Patentes épatantes !

En 1901, le docteur Antonin Catelan (1842-1903), directeur des services sanitaires du port de Marseille, offrait à l’Académie de médecine sa collection de patentes de santé françaises et étrangères et de passeports sanitaires (Ms 1148 (2019)-1149 (2020) cg). En 1890, alors médecin sanitaire de France à Alexandrie, le docteur Catelan s’était vu décerner une médaille d’argent pour le service des épidémies grâce à son Mémoire sur l’épidémie de grippe. Un an plus tard, il avait postulé, sans succès, à une place de correspondant national dans la première division (médecine) de l’Académie de médecine.
Réparties dans deux très grands registres, ces 291 patentes de santé, s’échelonnant de 1786 à 1899 (180 pour le vol. 1 : 1786-1827, 111 pour le vol. 2 : 1828-1899), dessinent une histoire des échanges et des transits maritimes avec la ville de Marseille, d’abord limités à l’espace méditerranéen (ports d’Espagne, de France et d’Italie principalement) puis plus largement ouverts sur le monde atlantique (de l’Atlantique nord aux ports sud-américains et africains en passant par la mer des Caraïbes), l’océan indien (Mozambique, Zanzibar, Aden, Bombay, la Réunion) et jusqu’à l’océan pacifique.

Il s’agit plus précisément de certificats sanitaires délivrés aux navires au départ d’un port pour attester de la bonne santé de leur équipage et de la population du port de provenance à l’arrivée dans un autre port (en l’occurrence Marseille), leur permettant ainsi d’éviter des périodes de quarantaine.

Patentes de santé émanant des ports de Barcelone, Mahon et La Seyne.

Outre le nom du bateau, son type (brigantin, vapeur, tartane, etc.), le nombre de ses marins – parfois de ses passagers –, on peut y trouver aussi le rôle des équipages, les noms, et différentes données probablement destinées au contrôle et à l’identification : âge, couleur des cheveux, couleur de la peau, taille.
La collection atteste également des transformations de l’espace géopolitique méditerranéen pendant la Révolution et le premier Empire (Toulon rebaptisée Port-la-Montagne, patentes niçoises en langue italienne, etc.)Billet_2017_ Patentes_AgdeLit

Enfin, c’est aussi toute une iconographie des saints protecteurs (sainte Vierge, saint Roch, saint Sébastien, saint Aurélien, etc.) qui se déploie en un ensemble de gravures, tailles d’épargne ou douces, sophistiquées ou grossières, profuses ou laconiques, pourvues parfois de détails cartographiques (gîtes, récifs, hauts fonds…)

Cette collection n’attend plus que ses chercheurs, qui pourront puiser dans telle ou telle patente particulière ou bien encore en étudier les aspects sériels.

 

Jérôme van Wijland

 

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