Le catalogue des peintures et des sculptures de l’Académie nationale de médecine

En septembre 2020 est paru aux éditions Snoeck un Catalogue des peintures et des sculptures de l’Académie nationale de médecine, sous la direction de Jérôme van Wijland, avec la collaboration de Jérôme Farigoule et Dominique Lobstein. Ce sont en fait près de 30 spécialistes, conservateurs du patrimoine, chercheurs en histoire de l’art, professeurs de littérature, qui ont rédigé les notices et les trois essais d’ensemble qui ouvrent le livre. Au total, 110 tableaux et 150 sculptures sont inventoriées.

L’ouvrage vient couronner un travail de longue haleine sur les collections d’œuvres d’art. La Bibliothèque de l’Académie nationale de médecine a en effet depuis sa création la responsabilité non seulement de riches collections d’imprimés, de manuscrits et d’archives, mais aussi des peintures et sculptures, qui ont orné les locaux de l’Académie, depuis l’immeuble de la rue de Poitiers dans la première moitié du XIXe siècle, jusqu’au bâtiment conçu par Justin Rochet et construit en 1902. Depuis plusieurs années a été engagé un important travail sur les œuvres : recherches dans les archives pour éclaircir les circonstances de l’entrée dans les collections, opérations de restauration des tableaux, de nettoyage des bustes, et réalisation des photographies de grande qualité qui figurent dans ce Catalogue.

Les sujets représentés – scènes ou personnages – ont eu pour fonction de perpétuer la mémoire (et parfois la légende) de médecins et d’événements fondateurs de la médecine, aux yeux des membres de l’Académie de médecine ou du public (selon le lieu où les œuvres étaient placées ; on lira pour plus de détails sur l’inscription spatiale des œuvres l’essai de Jérôme van Wijland). Mais c’est bien la dimension proprement artistique de ce patrimoine que le catalogue propose à son lecteur de découvrir : si les notices consacrées aux portraits sont riches de détails biographiques sur le sujet représenté, il s’agit avant tout de révéler les liens entre le sujet et le peintre, de raconter la genèse du tableau, d’apprécier les intentions de l’artiste et les caractéristiques formelles de l’œuvre, en somme d’adopter une démarche de critique artistique. L’essai de Jérôme Farigoule a précisément pour objet d’inscrire les portraits abrités par l’Académie dans une « histoire de la condition médicale par le portrait ».

Au fil des presque 500 pages de l’ouvrage, on verra par exemple rappeler que Léon Bonnat, portraitiste de la bourgeoisie, entretient des liens personnels avec plusieurs médecins de l’Académie, représentants d’une « bourgeoisie du savoir » en pleine ascension dans le dernier tiers du XIXe siècle ; que Jean Gigoux, dont l’Académie possède avec le portrait d’Hippolyte Larrey une des rares œuvres tardives connues, est au centre des réseaux de sociabilité de la monarchie de Juillet puis du Second Empire ; que la représentation donnée par Gaston Mélingue, un peu plus de 80 ans après l’événement, de la scène de la vaccination du petit James Phipps par Jenner, si elle procède d’un geste artistique recherchant l’effet théâtral, doit aussi être expliquée par l’histoire de la vaccination, de ses perfectionnements, de sa généralisation et, déjà, du travail de la mémoire.

Chaque notice s’ouvre par un chapeau technique, qui détaille l’auteur, le titre ou le sujet, la date, la technique employée, les dimensions, la signature et les inscriptions éventuelles, l’historique de l’œuvre, son numéro d’inventaire. L’œuvre issue de la collection est reproduite en pleine page avec son numéro catalographique associé. Un nombre important d’illustrations dites de comparaison complètent l’iconographie, dans un format plus petit, ce qui permet de les distinguer d’un coup d’œil des œuvres de la collection.

Sur les 110 peintures de la collection, 83 sont ainsi étudiées dans l’une des 74 notices du catalogue. Un inventaire supplémentaire présente succinctement les peintures restantes. Les 150 sculptures, principalement des bustes, font l’objet d’un inventaire exhaustif, qui inclut même des œuvres aujourd’hui disparues des collections. Les sculptures ne font pas l’objet de notices, mais Anne Pingeot, dans son essai synthétique, montre toute la richesse et la diversité de cette collection qui comprend des œuvres de David d’Angers, Dantan jeune, Robinet, Gayrard, Dalou, et en éclaire les conditions de création, de commande et d’acquisition.

L’ouvrage est complété par un index comportant 2000 noms de personnes, artistes, philanthropes, personnalités politiques, salonniers, journalistes et critiques d’art, qui fait de ce catalogue non seulement un très beau livre d’histoire de l’art mais aussi un véritable outil d’histoire sociale et culturelle.

François Léger

Jérôme van Wijland (dir.), Jérôme Farigoule (collab.), Dominique Lobstein (collab.), Académie nationale de médecine. Catalogue des peintures et des sculptures, Gand, éditions Snoeck, 2020.

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