des Jeux olympiques de Los Angeles en 1932.

Docteur des Français de New York :

AMERICA 16

Sollicité pour examiner la citoyenne Hauterive, résidant à New York, le Dr Gaubert lui découvre une tumeur à l’utérus qu’il estime incurable. Il recommande dès lors une vie « qui ne soit troublée ni par la fatigue du corps ni par les agitations de l’esprit ». Le certificat est contresigné par Jean Antoine Bernard Rozier, vice-consul de la jeune République française à New York. En poste depuis juin 1795, il le restera jusqu’à sa révocation en juillet 1798, sur décision du président John Adams lors de l’affaire XYZ qui débouchera sur la quasi-guerre entre les États-Unis et la France.

 

 

 

 

Documents (dans l’ordre de présentation) :

Extrait des registres de l’Académie de chirurgie du jeudi 6 mars 1783. [Paris] : [s.n.], [1783]. 1 f. ; In-4 [20580 (40)]

Lettre de John Adams à Félix Vicq d’Azyr. 28 février 1783. Manuscrit. 1 f. [SRM 204 d18 n° 1]

Observation météorologique faite à New York par M. Retif de la Serve. Manuscrit. [SRM 169 d16]

Reproduction de la plaque commémorative du Traité de Paris, au 56, rue Jacob, Paris 6e.

Histoire de la Société royale de médecine. Année 1776. A Paris, de l’Imprimerie de Philippe-Denys Pierres,… ; chez Didot le jeune,…, 1779. Imprimé. [92466, tom. I]

Extrait des Registres de la Société Royale de Médecine, A Paris, chez P. G. Simon & N. H. Nyon, Imprimeurs du Parlement, rue Mignon, 1784. Imprimé. 8 p. [SRM 201 d10 n° 2 bis]

Lettre de Benjamin Franklin à Félix Vicq d’Azyr. Passy, 20 juillet 1781. Manuscrit. 2 f. [SRM 164 d10 n° 2]

Médaille commémorative, gravée par Louis St-Gaudens, fondue par Tiffany and Co pour le Congrès des États-Unis d’Amérique, 1906. Médaille en bronze à patine verte. Diamètre : 10 cm. Don American Philosophical Society, 1906 [médaille 0297]

Médaille commémorative, pour le Congrès des États-Unis d’Amérique, 1956. Médaille en bronze. Diamètre : 7,5 cm. Don Congrès et peuple des États-Unis d’Amérique, remise par Theodore C. Achilles, ministre plénipotentiaire, 17 janvier 1956 [médaille 0298]

Portrait de Benjamin Franklin, par Julio Kilenyi. Médaillon en cuivre repoussé. Diamètre 33 cm. Don Poor Richard Club, remis à l’Académie par M. le Président emeritus Roy Weeks, remplaçant M. Robert Salberg, Président de la Chambre de Commerce américaine en France, 18 décembre 1956 [ART 134]

Hilaire Gaubert. Certificat médical. New York le 6 ventôse de l’an 5e de la République française une et indivisible (= 24 février 1797) [Dossier biographique Gaubert, Hilaire]

 

 Jérôme van Wijland

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