Sous le pont d’Avignon

Les archives et manuscrits conservés à la Bibliothèque de l’Académie nationale de médecine, s’ils concernent principalement la médecine, fourmillent de renseignements qui peuvent intéresser les chercheurs de toutes disciplines sur les sujets les plus variés. Ils peuvent ainsi constituer des sources inexploitées jusqu’alors et contribuer, même modestement, à des projets transverses. C’est le cas d’une carte, adressée le 5 septembre 1777 par un certain Gastaldy, correspondant de la Société royale de médecine à Avignon, à la Société basée à Paris (SRM 148B dossier 17). Associée au bref compte rendu de ses « observations sur les maladies régnant dans sa province pour juillet et août [1777] », la carte se présente comme un « plan géométral et figuratif des créments plantés en saules, formés par le Rhône au port de Villeneuve-lès-Avignon, contenant environ 60 salmées ».

Plan géométral et figuratif des créments plantés en saules, formés par le Rhône au port de Villeneuve-lès-Avignon, contenant environ 60 salmées.

© Bibliothèque de l’Académie nationale de médecine

En proposant ce plan très soigné, de grand format (83 cm de large × 81 cm de hauteur) et en couleurs, permettant d’établir les liens entre l’implantation de la végétation, les constructions, le sens du courant des eaux fluviales du Rhône, le docteur Gastaldy nous livre un témoignage rare sur Villeneuve-lès-Avignon et sur son célèbre pont Saint-Bénézet, dont la carte ne représente que les piles.

Il obéit ainsi au genre de la topographie médicale, expressément recommandé par la Société royale de médecine à ses correspondants, qui consiste à décrire un espace – une ville, une région – dans toutes ses composantes géomorphologiques et culturelles (relief, hydrologie, sol et cultures, climat, faune, flore) en relation avec l’état sanitaire et morbide de ses habitants et de ses cheptels.
« Quant au projet de recueillir à la fin de chaque saison des observations sur les maladies régnantes dans les différentes provinces, il est digne du zèle vigilant qui a présidé à un établissement si respectable et je croirais mal répondre à la faveur que la Société m’a fait en m’admettant au nombre de ses correspondants, si je négligeais ce moyen de lui marquer ma gratitude et le désir que j’ai de me rendre utile à des vues si avantageuses aux progrès de l’art, par cet hommage que je m’empresserai de lui rendre avec autant d’exactitude que mes occupations cliniques pourront me le permettre », écrit-il dans son compte-rendu.
Par ce type d’échange scientifique avec un centre médical parisien, ce médecin méconnu contribue ainsi à la constitution d’un savoir globalisant, faisant de l’observation locale un jalon dans la prise en charge politique de la santé à l’échelon national.

De nos jours, cette carte se révèle utile dans le cadre d’un projet de recherche dont l’enjeu est d’un tout autre ordre. L’équipe pluridisciplinaire du programme ANR Pavage (Pont d’Avignon : archéologie, histoire, géomorphologie, environnement, restitutions 3D), initié en 2011 par le regretté Michel Berthelot et repris depuis par Livio De Luca, se donne comme objectif de reconstituer l’histoire, l’archéologie et l’architecture du pont d’Avignon et de proposer une modélisation numérique du pont et de son environnement fluvial. Le site internet d’information scientifique « CNRS Le journal » en propose depuis peu une présentation filmée (réalisation Christophe Gombert et Nicolas Baker, © CNRS Images / Py films 2015) :


Pont d’Avignon : la traversée du temps par CNRS

Jérôme van Wijland

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