La léproserie de Koyama (2)

L’ album photographique de la léproserie de Koyama a certainement été voulu par son directeur, le père Lucien Droüart de Lézey, que ses thuriféraires qualifieront à sa mort en 1930 de « partisan très actif de l’apostolat par la presse » (« La mort d’un grand missionnaire », Les Annales coloniales, 31e année, n° 191, 23 décembre 1930, p. 2). En effet, au-delà des remerciements adressés aux donateurs pour les subsides qu’ils lui ont apportées à la suite du séisme, le père Droüart de Lézey se livre à une véritable campagne de communication, destinée à lui attirer d’autres donations comme à faire connaître le rôle charitable des missions étrangères. Cet album vient ainsi compléter les communications et les brochures qu’il a prodiguées sur la léproserie, non sans un sens consommé de l’humour. Billet Koyama photo Drouart de LézeyLes Missions étrangères de Paris en possèdent un album de facture équivalente, mais dont une partie des photographies diffèrent de l’album conservé dans les collections de la Bibliothèque de l’Académie nationale de médecine. Plus que les brochures consacrées à la léproserie, les albums photographiques permettent une plongée fascinante dans l’univers d’une institution charitable de missionnaires français au Japon, au lendemain du séisme dévastateur de Kantō.
En effet, les photographies ont été prises en janvier 1924, lors d’une visite officielle de Paul Claudel, ambassadeur de France et du Dr Laurence, médecin major des troupes coloniales en Indochine. Le Dr Bellet qui les accompagne estime alors le nombre de lépreux au Japon à près de 50 000. A cette même époque, le pays compte neuf léproseries, dont une dirigée par une mission protestante, une autre par une mission bouddhiste, enfin deux par les missions étrangères catholiques (Koyama, Chiu Siu).Billet Ms 985 (1856) Claudel
La léproserie de Koyama, située dans la préfecture de Shizuoka, au pied du mont Fuji, a été créée en 1889 par le père Germain-Léger Testevuide, membre des missions étrangères de Paris désigné pour l’évangélisation du Japon. En 1924, elle accueille environ 80 lépreux.
Les photographies illustrent les trois principaux aspects de la vie quotidienne des lépreux telle que les missionnaires l’organisent, dans le cadre d’une colonie agricole permettant un « isolement pratique sans claustration ».
La religion est au centre du fonctionnement de la léproserie comme la chapelle l’est physiquement. En témoignent la piété et le travail d’évangélisation palpables dans la reconstitution de la grotte de Lourdes au pied de laquelle viennent prier des lépreuses en kimonos traditionnels, ou encore telle représentation théâtrale des martyrs chrétiens japonais.

Le travail est la deuxième valeur prônée par le père Droüart de Lézey. Une partie du travail est consacrée à la reconstruction après le séisme : travaux de terrassement, de réparation des toits, reconstruction du moulin à eau, reconstruction du magasin de riz en ciment armé, transport de bois de construction, etc. Mais les travaux des champs, la récolte des daïkon, la coupe du foin, la cueillette du thé, la fabrication du charbon de bois, la cuisine, la couture et jusqu’aux travaux de vannerie accomplis par les lépreux aveugles sont là pour démontrer, sinon leur utilité sociale du moins leur capacité à vivre en quasi-autarcie.

Enfin, les loisirs, distractions et relaxations contribuent à l’amélioration de la qualité de vie des lépreux : pièces de théâtre, fanfare, séances de cinématographe, loterie de Noël, excursions en montagne et pique-niques.

Ci-dessus, album photographique des Missions étrangères de Paris.

Au-delà de ces trois aspects érigés en vertus cardinales de la vie quotidienne dans la léproserie, les albums photographiques rejoignent les brochures dans leur volonté d’insister sur les difficultés économiques et, plus encore, sur l’humanité souffrante des lépreux, afin de susciter sentiments de compassion et actes de charité.

Jérôme van Wijland

Remerciements à Lucie Perrault (Archives des Missions étrangères de Paris) et à Ghislaine Olive (Iconothèque des Missions étrangères de Paris)

Bibliographie :

Bulletin de l’Académie de médecine, 3e série, tome XCIV, 89e année, séance du 7 juillet 1925, p. 765-766.

Droüart de Lézey, Lucien, « La Bienheureuse, céleste pourvoyeuse d’une léproserie japonaise. Communiqué au Carmel de Lisieux en avril 1921. Relation de l’aumônier de la Léproserie de Gotemba », Pluie de Roses, VI, 1919, 1920-1921, 1922, p. 560-561.

Droüart de Lézey, Lucien, Koyama Leper Hospital, Koyama Nr. Gotemba Shizuoka-ken Japan, s.n., [ca 1929].

Me., Un cinquantenaire. Notice historique sur la léproserie de Koyama par un prêtre des missions étrangères de Paris (1889-1939), s.l., s.n., [1939].

Léproserie de Koyama. Shizuoka-Ken. Japon. Album photographique. Jointes : photographies non collées. Jointe : lettre de présentation. Bibliothèque de l’Académie nationale de médecine, Ms 985 (1856) cm.

Léproserie de Koyama. Shizuoka-Ken. Japon. Album photographique. Archives des Missions étrangères de Paris.

Ligneul, Alfred, Verret, Sylvain, L’évangile au Japon au XXe siècle : correspondance et ouvrages de M. Alfred Ligneul, de la Société des Missions Étrangères de Paris Supérieur du Séminaire de Tokio, publiés avec introduction, notes et résumés par l’abbé Sylvain Verret Supérieur du Petit Séminaire de Chartres, Paris, Librairie Vve Ch. Poussielgue, 1904, chapitre XV, p. 310-316.

Marnas, Le Père Testevuide et sa léproserie de Gotemba (Japon), par M. l’abbé Marnas, missionnaire apostolique, Imprimerie Emm. Vitte, 30, rue Condé, Lyon, 1891 (non vidimus).

« La mort d’un grand missionnaire », Les Annales coloniales, 31e année, n° 191, 23 décembre 1930, p. 2.

 

 

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La léproserie de Koyama (1) : le séisme de Kantō

Billet Koyama Petit_journal1er septembre 1923 : vers midi, heure locale, un violent séisme ravage la plaine de Kantō sur l’île de Honshū, au Japon. Il s’avère l’un des plus meurtriers du XXe siècle, après ceux de Messine en 1908 et de Haiyuan en 1920, provoquant directement ou indirectement (tsunami, typhon, incendies, mouvements de panique, exactions contre les populations coréennes, famines, épidémies de choléra) la mort de plus de cent-mille personnes (environ 142 000 en comptant les disparus) et dévastant parmi d’autres les villes de Kanagawa, Shizuoka, Yokohama et Tokyo.

Ce tremblement de terre suscite dans le monde une véritable émotion. Le gouvernement français décide un jour de deuil national, la mise en berne des drapeaux sur les monuments publics et un jour de relâche des spectacles de théâtre ou de cinéma, hommage à une nation alliée de la guerre mondiale.Billet Koyama 1 carte

Ville de Verdun ou de Marseille, Ligue des patriotes ou « travailleurs de Rivesaltes », Comité français de secours aux enfants, Croix-Rouge, Syndicat français des directeurs de cinématographes, commerçants et négociants de l’avenue de l’Opéra, etc., rivalisent de générosité pour aider les victimes du sinistre. Parmi eux, le Syndicat de la presse parisienne qui, « profondément ému des malheurs qui viennent de frapper le Japon et tenant à témoigner sa sympathie au pays dont le drapeau a flotté parmi ceux des nations alliées, a pris l’initiative d’organiser, avec le concours de la presse française, une souscription publique destinée à venir en aide aux victimes de la catastrophe. (…) Le comité du syndicat a décidé, en outre, que, dès que le premier million aura été réuni, il sera employé à l’achat de denrées et d’objets, désignés par l’ambassade du Japon, et dont l’expédition immédiate sera assurée par un bâtiment de l’État que le ministre de la marine voudra certainement affecter à cet usage. » (Le Temps, 63e année, n° 22681, 13 septembre 1923, p. 2) Billet Koyama 3 souscripteurs r

Théodore Tuffier, chirurgien à la renommée internationale, agit alors comme mandataire du Syndicat de la Presse française ; il fait parvenir aux sinistrés « un hôpital sous tentes de 500 lits » et distribue les sommes restantes aux établissements d’instruction et de charité français.  À ce titre, il reçoit en guise de remerciements et de « respectueux hommage à la presse parisienne » un album de 70 photos consacré à la Léproserie de Koyama, bénéficiaire des subsides rassemblés, accompagné de 13 photographies supplémentaires et d’une lettre du Dr Ernest Bellet, médecin en chef de la Marine, datée du 3 juin 1925. Lors de la séance du 7 juillet 1925, il le présente et en fait don à l’Académie de médecine.

Billet Koyama 4 Tuffier

(à suivre)

Jérôme van Wijland

 

 

 

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Centenaire de la naissance de Jean Dausset (1916-2009)

Le 19 octobre 2016 marque le centenaire de la naissance de Jean Dausset, membre de l’Académie nationale de médecine (1977),  de l’Académie des sciences (1977), professeur au Collège de France (1978), prix Nobel de physiologie et de médecine 1980, Grand-croix de la Légion d’honneur (2000).

Lorsqu’en 1977, après 3 premières candidatures infructueuses entre 1973 et 1976, Jean Dausset est élu à l’Académie de médecine, ses travaux sur le complexe majeur d’histocompatibilité et les applications thérapeutiques qui en découlent, en particulier dans la transplantation d’organes,  lui ont déjà valu une large reconnaissance.

Reçu à l’internat en 1941, c’est lors de la campagne de Tunisie que Jean Dausset, médecin-réanimateur aux armées, est conduit par sa pratique des transfusions sanguines vers les recherches d’immuno-hématologie et les problèmes de compatibilité. Son parcours de chercheur commence au Centre de transfusion de l’hôpital Saint-Antoine, où il est affecté après-guerre : il est marqué par des progrès réguliers et une confiance inébranlable dans les perspectives ainsi ouvertes. 1952 : la découverte d’agglomérats de globules blancs après mise en contact avec du sérum de transfusés prouve l’existence d’anticorps attaquant les globules blancs. 1958 : la mise en présence systématique de globules blancs et de sérum permet de reconnaître un premier antigène de globule blanc, le groupe MAC, nom issu des initiales du trio de donneurs bénévoles. 1964/1965 : l’identification de ce premier antigène a été suivie d’autres, qui ont permis la mise en évidence d’un système  Hu-1, qui deviendra quelques années plus tard HLA (Human Leucocyte Antigen). La multiplicité des combinaisons d’antigènes du système fait qu’il n’existe pas deux individus identiques, en dehors des jumeaux homozygotes.

Au cours des années 1950, Jean Dausset ne fait pas seulement preuve de l’intuition du chercheur et du talent de l’organisateur : il affirme aussi  sa sensibilité à l’art contemporain et une vision sociale de la médecine et de la recherche. Son goût pour l’art contemporain le conduit à installer avec sa première épouse Nina une galerie d’art rue du Dragon, où il expose les œuvres d’artistes surréalistes : Brauner, Tanguy, Matta et bien d’autres.

RobertoMatta Three Figures 1958c.

Roberto Matta, Three Figures, ca 1958 (M. T. Abraham Center, Genève).

 Sa vision de l’hôpital et de la recherche médicale le conduit à faire partie de ce qu’il appellera « un groupe de Jeunes-Turcs », qui fait la promotion de la réforme de la médecine universitaire et des hôpitaux, d’abord auprès de Pierre Mendès-France, puis, conduit par Robert Debré, auprès de  Michel Debré et du général de Gaulle, qui signe l’ordonnance décisive le 31 décembre 1958. Jean Dausset travaille alors à la mise en œuvre de la réforme, mission qui le conduit pour la première fois au sein de l’Académie de médecine – se souvient Jacques-Louis Binet en 2009 dans son hommage posthume.

Jean Dausset a très vite eu l’intuition des effets potentiels de ses découvertes pour les greffes d’organes : les groupes HLA ne caractérisent pas seulement les leucocytes mais identifient des groupes tissulaires qui peuvent déterminer l’évolution d’une greffe d’organe. L’influence du complexe HLA sur les greffes a été peu à peu acceptée et a permis d’améliorer le succès des transplantations par la sélection des donneurs. Les recherches conduites par Jean Dausset le conduisent également à établir des liens entre système HLA et certaines maladies, ouvrant la voie au concept de « médecine prédictive ». En 1980, Jean Dausset reçoit avec deux chercheurs américains, Baruj Benacerraf et George Snell, le prix Nobel de physiologie et de Médecine pour « leurs découvertes concernant les structures génétiquement déterminées à la surface des cellules qui régulent les réactions immunologiques ».

L’aventure artistique s’est poursuivie au cours des années 1960 et 1970 avec Rosa, sa seconde épouse, avec qui il réalise une collection de photographies d’épouvantails découverts au hasard de leurs voyages, sur plus de 36 ans et dans plus de 25 pays.

Billet_2016_RosaDausset

« L’épouvantail est comme chacun de nous : un mélange subtil d’inné et d’acquis, inspiré par la nature propre de son auteur et par son environnement. C’est en quoi il est particulièrement précieux et révélateur. Pure expression de l’âme dans sa naïveté, souvent avec maladresse, mais parfois avec beaucoup d’élégance, voire d’humour » (Jean Dausset, Clin d’œil à la vie, p. 111).

A la suite du prix Nobel, art et science se nouent une nouvelle fois d’une manière inattendue dans la vie de Jean Dausset par le hasard des retrouvailles avec Hélène Anavi, riche collectionneuse qui reconnaît dans le prix Nobel de Médecine celui à qui elle a acheté quelques tableaux rue du Dragon. Deux ans plus tard, elle lègue une fortune qui permet à Jean Dausset de fonder en 1984 le Centre d’étude du polymorphisme humain (CEPH) qui, à partir de maladies associées au HLA, joue un rôle pionnier dans l’étude du génome humain.

Confiant dans la science, mais humaniste et conscient des dangers qu’elle comporte, Jean Dausset  a activement défendu la nécessité de choix éthiques dans l’application des découvertes médicales, en participant aux travaux du Comité consultatif national d’éthique et à ceux du comité international de bioéthique de l’UNESCO, en présidant le Mouvement universel de la responsabilité scientifique (MURS), et en apposant depuis les années 1980 sa signature à des pétitions et appels variés : contre le tabagisme et l’alcoolisme (1990), contre le brevetage du génome (2000), pour la réforme de l’École (2000),   contre la pollution chimique (2004).

La découverte du système HLA, établissant les modalités biologiques et immunologiques de la reconnaissance  par l’organisme de ce qui lui appartient, fait de chaque individu un être biologiquement unique, et prend une portée humaniste. Jean Dausset pouvait ainsi doter son champ de recherche médicale d’une signification plus profonde : «L’immunologie est la science de la défense du soi  contre le non-soi dans le respect du soi. » (Jean Dausset, Clin d’œil à la vie, p. 195).

 François Léger

Bibliographie :

Jean Dausset, Clin d’œil à la vie, La grande aventure HLA, Paris, Odile Jacob, 1998.

Rosa Dausset, La route des épouvantails, Paris, EDS éditeur, 2002.

 

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Les dossiers biographiques

La Bibliothèque de l’Académie nationale de médecine, constitue et conserve des dossiers biographiques, 7307 à ce jour. Billet_DossiersBiogrBoîtesIl s’agit de dossiers composites, constitués de différentes strates de documentation. Ils peuvent contenir les documents relatifs à l’élection d’un membre à l’Académie de médecine (ou au contraire ceux relatifs à son échec) : lettre de candidature, titres et travaux, résultat du vote, ampliation du décret de nomination, fiche de membre pour l’annuaire, publications présentes dans les fonds de la Bibliothèque ; ainsi que des documents accompagnant le parcours ultérieur de l’académicien : pièces relatives à l’obtention de distinctions honorifiques, faire-part de décès, notices nécrologiques, etc.  Ils peuvent également comporter des références bibliographiques, des articles, des coupures de presse. Enfin, ils sont susceptibles de contenir différents documents d’archives : portraits photographiques, correspondance manuscrite, cartes de visite, etc., issus du travail de documentation de la Bibliothèque ou bien de collections documentaires précédemment constituées et réparties dans chaque dossier nominatif (ainsi de la collection documentaire du journaliste médical Henri Bouquet). La qualité et la quantité des documents présents dans les dossiers sont très variables. Il est possible d’obtenir des renseignements plus précis auprès de la Bibliothèque de l’Académie nationale de médecine.

Billet_DossiersBiogrOui

Pièces diverses du dossier biographique du docteur Oui.

Depuis juillet 2016, ces dossiers biographiques constituent la cinquième catégorie d’archives et manuscrits de l’Académie de médecine. L’existence de tel ou tel dossier peut donc être vérifiée via le catalogue collectif Calames ou via l’interface de Calames propre à la Bibliothèque de l’Académie nationale de médecine.

Attention ! Un certain nombre de dossiers font l’objet d’une interdiction ou d’une restriction de communication selon les droits et restrictions légales de communicabilité qui s’attachent aux pièces y figurant. En cas de doute, veuillez vous renseigner à l’avance auprès de la Bibliothèque de l’Académie nationale de médecine.

Jérôme van Wijland

 

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Du détail à l’infini

Le vendredi 16 septembre 2016 à partir de 14h30 se tiendra la quatorzième journée du livre médical à l’Académie nationale de médecine, organisée par le professeur Jacques-Louis Binet, secrétaire perpétuel honoraire, par ailleurs membre correspondant de l’Académie des Beaux-Arts et ancien professeur à l’école du Louvre. En voici le programme :

Du détail à l’infini

Annonce du lauréat du prix Jean Bernard.

Le détail d’après l’œuvre de Daniel Arasse, Jacques-Louis Binet.

Invisibles et sublimes infinis en peinture, Paul Vert.

L’infini en peinture selon Pierre Schneider et Kasimir Malevitch, Jacques-Louis Binet.

Le travail de l’infini, Michel Blay.

Extrait du spectacle « L’autre Galilée », Cesare Capitani.

Kasimir malévitch, quadrato nero, 1923-30

Kasimir Malevitch, Carré noir, 1923-1930

Paul Vert est professeur émérite de pédiatrie à la Faculté de médecine de Nancy, membre de l’Académie nationale de médecine. Il a mené ses recherches en biologie du développement et en pharmacologie clinique périnatale. Passionné d’art, il a présidé l’association Emmanuel Héré des amis du musée des Beaux-arts de Nancy dont il a également longtemps dirigé la revue Péristyles.

Michel Blay est historien et philosophe des sciences, directeur de recherche émérite au CNRS. Parmi ses très nombreux ouvrages, citons : Les raisons de l’infini. Du monde clos à l’univers mathématique, Paris, Gallimard-Essais, 1993 ; La naissance de la science classique au XVIIe siècle, Paris, Nathan, 1999 ; Penser avec l’infini de Giordano Bruno aux Lumières, Paris, Vuibert, 2010 ; La chair vive et la beauté de l’exister. Quatre chapitres sur l’infini dans le fini, Paris, Jean Maisonneuve, 2015.

Affiche du spectacle "L'autre Galilée" de Cesare Capitani

Affiche du spectacle « L’autre Galilée » de Cesare Capitani

Cesare Capitani est comédien, auteur et metteur en scène de théâtre. Originaire de Milan, diplômé de l’École du Piccolo Teatro, créée par Giorgio Strehler, il vit et travaille à Paris depuis près de 20 ans. Il a mis en scène La Traversée de la Nuit de Geneviève de Gaulle-Anthonioz ainsi que Pinocchio, adapté du conte de Carlo Collodi. Il est l’auteur et l’interprète principal de Moi, Caravage, inspiré du roman La Course à l’Abîme de Dominique Fernandez. Il propose aujourd’hui L’Autre Galilée, sur une mise en scène de Thierry Surace, un portrait inattendu et surprenant du savant italien Galileo Galilei.

Cette manifestation se déroulera dans la salle des séances de l’Académie (1er étage). L’accès en est libre et gratuit.

Jérôme van Wijland

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Insolite ? III. De l’architecture théâtrale à l’Académie de médecine

En cette période de festivals (théâtre, musique, danse…), nous avons décidé de présenter, grâce à notre rubrique « Insolite ? », un document dont le contenu ne touche pas à la médecine : il s’agit du Parallèle de plans des plus belles salles de spectacles d’Italie et de France, avec des détails de machines théâtrales, album in-folio composé par Etienne Gabriel Martin Dumont dans les années 1760-1770.

Élève de Jean Aubert (1680-1741), E. G. M. Dumont (1720-1791) obtient le troisième prix de l’Académie royale d’architecture en 1736 avec pour sujet « une superbe maison de campagne avec toutes ses dépendances ». En 1737, c’est au Grand Prix de Rome qu’il accède avec « deux dessins d’escaliers, l’un pour un hôtel ordinaire et l’autre pour un palais magnifique ». Il séjourne ainsi en Italie, à Rome, en tant que pensionnaire à l’Académie de France, et y retourne en 1750, cette fois à Paestum, avec Jacques Germain-Soufflot. Dans l’entourage de ce dernier, il se fait connaître comme architecte signant plusieurs réalisations, tels le théâtre de Brest (1766), le jardin du président Antoine de Gasq au château de Mongenan à Portets ou encore un immeuble rue de Tournon à Paris. Il est reçu à l’Académie de Saint-Luc à Paris en 1746 et à l’Académie des Beaux-arts de Bologne en 1750.

S’intéressant à l’architecture théâtrale, il s’associe aux études de Nicolas Marie Potain (1723-1790) sur ce sujet et produit le recueil que la Bibliothèque de l’Académie de médecine possède.

Théâtre de LyonCet album comprend 64 planches gravées sur cuivre, accompagnées de légendes. Il présente des plans de théâtres de France (Lyon, Metz, Montpellier, Nancy…) et d’Italie (Naples, Parme, Rome, Turin, Vicence…), mais aussi, contrairement à ce qu’indique le titre, des plans de théâtre à Berlin, Londres, Madrid… Les vues proposées sont très diverses : vues en plan, coupe ou élévation du théâtre, de la salle ou d’une partie de la salle ; vues de la décoration intérieure, de la charpente, de la machinerie, des cintres et des dessous…. Cette diversité de vues, associée à la précision des gravures, permet de rendre compte de la complexité et de la modernité de l’architecture intérieure des théâtres du XVIIIe siècle dont il reste, aujourd’hui encore, des témoignages telle la salle Richelieu occupée par la Comédie-Française.

Temple des Arts

 

A ces plans de théâtre existants, E. G. M. Dumont ajoute une vingtaine de planches de projets de constructions, des salles de spectacles et de concerts, ainsi que plusieurs plans de son Temple des arts, projet d’inspiration classique qui lui ouvre les portes de l’Académie de Saint-Luc.

 

 

Ce livre appartenait à Alexis Dureau (1831-1904) comme l’indique l’ex-libris collé sur le contreplat. Alexis Dureau a été bibliothécaire adjoint à l’Académie nationale de médecine de 1876 à 1886, puis bibliothécaire, responsable de la bibliothèque de 1886 à 1904. La Bibliothèque possède un certain nombre d’ouvrages lui ayant appartenu.

Anaïs Dupuy-Olivier

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Dominique Jean Larrey (1766-1842), grande figure de la chirurgie de guerre

Académie Nationale de Médecine

Il y a 250 ans naissait, dans les Pyrénées, Dominique Jean Larrey, éminent chirurgien de l’épopée napoléonienne.

Attiré très jeune par la médecine, il décide de suivre les traces de son oncle Alexis Larrey, chirurgien en chef de l’hôpital de La Grave à Toulouse. Il débute sa formation auprès de lui et la poursuit à Paris, après un passage par l’école de médecine et de chirurgie de Brest et une expédition sur la frégate La Vigilante.

Peu après son arrivée à Paris, Dominique Jean Larrey est pris dans la tourmente révolutionnaire. Chirurgien de l’armée du Rhin en 1792, il est rapidement remarqué par Napoléon Bonaparte qu’il accompagne dans toutes ses expéditions jusqu’à la chute de l’Empire en 1815 : en Italie, en Egypte, à Trafalgar, en Autriche, en Espagne, en Russie… A chaque fois, Larrey fait preuve d’une implication et d’un engagement exceptionnels auprès des blessés, tout en mettant en place une organisation médicale de premier ordre sur le front et à l’arrière dans les hôpitaux. C’est lui qui invente les ambulances volantes allant au secours des blessés sur le champ de bataille et permettant ainsi une prise en charge des blessés plus rapide et efficace : ce sont les ancêtres du S.AM.U.

ART5_Statue de DJLarrey par Pierre-Alfred RobinetTrès vite, Napoléon Bonaparte le distingue en le nommant chirurgien en chef de la Garde des consuls (1802), puis de la Garde impériale (1805) et enfin de la Grande Armée (1812), ou encore en le nommant inspecteur général du service de santé des armées. En 1804, Dominique Jean Larrey est un des premiers à recevoir la Légion d’honneur dont il atteint le grade de commandeur en 1807.

Parallèlement à cette carrière militaire, Larrey soutient sa thèse Dissertation sur les amputations des membres à la suite des coups de feu en 1803, devenant le premier docteur en chirurgie. Nommé chirurgien en chef de l’Hôpital de la Garde, il y exerce entre deux campagnes.

La chute de l’Empire marque un arrêt dans sa carrière, mais jusqu’à la fin de sa vie Larrey reste actif : chirurgien de l’hôpital du Gros Caillou, chirurgien en chef de l’Hôtel Royal des Invalides, enseignement, rédaction de ses mémoires, mission pour visiter les hôpitaux d’Algérie… Dans cette seconde partie de sa vie, il voit aussi son travail et ses talents récompensés par plusieurs distinctions : présidence de la Société de médecine de Paris en 1806, nomination parmi la « première promotion » de membres de l’Académie royale de médecine en 1820, élection à l’Académie des sciences en 1829…

Ms 843(1714) n°10_Rapport de DJ Larrey_19.08.1809L’importance de Dominique Jean Larrey dans le domaine de la médecine militaire est incontestable (ambulances volantes, amputations rapides, hygiène sur le champ de bataille…) et a été reconnue par ses contemporains, de même que son sens de l’engagement auprès des blessés et son esprit « humanitaire ». Il reste une grande figure de la médecine française comme en atteste l’Académie de médecine. En effet, dans cette institution, on peut admirer une statue en pied de Larrey dans le hall d’entrée, faisant face à celle de Nicolas Desgenettes, premier médecin de Napoléon 1er, ainsi qu’un tableau de Charles Louis Müller représentant Larrey opérant sur le champ de bataille, vraisemblablement en Egypte. Enfin, depuis 1984, la Bibliothèque de l’Académie de médecine conserve une urne contenant une partie des entrailles de Larrey. Elle a été offerte par le Val-de-Grâce où ces entrailles ont été retrouvées dans une crypte de l’église en 1980. Les collections de la Bibliothèque abrite d’autres documents de et sur Larrey, accessibles à la consultation : lettres, rapports de sa main, livres, dossier biographique….

Anaïs Dupuy-Olivier

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Une jeune Amérique : John Adams, Benjamin Franklin, etc.

A l’occasion du Committee on Human Gene Editing: Scientific, Medical and Ethical Considerations, que l’Académie américaine des sciences et l’Académie américaine de médecine ont tenu le 29 avril 2016 à l’Académie nationale de médecine à Paris, la Bibliothèque de l’Académie nationale de médecine a présenté une sélection de documents illustrant les relations franco-américaines dans les années 1780 et 1790, que nous vous proposons de découvrir ici.

John Adams et les relations médico-chirurgicales entre la France et les États-Unis  :

En 1779 John Adams (1735-1826), futur vice-président puis président des États-Unis d’Amérique, est nommé ministre plénipotentiaire et chargé de négocier un traité de paix avec l’Angleterre. Il s’installe pour la deuxième fois en France à partir de février 1780. Au début de l’année 1783, il établit pour le compte du Collège de médecine de la Nouvelle-Angleterre à Boston des relations avec les deux principales sociétés médicales royales de France, l’Académie royale de chirurgie et la Société royale de médecine.

La Société royale de médecine : le climat new-yorkais et Benjamin Franklin : 

La Société royale de médecine, fondée par lettres patentes en 1778 mais qui existe déjà depuis 1772 sous le couvert de diverses commissions royales spécialisées, est très impliquée dans la surveillance du climat. Elle a tissé un réseau de membres correspondants établis en province qui, trois fois par jour établissent des relevés thermométriques et barométriques, notent l’état du ciel, dressent une nosographie humaine et animale de leur lieu de résidence. Certains sont même établis à l’étranger, comme en témoigne le relevé du temps qu’il fait à New York le 3 septembre 1783, jour de la signature du traité de Paris qui sanctionne l’indépendance du jeune État américain. Les représentants américains en étaient John Adams, Benjamin Franklin et John Jay.

La Société royale de médecine puise sa force dans un réseau de membres et de correspondants : officiers, associés ordinaires, associés libres, associés régnicoles mais également associés étrangers. Benjamin Franklin est le premier de ces associés étrangers, élu en août 1776.

En 1784, quelques membres de la Société royale de médecine, parmi lesquels Benjamin Franklin ou encore l’actif secrétaire perpétuel Félix Vicq d’Azyr, viennent inspecter un nouvel établissement de bains, ouvert sur le quai d’Orsay par un certain Albert. Après en avoir décrit la disposition et le fonctionnement, ils donnent leur approbation : « sous tous ces points de vue, l’établissement du sieur Albert mérite la reconnaissance du Public, l’approbation des Médecins & la protection du Gouvernement ». « Une chose importante à remarquer, ajoutent-ils, & qui fait honneur à l’Entrepreneur de cet établissement, c’est que les Pauvres dont les maladies ne peuvent être guéries que par les bains ou les douches simples, trouveront dans cet endroit deux pièces qui leur sont destinées. »

Dans une lettre antérieure à Félix Vicq d’Azyr, Benjamin Franklin aborde la question des exhumations et des sépultures, une thématique chère à Vicq d’Azyr qui préconisait de rejeter les cimetières hors des enceintes des villes.Dans l’une, Franklin se fait l’écho de ce qui ressemble à une « malédiction des pharaons » avant l’heure ! : « About the Year 1763 or 1764 several physicians of London, who had been present from curiosity at the dissection of an Egyptian mummy, were soon after taken ill of a malignant fever, of which they died. »

Médailles et médaillons commémorant la naissance de Benjamin Franklin :

Au revers de la médaille commémorant le bicentenaire de la naissance de Benjamin Franklin, l’Histoire, assise sur son trône, tient un bouclier sur lequel elle inscrit en latin la formule de Turgot sur Franklin : « Il arracha au ciel sa foudre, au tyran son sceptre. » Au pied du trône, trois allégories représentent les contributions de Franklin à la Littérature, à la Science et à la Philosophie. La médaille fut gravée par le frère cadet du sculpteur Augustus Saint-Gaudens, le sculpteur américain Louis St-Gaudens (1854-1913), puis fabriquée par Tiffany and Company en 150 exemplaires pour être distribués, 100 par le président Theodore Roosevelt, 50 par l’American Philosophical Society à Philadelphie.

Quant à la médaille commémorant les 250 ans de la naissance de Benjamin Franklin, elle a été conçue pour rendre hommage aux académies et sociétés scientifiques sans lesquelles Franklin n’aurait pu accomplir son œuvre scientifique. Elle porte au revers une formule de Franklin figurant dans une lettre qu’il écrivit à Samuel Johnson, le 23 août 1750 : « Les hommes sages et bons font la force d’une nation » (et Franklin continuait ainsi : « bien plus que la richesse ou les armes »).

Enfin, le médaillon en cuivre repoussé, de 33 cm de diamètre, est l’oeuvre de Julio Kilenyi (1885-1959). Né en Hongrie, il émigre tout d’abord à Buenos Aires avant de se fixer à New York en 1916. Sculpteur et médailleur, il acquiert une certaine renommée pour ses plaques et médailles commémoratives d’Américains célèbres (Charles A. Lindbergh, Thomas A. Edison, les presidents Calvin Coolidge et Herbert Hoover, Mark Twain, le général Pershing). Il est aussi connu pour avoir réalisé l’affiche officielle et la médaille des Jeux olympiques de Los Angeles en 1932.

Docteur des Français de New York :

AMERICA 16

Sollicité pour examiner la citoyenne Hauterive, résidant à New York, le Dr Gaubert lui découvre une tumeur à l’utérus qu’il estime incurable. Il recommande dès lors une vie « qui ne soit troublée ni par la fatigue du corps ni par les agitations de l’esprit ». Le certificat est contresigné par Jean Antoine Bernard Rozier, vice-consul de la jeune République française à New York. En poste depuis juin 1795, il le restera jusqu’à sa révocation en juillet 1798, sur décision du président John Adams lors de l’affaire XYZ qui débouchera sur la quasi-guerre entre les États-Unis et la France.

 

 

 

 

Documents (dans l’ordre de présentation) :

Extrait des registres de l’Académie de chirurgie du jeudi 6 mars 1783. [Paris] : [s.n.], [1783]. 1 f. ; In-4 [20580 (40)]

Lettre de John Adams à Félix Vicq d’Azyr. 28 février 1783. Manuscrit. 1 f. [SRM 204 d18 n° 1]

Observation météorologique faite à New York par M. Retif de la Serve. Manuscrit. [SRM 169 d16]

Reproduction de la plaque commémorative du Traité de Paris, au 56, rue Jacob, Paris 6e.

Histoire de la Société royale de médecine. Année 1776. A Paris, de l’Imprimerie de Philippe-Denys Pierres,… ; chez Didot le jeune,…, 1779. Imprimé. [92466, tom. I]

Extrait des Registres de la Société Royale de Médecine, A Paris, chez P. G. Simon & N. H. Nyon, Imprimeurs du Parlement, rue Mignon, 1784. Imprimé. 8 p. [SRM 201 d10 n° 2 bis]

Lettre de Benjamin Franklin à Félix Vicq d’Azyr. Passy, 20 juillet 1781. Manuscrit. 2 f. [SRM 164 d10 n° 2]

Médaille commémorative, gravée par Louis St-Gaudens, fondue par Tiffany and Co pour le Congrès des États-Unis d’Amérique, 1906. Médaille en bronze à patine verte. Diamètre : 10 cm. Don American Philosophical Society, 1906 [médaille 0297]

Médaille commémorative, pour le Congrès des États-Unis d’Amérique, 1956. Médaille en bronze. Diamètre : 7,5 cm. Don Congrès et peuple des États-Unis d’Amérique, remise par Theodore C. Achilles, ministre plénipotentiaire, 17 janvier 1956 [médaille 0298]

Portrait de Benjamin Franklin, par Julio Kilenyi. Médaillon en cuivre repoussé. Diamètre 33 cm. Don Poor Richard Club, remis à l’Académie par M. le Président emeritus Roy Weeks, remplaçant M. Robert Salberg, Président de la Chambre de Commerce américaine en France, 18 décembre 1956 [ART 134]

Hilaire Gaubert. Certificat médical. New York le 6 ventôse de l’an 5e de la République française une et indivisible (= 24 février 1797) [Dossier biographique Gaubert, Hilaire]

 

 Jérôme van Wijland

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Parution : une histoire du don de sperme

L’entrée du fonds des Centres d’étude et de conservation des œufs humains et du sperme (Cecos) dans les collections de la Bibliothèque de l’Académie nationale de médecine en octobre 2011 a constitué sans nul doute un événement archivistique : le médecin ou le biologiste, l’historien contemporanéiste, le sociologue, le philosophe, le juriste ou encore le journaliste, peuvent ainsi mieux appréhender les conditions d’élaboration et de fonctionnement du Cecos Bicêtre, de ses épigones et de la Fédération, tout comme les débats que l’institutionnalisation du don de gamètes a provoqués en France, depuis les années 1970.

À la faveur de ce don, des entretiens avec le Professeur Georges David ont été menés par Fabrice Cahen, historien, chargé de recherches à l’Institut national d’études démographiques et Jérôme van Wijland, conservateur des bibliothèques et directeur de la Bibliothèque de l’Académie nationale de médecine. Ils conduisent aujourd’hui à la parution d’un livre, Inventer le don de sperme Entretiens avec Georges David, fondateur des Cecos, aux éditions Matériologiques.

Cahen, Fabrice, Van Wijland, Jérôme, Inventer le don de sperme : entretiens avec Georges David, fondateur des Cecos, Paris, Éditions Matériologiques, 2016 (Épistémologie de la médecine et du soin ; 1)

À travers la trajectoire du Pr Georges David, fondateur en 1973 du premier Cecos, en réponse à la stérilité conjugale involontaire d’origine masculine, il s’agit de comprendre l’apparition d’un espace professionnel spécialisé, la mise en place d’un ensemble de pratiques et de savoir-faire, ainsi que les conditions ayant permis la reconnaissance du système par les pouvoirs publics. Chemin faisant, le lecteur est invité à découvrir sous un angle inédit ce que fut le monde médico-hospitalier et biomédical en pleine mutation des décennies de l’après-guerre. Georges David, membre de l’Académie nationale de médecine et membre correspondant de l’Académie des sciences, ancien membre du Comité consultatif national d’éthique, témoigne de cet itinéraire singulier.

Fabrice Cahen & Jérôme van Wijland, Inventer le don de sperme : entretiens avec Georges David, fondateur des Cecos, Paris, Éditions Matériologiques, 2016 (Épistémologie de la médecine et du soin ; 1)

En tant que coauteur de ce livre d’entretiens, je tiens à souligner l’évident lien d’intérêt avec la rédaction de ce billet d’actualité.

 

Jérôme van Wijland

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Insolite ? – II. Le Talmud

La rubrique « Insolite ? » propose des documents dont la présence dans notre bibliothèque peut paraître au premier abord incongrue mais se justifie in fine.

Dans les rayonnages de la Bibliothèque de l’Académie nationale de médecine, figure un volume du Talmud de Babylone renfermant les traités Niddah et Taharoth, sous la cote 10453.

Le Talmud de Babylone
Le Talmud constitue le commentaire encyclopédique des commandements religieux contenus dans la Bible hébraïque. Il est composé de la Mishna, un recueil d’enseignements oraux ainsi que de récits homilétiques en langue hébraïque des rabbins palestiniens compilés vers le IIe siècle après J.-C., qu’accompagne un commentaire explicatif, la Guemara, reprenant les enseignements en araméen des rabbins des écoles de la Babylonie et clos au VIe siècle après J.-C.
La première édition complète du Talmud de Babylone, imprimée à Venise entre 1520 et 1523 par Daniel Bomberg, en fixe définitivement la mise en page, la foliotation et la typographie.
Au centre de la page, la Mishna et la Guemara – quand elle existe. Dans la marge intérieure, les commentaires de l’exégète Rachi de Troyes (1040-1105). Dans la marge extérieure, les commentaires de ses descendants ou disciples, les Tossafistes. En marge de ces marges, d’autres commentaires encore.

Page du traité Niddah (Bibliothèque de l’Académie nationale de médecine, 10453)
Talmud, traité NIddah (10453) Talmud, traité Niddah (10453)

 

La Mishna est divisée en six ordres, traitant de thèmes donnés (les prières, les fêtes, le mariage, les lois alimentaires, etc.), chacun étant composé de plusieurs traités. Le dernier de ces six ordres, l’ordre Taharot, relatif aux lois de pureté rituelle, comporte 12 traités. Ce sont deux de ces traités que le volume conservé à la Bibliothèque de l’Académie nationale de médecine contient : le traité homonyme Taharot, qui traite des formes d’impureté mineures, en particulier alimentaire (nourriture, boissons, fabrication de l’huile d’olive, etc.), y est précédé du traité Niddah consacré aux lois liées à la menstruation.

Éditer le Talmud à l’époque moderne
Le nombre d’éditions complètes du Talmud est relativement limité : après celle de Venise, on décompte une édition à Bâle (1578-1580), à Cracovie (1603-1605), à Lublin (1617-1622) puis à Amsterdam (1644).
Les Juifs n’ont alors pas le droit de posséder une presse à imprimer. La première impression hébraïque de Berlin est due à un chrétien, Daniel Ernest Jablonski (1660-1741) qui emploie des ouvriers juifs. C’est grâce à son avis favorable que Frédéric Ier de Prusse donne à Michael Gottschalk, imprimeur de Francfort-sur-l’Oder et à Johann Christoph Beckmann, professeur de théologie à l’université de la même ville, l’autorisation de publier le Talmud. Gottschalk et Beckmann impriment alors le Talmud de Francfort-sur-l’Oder (1697-1699). Plus tard, Gottschalk associé avec Jablonski impriment le premier Talmud de Francfort-sur-l’Oder et Berlin (1715-1722), édition à laquelle appartient le volume conservé à la Bibliothèque de l’Académie, daté de 1721/22. Dans une reliure du XVIIIe siècle, l’ouvrage comporte une marque de possession, en hébreu, dans une écriture ashkénaze des XVIIIe-XIXe siècles caractéristique de la communauté juive d’Alsace et de Lorraine.
S’il existe relativement peu d’éditions complètes du Talmud, il existe une production plus importante de traités individuels du Talmud imprimés en caractères hébraïques : d’un coût de production et d’achat bien évidemment moindre, ils permettent de combler les besoins des écoles talmudiques locales tout en faisant l’objet d’un contrôle politique moins scrupuleux. Ainsi, entre 1700 et 1750, environ 120 traités individuels sont imprimés en hébreu. Néanmoins, le traité Niddah ne fait l’objet que d’une seule impression d’après le recensement effectué par Marvin J. Heller, un in-folio imprimé en 1725 à Fuerth par Bonaparte Schneur (Fuerth figure en troisième position pour le nombre de traités individuels imprimés pendant le premier XVIIIe siècle, loin derrière Amsterdam et sa presque voisine Wilhermsdorf mais devant Berlin).

Le traité Niddah
Les lois liées à la menstruation imposent à toute femme mariée, considérée comme impure au moment et après ses règles, de s’en purifier par un bain rituel avant de pouvoir avoir des relations sexuelles avec son mari. Ces ablutions peuvent avoir lieu dans des sources naturelles ou bien, le plus souvent, dans une piscine construite exprès, le mikveh. A la construction de ce mikveh comme aux conditions et pratiques qui entourent la purification sont associées un ensemble de normes strictes décrites dans le traité Niddah.

Montpellier Mikveh

La menstruation y est présentée comme l’une des malédictions d’Ève : pour avoir versé par anticipation le sang d’Adam, en le rendant mortel, elle doit expier son crime en saignant et avec elle, toutes les autres femmes.
A la période d’ « impureté » des femmes sont également associées toute une série de croyances liées à la génération. Ainsi, les enfants conçus durant les règles seraient malformés, malades, handicapés, susceptibles d’avoir la lèpre ou encore pourvus de caractères psychologiques négatifs. C’est au même ordre d’idées qu’il faut attribuer la croyance selon laquelle le fœtus prendrait l’apparence des images ayant impressionné la femme, « très sensible et très érotisée » (Evyatar Marienberg, p. 251) à la sortie du bain rituel. Croyance qu’on retrouve hors du monde juif et que la littérature médicale éclairée du XVIIIe siècle va s’attacher à détruire par de nombreuses publications sur le pouvoir de l’imagination des femmes enceintes.
Savoir d’où provient et par quel truchement ce livre est parvenu dans les collections de la Bibliothèque de l’Académie reste éminemment hypothétique. Tout au plus peut-on présumer que son propriétaire avait une bonne connaissance de l’hébreu, un Juif ou peut-être un protestant, qu’il était peut-être originaire de l’Est de la France, enfin qu’il s’intéressait aux menstrues et à la génération, comme le ferait un obstétricien.

Jérôme van Wijland

Remerciements à Laurent Héricher (BnF) et à Jean-Claude Kuperminc (Alliance israélite universelle), toute erreur m’étant entièrement imputable.

Bibliographie :

Chiarini, Luigi, Le Talmud de Babylone traduit en langue française et complété par celui de Jérusalem et par d’autres monumens de l’antiquité judaïque, 2 vol., Leipzig, J.A.G. Weigel, 1831

Heller, Marvin J., Printing the Talmud: a history of the individual treatises printed from 1700 to 1750, Leiden, Boston (Mass.), Köln, Brill, 1999 (Brill’s series in Jewish studies, 21)

Marienberg, Evyatar, Niddah : lorsque les juifs conceptualisent la menstruation, Paris, Les Belles lettres, 2003

Nizard, Sophie, « Evyatar Marienberg, Niddah. Lorsque les juifs conceptualisent la menstruation », Archives de sciences sociales des religions [En ligne], 140 | octobre – décembre 2007, document 140-59, mis en ligne le 02 juillet 2008, consulté le 28 janvier 2016. URL : http://assr.revues.org/11243

Ouaknin, Marc-Alain, Invitation au Talmud, Paris, Flammarion, 2001 (Dominos ; 224)

Sirat, Colette, « Le Talmud : le texte et les livres », in Le livre et l’historien : études offertes en l’honneur du Professeur Henri-Jean Martin, Genève, Droz, 1997 (Histoire et civilisation du livre ; 24), p. 47-67

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