Soigner en terre étrangère au XIXe siècle. Appel à communications

Colloque international
Hippocrate sans frontières : soigner en terre étrangère au XIXe siècle (Europe, mondes atlantiques et coloniaux)

Académie nationale de médecine, Université Paris-Sorbonne, Université Paris-Nanterre
15-16 novembre 2018
Appel à communications (Hippocrates without borders. Call for papers)

En janvier 2016, le Quotidien du médecin rapportait que pour la première fois, des internes en médecine générale en France étaient exclus de leur service pour incompétence et renvoyés faire un stage de remise à niveau de six mois. Caractéristique de ces étudiants : ils avaient tous commencé leur cursus médical hors de France, profitant ensuite de la possibilité offerte à tout étudiant européen de faire son internat en France jusqu’au doctorat. Ce fait, relativement anecdotique (8 internes sur 8 881 classés cette année-là) fut largement repris dans la presse nationale, réveillant et révélant des inquiétudes anciennes vis-à-vis de la figure du médecin étranger.
Si la situation (professionnelle, juridique, sociale) des médecins étrangers au XXe siècle a suscité en France l’intérêt des juristes (Wolmark, 2001 et 2012), des politistes (Déplaude, 2011) et des sociologues (Lochard, Meilland, Viprey, 2007 ; Bontron, Voisin, 2012), elle peine à rentrer pleinement dans les problématiques historiennes malgré les travaux d’Henry Nahum sur les médecins juifs et Vichy (Nahum, 2006 et 2007) et l’étude éclairante de Julie Fette sur l’entre-deux-guerres et le régime de Vichy (Fette, 2012).
L’actualité réitérée des questions sur le statut du médecin étranger, sa formation, ses pratiques et ses compétences tend largement à oblitérer l’ancienneté du phénomène et son acuité par-delà les frontières françaises. Le XIXe siècle, temps d’invention des États-nations en Europe et de réformes des législations nationales sur l’enseignement et l’exercice de la médecine, fait pourtant figure d’époque relativement favorable à la circulation européenne des étudiants en médecine et des praticiens, incarnée par un Mateu Orfila, devenu doyen de la faculté de médecine de Paris, ou par l’itinérance d’un Eduard Jacob von Siebold, professeur à Göttingen engagé dans un véritable tour de l’Europe obstétricale dans les années 1830. Ces grandes figures de la médecine du XIXe siècle ne suffisent cependant pas à épuiser les enjeux que recouvre l’exercice médical à l’étranger, quelles que soient les figures professionnelles qui l’incarnent (docteur en médecine, médecin « licencié », sage-femme, etc.).
En ce siècle de réforme universitaire et de bouleversement des paradigmes scientifiques, s’intéresser aux mobilités médicales, interroge tant l’évolution des savoirs médicaux et des attentes sociales qu’ils véhiculent, que le rapport aux institutions nationales de formation. À ce titre, il implique d’éclairer, dans la lignée des travaux sur les étudiants étrangers parisiens (Warner, 1998 ; Moulinier, 2012), les choix étudiants, la constitution de communautés nationales estudiantines et les modalités de diplomation des non-nationaux dans les différentes universités européennes. Cette approche, tout comme celle impliquant l’exercice à l’étranger, impose, entre autres, d’appréhender les aspects économiques en jeu dans l’expatriation estudiantine ou professionnelle.
Ce mouvement des médecins interroge aussi les attendus politiques qui encadrent l’exercice médical et lient dans un nombre croissant de pays le maintien ou le rétablissement de la santé à l’appartenance nationale des médecins. La mise au point d’une exclusivité nationale du droit
d’exercer pose la question d’un avantage national accordé aux praticiens nés et diplômés dans le pays et la victoire d’un principe selon lequel on ne serait jamais mieux soigné que chez soi et par ses semblables. Elle interroge aussi les attitudes des médecins étrangers eux-mêmes face à la construction de ces exclusivités nationales, la manière dont ils composent (ou non) avec les règlementations, et les formes de leur exercice dans leur pays d’installation (type de clientèle, pratiques médicales, relations avec les médecins locaux).
Au-delà, le mouvement des médecins s’inscrit dans les dynamiques migratoires européennes qui peuvent les mener dans un pays étranger autant que dans une colonie, alors que s’affirme dans plusieurs métropoles, une politique d’expansion coloniale.
Exercer dans des colonies qui ne sont pas celles de sa métropole – si tant est que celle-ci en possède – amène à s’interroger sur les modalités de la pratique médicale en terrain colonial où souvent nécessité fait loi. La législation s’exerce-t-elle de la même manière selon qu’il s’agit de soigner les Européens installés outre-mer ou les populations colonisées ? La question nationale se pose-t-elle pour les médecins missionnaires, dans des colonies où l’exclusivité est peu de mise ? Par ailleurs, l’insertion des femmes médecins dans les colonies pose-t-elle les mêmes questions que celle des hommes, alors qu’à la fin du XIXe s., l’outremer peut être vu comme un terrain particulièrement favorable à l’exercice féminin, notamment en ce qu’elles n’y font pas de concurrence aux hommes ?
Ces mobilités interrogent enfin sur l’existence de migrations en communautés et le maintien d’une culture médicale nationale entretenue par des flux continus depuis le pays ou la métropole d’origine dans le cadre de ces migrations ? De ce point de vue, la médecine de diaspora, au service des siens dans un autre pays, constitue un autre pan des questionnements possibles de ce colloque.
Sans s’interdire d’étudier des propositions portant sur des thématiques connexes, le comité scientifique souhaite que les contributions s’inscrivent autant que possible dans les quatre axes suivants :
– étudier la médecine à l’étranger : l’itinérance estudiantine ;
– autoriser et encadrer : le praticien étranger aux prises avec la législation du pays d’accueil ;
– soigner en terre coloniale ;
– exercer la médecine auprès de ses compatriotes : la médecine de diaspora.
Les études portant sur d’autres pays que la France seront particulièrement bienvenues. Le comité est ouvert tant à des approches à l’échelle nationale et sur la longue durée qu’à des recherches plus micro-historiques sur des parcours individuels ou collectifs de médecins. La question du genre des soignants ou de leur patientèle pourra constituer un angle d’approche pertinent. Enfin, les aires géographiques prioritairement concernées seront l’Europe et ses espaces d’expansion coloniale mais, les migrations des Européens outre-Atlantique pourront être envisagées, de même que la présence ou l’exercice de médecins extra-européens en Europe.

Calendrier et modalités pratiques :
Les propositions de communications (titre, résumé d’une page max., bref CV) devront parvenir en français, anglais, italien, espagnol aux organisateurs avant le 15 février 2018. Elles seront examinées et évaluées par le comité scientifique. La sélection des communications sera indiquée aux proposants avant le 28 février 2018. Les communications pendant le colloque pourront se faire en français, anglais, italien, espagnol et devront être accompagnées d’un diaporama dans une autre langue (français ou anglais) pour une meilleure compréhension générale. Elles dureront 30 minutes, questions comprises.
Les propositions de communications devront être envoyées à l’adresse suivante : hippocrate19@sciencesconf.org

Comité scientifique :
Delphine Diaz, Université de Reims-Champagne-Ardenne
Claire Fredj, Université Paris Nanterre
Isabelle Renaudet, Aix-Marseille Universités
Philippe Rieder, Université de Genève
Isabelle Robin, Université Paris-Sorbonne
Nathalie Sage Pranchère, Université Paris-Sorbonne
Jérôme van Wijland, Bibliothèque de l’académie nationale de médecine

Comité d’organisation :
Claire Fredj, Université Paris Nanterre
Isabelle Robin, Université Paris-Sorbonne
Nathalie Sage Pranchère, Université Paris-Sorbonne
Jérôme van Wijland, Bibliothèque de l’Académie nationale de médecine

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Approches interdisciplinaires du geste chirurgical (XXe-XXIe siècles)

Jeudi 11 janvier 2018 se tiendra une journée d’étude consacrée aux « Approches du geste chirurgical (XXe-XXIe siècles) : histoire, littérature, philosophie, arts visuels », organisée dans le cadre du projet du Fonds national suisse de la recherche scientifique « La figure du poète-médecin (XXe-XXIe siècles) : une reconfiguration des savoirs ».

Elle prend place à la suite de la journée d’étude « Les réseaux médico-littéraires dans l’Entre-deux-guerres : revues, institutions, lieux, figures » tenue à l’université de Fribourg les 24 et 25 novembre 2016 et du colloque international « La figure du poète-médecin, XXe-XXIe siècles » tenu les 30 mars et 1er avril 2017, également tenu à l’université de Fribourg.

 

Billet_2017_Geste chirurgical2

 

PROGRAMME

 

  • 8h30 : Accueil des participants. Mot d’accueil par M. Christian Chatelain (chirurgien urologue, spécialiste de transplantation rénale et pancréatique), président de l’Académie nationale de médecine pour 2018.Mot d’accueil par M. Jérôme van Wijland, Directeur de la Bibliothèque de l’Académie nationale de médecine.
  • 9h : Introduction du colloque par Thomas Augais et Julien Knebusch (FNS/Université de Fribourg, Suisse)
  • 9h30 : Conférence inaugurale par Thomas Schlich (McGill University, Canada) : The Changing Rules of Surgical Performance: Styles of Surgery, 1800-1920
  • 10h : Discussion
  • 10h30 : Pause
  • 10h50 : Joël Danet (Ingénieur de recherche à la faculté de médecine de Strasbourg, projet MedFilm, projet ERC Body Capital) : Approches filmiques du geste chirurgical : un geste exemplaire, un geste cinégénique, un geste comptable
  • 11h20 : Alexandre Wenger (Université de Genève) : Gestes, mains, gants : la chirurgie dans The Knick de Steven Soderbergh
  • 11h50 : Christina Lammer (sociologue et vidéaste, Akademie der Bildenden Künste, Wien, Österreich) : Performing Surgery
  • 12h20 : Discussion

 

  • 13h : Déjeuner

 

  • 14h30 : Isabelle Percebois (Professeure agrégée de Lettres Modernes, docteure en Littératures Comparées de l’Université Paris-Sorbonne) : Gestes et pouvoirs du chirurgien dans la fiction fantastique : Le Docteur Lerne, sous-Dieu de Maurice Renard
  • 15h : Danièle Leclair (Université Paris-Descartes / UMR Thalim) : Le ballet des mains chez Lorand Gaspar : dessin, danse et chirurgie
  • 15h30 : Discussion
  • 16h : Pause
  • 16h30 : Julia Pröll (Universität Innsbruck, Institut für Romanistik, Österreich) : Dépasser l’« emprunt à l’atlas d’anatomie »? Le geste chirurgical au miroir de la littérature française de l’extrême contemporain. Un dialogue entre trois chirurgiens-écrivains (Maurice Mimoun, Gilbert Schlogel, Antoine Sénanque) et Maylis de Kerangal
  • 17h : Philippe Hubinois (chirurgien et philosophe) : Actes et gestes chirurgicaux : de la chirurgie classique à la télé-chirurgie
  • 17h30 : Discussion et clôture de la journée

 

Informations pratiques :

Cette manifestation se déroulera le jeudi 11 janvier 2018 de 9h à 18h, dans la salle des séances de l’Académie nationale de médecine, 16, rue Bonaparte, 75006 Paris. L’accès en est libre et gratuit. La journée se déroulera en français et en anglais, avec traduction simultanée dans les deux langues.

Responsables : Thomas Augais, Julien Knebusch, Jérôme van Wijland

 

Jérôme van Wijland

 

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Meilleurs vœux pour 2018 !

Toute l’équipe de la bibliothèque vous présente ses meilleurs vœux pour cette nouvelle année.

Billet_2018_Bonne_année

Nous serons heureux de vous accueillir à partir du 8 janvier 2018 dans notre salle de lecture, et de vous accompagner tout au long de l’année à venir dans vos travaux et recherches.

 

Information sur les horaires

À l’occasion des fêtes de fin d’année, la Bibliothèque de l’Académie nationale de médecine sera fermée à partir du jeudi 21 décembre 2017 au soir. Elle rouvrira le lundi 8 janvier 2018 au matin.

Billet_2017_InformationHoraires_NoëlToute l’équipe de la bibliothèque vous souhaite de bonnes fêtes, et sera heureuse de vous retrouver l’année prochaine, à partir du 8 janvier, aux horaires habituels.

Maladie et mort de Maurice Ravel

La séance de l’Académie nationale de médecine du mardi 12 décembre 2017, organisée par le neurologue – et organiste, pendant trente ans, de l’église Saint-Pierre de Caen – Bernard Lechevalier, prévoit de revenir sur « la maladie de Maurice Ravel » à travers les lectures et les interprétations qu’en ont donné ses médecins.

Il y a quatre-vingts ans en effet, le 28 décembre 1937, décédait le compositeur Maurice Ravel des suites de l’opération au cerveau pratiquée par le neurochirurgien Clovis Vincent (1879-1947). Dès l’accident de voiture (souvent appelé accident de taxi) dont il fut victime en 1932, et sans doute bien avant, Maurice Ravel souffrait de troubles neurologiques sévères qui avaient fini par le rendre incapable de composer et de jouer de la musique.
Maurice Ravel & Lily Laskine 1935

En février 1936, il confiait sa santé au neurologue Théophile Alajouanine (1890-1980) et au psychiatre Henri Baruk (1897-1999). Les deux médecins conduisirent sur trois séances leur observation médicale en l’accompagnant d’une série de tests musicaux : reconnaissance des airs musicaux, reconnaissance des notes, lecture des notes, exécution au piano, dictée musicale, écriture musicale, étude des gammes. Menées sur une feuille de musique à portée, les tentatives d’écriture de notes, de son propre nom ou encore d’une clef de sol ne sont pas sans dégager une forte charge émotive.

La générosité de Georgette Signoret, veuve du Professeur Jean-Louis Signoret, qui les tenait de son maître Théophile Alajouanine, vaut à la Bibliothèque de l’Académie nationale de médecine de conserver ces documents depuis juin 2014.

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Théophile Alajouanine aborda le cas Ravel à plusieurs reprises dans ses aspects scientifiques, notamment en 1948 dans la revue Brain ou encore dans son ouvrage L’aphasie et le langage pathologique (1968).

Henri Baruk lui, l’évoqua dans ses mémoires :

« J’ai eu à m’occuper aussi d’un très grand musicien, l’un des plus célèbres de notre siècle. Il présentait une amusie typique sans aucune trace d’aphasie ou de trouble de la personnalité.

Elle s’est déclarée alors qu’il était en train d’écrire un concerto. Brusquement sa main s’est arrêtée de tracer des notes. Celles-ci ne correspondaient plus à rien pour son esprit. Il s’est mis au piano : impossible de jouer, alors qu’il était un extraordinaire virtuose.

Il va d’abord consulter le professeur Alajouanine qui prend contact avec moi parce qu’il sait que je suis musicien. Je reçois cet auteur célèbre, assez ému en raison de l’admiration que je nourris pour lui. Je suis d’autant plus touché que ce patient se révèle comme un homme exquis, à l’esprit très fin, à la délicatesse extrême, que la maladie n’a nullement privé de ses immenses qualités humaines. Il juge et sent les hommes et les choses avec un instinct que j’admire.Billet_2017_Ravel_Baruk
Nous nous installons au piano et c’est lui qui me demande de jouer l’une de ses œuvres. Je fais le difficile ou plutôt le modeste et l’on comprendra pourquoi : le morceau n’est pas facile et je ne me sens pas capable d’en respecter l’esprit pas plus que la forme. Il insiste et je me jette à l’eau. À chaque faute – et Dieu sait si elles abondent – et même à chaque erreur de style ou de nuance il m’arrête. Certes il y a devant nous des partitions mais c’est l’oreille qui le guide.
J’avoue n’avoir pas réussi à rendre à ce compositeur dont la gloire n’a fait que grandir depuis sa mort, le talent et même le génie qui l’habitaient. Avec le professeur Alajouanine nous l’avons perdu de vue. Peut-être n’a-t-il pas eu la patience de nous  écouter. Peut-être ne pouvions-nous rien pour lui d’ailleurs. Toujours est-il qu’il est allé consulter un célèbre neurochirurgien. Celui-ci a tenté une opération exploratoire sur le cerveau pour déterminer la zone qui était lésée. L’auteur de tant de chefs-d’œuvre est mort des suites de l’opération. » (Baruk, Henri, Des hommes comme nous. Mémoires d’un neuropsychiatre, p. 25-26)

Jérôme van Wijland

Manifestation :

Séance de l’Académie nationale de médecine, mardi 12 décembre 2017 à 14h30
« De la maladie de Maurice Ravel à Théophile Alajouanine en passant par Jean-Louis Signoret »
Organisateur : Bernard Lechevalier

Références bibliographiques :

Bibliothèque de l’Académie nationale de médecine, Ms 930 (1801), dossier sur la maladie de Maurice Ravel.

Alajouanine, Théophile, « Aphasia and Artistic Realization », Brain, Volume 71, Issue 3, 1 September 1948, p. 229–241.

Alajouanine, Théophile, L’aphasie et le langage pathologique, Paris, J.-B. Baillière & fils, 1968.

Baruk, Henri, Des hommes comme nous : mémoires d’un neuropsychiatre, Paris, Robert Laffont, Opera Mundi, 1976 (Collection Vécu).

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Marie Curie, de la rue Cuvier à la rue Bonaparte

A l’occasion du 150e anniversaire de la naissance de Marie Curie, l’Académie nationale de médecine rend hommage à sa première académicienne, élue le 7 février 1922.

Billet_2017_Séance_Marie_CurieLors du bilan de fin d’année, le secrétaire annuel Achille Souques revenait sur l’élection de Marie Curie, après le discours de réception prononcé par le Président de l’Académie Auguste Béhal lors de la séance du 14 février 1922 :

« En son nom [i.e. au nom de l’Académie], je souhaite la bienvenue à nos nouveaux collègues Mme Pierre Curie, MM. Hallion, Desnos, Legry, Paul Carnot,  et je prie Mme Pierre Curie de vouloir bien agréer l’hommage de notre respect.

La candidature de Mme Curie, posée par quelques-uns de nos collègues, fit une grande sensation. Devant l’éclat rayonnant de ses titres, les autres candidats se désistèrent, et son élection fut un triomphe. Elle nous apportait une œuvre plus durable que l’airain, je veux dire une découverte géniale, faite en collaboration avec son mari, un nouveau traitement des tumeurs, un nom illustre dans le monde entier et qui manquait à notre gloire.

C’est la première fois qu’une femme entre à l’Académie de Médecine; c’est même, si je ne me trompe, la première fois qu’une femme entre, en France, dans une Académie d’État. Certes, la tradition est chose respectable. Mais de quoi est donc faite la tradition? N’est-ce pas d’apports successifs, transmis d’âge en âge, et qui, à leur moment, furent des innovations ? Innovation aujourd’hui, et demain tradition !

Depuis quarante ans, un nouvel ordre de choses est né. Depuis quarante ans, les étudiantes se précipitent à flots de plus en plus serrés vers les carrières libérales. Jadis, on ne les trouvait que par unités dans les Universités et les Écoles; aujourd’hui, on les  y trouve par centaines. Quoi qu’il en soit, c’est un fait dont il faudra désormais tenir compte. Il n’est pas besoin d’être augure
pour prédire que quelques-unes d’entre elles s’imposeront, un jour, aux choix des Académies. Et les Académies auront tout à gagner à ne s’inspirer que du mérite seul et de l’intérêt impérieux de la Science. » (A. Souques, secrétaire annuel, « Rapport général sur les prix décernés par l’Académie, en 1922 », Bulletin de l’Académie de médecine, séance du 12 décembre 1922, p. 448-449)

Programme de la séance du mardi 21 novembre 2017 à 14h30

  • Accueil par André Aurengo (Membre de l’Académie nationale de médecine)
  • Lecture du discours de réception de Marie Curie prononcé par le Président Auguste Béhal (1922) par Claude Jaffiol, Président de l’Académie nationale de médecine
  • La reconnaissance institutionnelle : des Nobel aux Académies par Natalie Pigeard-Micault (Docteur en histoire des sciences et responsable des ressources historiques du Musée Curie)
  • L’apport de la famille Curie à la médecine par André Aurengo (ancien Chef de service de Médecine nucléaire, Pitié-Salpêtrière, Paris ; Membre de l’Académie nationale de médecine)
  • De la découverte scientifique à l’application médicale : modernité et postérité de Marie Curie par Marie Dutreix (Directrice de recherche au CNRS, Institut Curie)
  • Une si longue absence… par Claude Huriet (Membre honoris causa de l’Académie nationale de médecine)

 

Un médaillon gravé par la Monnaie de Paris à l’effigie de Marie Curie, sera présenté à ses petits-enfants, Hélène Langevin et Pierre Joliot, et apposé à l’entrée de la Salle des séances.

 

Jérôme van Wijland

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Mémoires – I. Les années 1880.

Les Mémoires constituent un sous-ensemble des archives organiques de l’Académie de médecine, allant des années 1820 aux années 1930 approximativement. Ils consistent en notes, articles, mémoires que des médecins, scientifiques ou particuliers soumettent à l’appréciation de l’Académie dans l’espoir d’en donner lecture en séance ou d’en voir reconnaître la pertinence scientifique. On y trouve également un type particulier de mémoire, les plis cachetés, adressés à l’Académie par leurs auteurs dans le but de préserver le secret de leurs travaux tout en en établissant la priorité. Les documents y sont classés par année, puis – à peu près – par ordre alphabétique.

Mais ce sous-ensemble comporte également d’autres types de documents qu’il a été décidé de ne pas distraire du fonds, pour des raisons de cohérence archivistique et afin de ne pas modifier le classement sommaire réalisé par les Archives nationales dans les années 1970. Ainsi, y figurent de nombreuses lettres de candidatures, parfois associées à des envois de titres et travaux, voire de brochures à l’appui des candidatures. Quelques documents relèvent plus particulièrement de la correspondance avec les instances de l’Académie de médecine au sujet, par exemple, de congrès ou de commémorations auxquelles l’Académie est priée d’envoyer un représentant.

Le chantier d’inventaire de ce sous-ensemble des Mémoires, amorcé récemment, se concrétise d’ores et déjà par la publication de l’inventaire des quelques 1200 pièces de la décennie 1880-1889 dans le portail catalographique Calames.

Billet_2017_MémoiresAnnées1880Lèpre_couvLes études de statistique, de topographie ou de géographie médicales – en particulier les statistiques sur le recrutement et les conscrits ou encore les études épidémiologiques – portent aussi bien sur des pays entiers (la Suisse ou l’île de Zanzibar) que sur des départements (Ain, Loire-Inférieure, Vendée, Tarn-et-Garonne, de la Marne, du Calvados, du Var, du Nord), sur des régions (Cévennes) voire des villes (une épidémie à Salles-d’Aude) et certains de leurs établissements de soins (le sanatorium d’Argelès).

Les thématiques abordées sont de toutes sortes : instrumentation, ophtalmologie, rage, tuberculose, chirurgie, dermatologie, médicaments, alcoolisme, alimentation et nutrition, hygiène et salubrité publiques, etc. Quelques-unes des pièces sont en anglais, allemand, italien, espagnol ou portugais.

Pour ne prendre qu’un exemple, citons le Traité de la lèpre soumis à l’appréciation de l’Académie de médecine par le docteur Henri Camille Chrysostome Leloir (1855-1896), traité qu’il espère propre à lui attirer la reconnaissance de ses pairs. Ce sera chose faite avec son élection comme membre correspondant national pour la division d’anatomie et de physiologie le 20 mars 1888. Le docteur Leloir l’a réalisé à partir d’observations faites à l’hôpital Saint-Louis à Paris, lors de voyages d’étude en Italie (1878 et 1885), dans le Midi de la France (1885) et, surtout, au cours d’un voyage d’étude en Norvège (1884) pour lequel il avait été mandaté par le ministère de l’Instruction publique.

Héliogravures issues de l’atlas du Dr Leloir. Héliog. Arents / Imp. Arents

L’imposant traité se compose de trois volumes manuscrits, comptant respectivement 264 feuillets (et près d’une trentaine de dessins), 104 feuillets (et deux cartes représentant la première, le déploiement de la lèpre dans les districts médicaux de la Norvège à la fin de l’année 1879, la seconde la distribution géographique de la lèpre dans le Monde), et un atlas de 20 planches de lithographies (en couleurs ou en noir et blanc) et d’héliogravures.

Sa mission en Norvège lui a permis de relever plusieurs observations à la léproserie Saint-Georges de Bergen, toutes d’une grande précision clinique et, parfois, accompagnées d’héliogravures d’une qualité remarquable.

 

Jérôme van Wijland

 

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Information sur les horaires

La bibliothèque sera fermée mercredi 1er novembre (fête de la Toussaint).

Elle sera ouverte jeudi 2 et vendredi 3, aux horaires habituels (10 h – 18 h).

Les unica de la Bibliothèque – I. A Treatise of Midwifry

Un unicum est un livre dont un seul exemplaire est répertorié. Nous présenterons dans cette rubrique des ouvrages conservés par la Bibliothèque de l’Académie nationale de médecine qui ne se trouvent ni dans les autres bibliothèques relevant de l’enseignement supérieur et de la recherche ni à la Bibliothèque nationale de France. Sélectionnés pour leur rareté, ces ouvrages sont aussi remarquables pour leur intérêt scientifique et intellectuel.

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A Treatise of Midwifry in three parts, publié dans sa première édition à Dublin en 1742, est l’œuvre de Fielding Ould. Né en 1710 d’une mère irlandaise et d’un père anglais membre de l’armée britannique, Ould a exercé à partir de ses dix-neuf ans et pendant cinq ans comme prosecteur au département d’anatomie de l’École médicale de Trinity College, à Dublin. Il y a développé des compétences en anatomie, mais ce sont surtout les deux années qu’il a passées ensuite à Paris pour apprendre le métier de sage-femme qui lui donnent l’occasion d’observer des accouchements (ce qu’il n’aurait pu faire nulle part ailleurs, note-t-il dans son Traité). A son retour, le College of Physicians de Dublin, à qui il revient d’accorder l’autorisation nécessaire pour exercer, lui ouvre l’accès au métier d’accoucheur.

Billet_2017_TreatiseOfMidwifry_PortraitOuldSon parcours fait d’Ould une figure très singulière : il est « man-midwife », c’est-à-dire homme sage-femme, avant d’être médecin, à une époque où le métier de sage-femme est très peu considéré, mal ou pas du tout enseigné. L’activité d’Ould lui vaudra d’ailleurs les plus grandes difficultés lorsqu’il cherchera à compléter sa titulature par un diplôme médical : car le College of Physicians décide en 1753 que ceux qui pratiquent ou ont pratiqué l’art des sages-femmes ne sauraient postuler pour une licence de médecine… Annobli en 1760, Fielding Ould ne sera licencié en médecine qu’en 1785, à l’âge de 75 ans.

Quoi qu’il en soit de ces difficultés, Ould a connu de son vivant la reconnaissance pour le travail qu’il a accompli à partir de 1759 comme Master of the « Rotunda hospital » de Dublin (fondé en 1745), maternité destinée aux déshéritées, mais aussi en exerçant au service de la noblesse. Le Treatise on Midwifry est son unique ouvrage publié, et fait de lui un des pionniers de l’obstétrique, par sa démarche résolument fondée sur l’observation anatomique et la remise en cause d’autorités anciennes. Il a le grand mérite d’exposer à partir d’observations précises le déroulement de l’accouchement normal. Il décrit ainsi la mécanique du travail de l’accouchement, et rend compte de la position et des mouvements du fœtus. Il en déduit les techniques de délivrance, normales ou exceptionnelles, sans ou avec instruments. Il recommande l’usage d’opiacés contre les douleurs, s’oppose à l’extraction prématurée du placenta, conçoit un perforateur caché dans une gaine, et propose une première description de l’épisiotomie.

La Bibliothèque de l’Académie nationale de médecine un exemplaire de l’ouvrage, dans une édition de 1748. L’ouvrage sera par la suite réédité en 1767.

François Léger

Bibliographie :

Ould, F., A treatise of midwifry in three parts, London, Printed for J. Buckland,…, 1748.

Brody, S. A., « The life and times of Sir Fielding Ould: man-midwife and master physician. », Bulletin of the History of Medicine, 1978, vol. 52, p. 228?250.

Dunn, P. M., « Bartholomew Mosse (1712–59), Sir Fielding Ould (1710–89), and the Rotunda Hospital, Dublin », Archives of Disease in Childhood – Fetal and Neonatal Edition, 1er juillet 1999, vol. 81, no 1, p. F74?F76.

Longo, L. D., « Classic pages in Obstetrics and gynecology. Fielding Ould, A treatise of midwifry, in three parts. », American Journal of Obstetrics and Gynecology, 1er avril 1995, vol. 172, no 4, Part 1, p. 1317?1319.

Siebold, E. K. J. von, Essai d’une histoire de l’obstétricie, traduit par François Joseph Herrgott, 3 vol., Paris,  G. Steinheil, 1891.

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Approches du geste chirurgical (20e-21e siècles). Appel à contributions

Billet_2017_Geste chirurgical2

Veuillez trouver ci-joint l’appel à contributions (Appel à contributions) pour la journée d’étude interdisciplinaire « Approches du geste chirurgical (20e-21e siècles) : histoire, littérature, philosophie, arts visuels », organisée dans le cadre du projet FNS « La figure du poète médecin (20e-21e s) : une reconfiguration des savoirs » (université de Fribourg), qui se tiendra à l’Académie nationale de médecine le jeudi 11 janvier 2018.

Les propositions de contribution (titre et résumé de 15 à 20 lignes, accompagnés d’une bio-bibliographie d’une demi-page) sont à envoyer, pour le 1er octobre 2017 au plus tard, simultanément à :

– Thomas Augais (adresse électronique : thomas [dot] augais [at] unifr [dot] ch) ;

– Julien Knebusch (adresse électronique : julien [dot] knebusch [at] unifr [dot] ch).

Responsables :
Thomas Augais, Julien Knebusch, Jérôme van Wijland

Jérôme van Wijland

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