Maurice Sourdille et la chirurgie de la surdité

Dans la perspective du congrès mondial d’ORL, organisé par l’International Federation of ORL Societies (IFOS), qui se tient à Paris du 24 au 28 juin 2017, la Bibliothèque de l’Académie nationale de médecine vient de publier, dans le catalogue collectif Calames, l’inventaire des archives de Maurice Sourdille, généreusement données par le Professeur François Legent, inlassable défenseur de l’histoire de l’ORL et grand contributeur de la page du site de la BIU Santé consacrée à l’oto-rhino-laryngologie en France, avec plus d’une dizaine de contributions à son actif.Billet_2017_Sourdille_H1n36
Maurice Sourdille (1885-1961), suivant la route tracée par ses frères aînés, s’engage dans les études médicales, contribuant à faire de la famille Sourdille une véritable dynastie médico-chirurgicale dans les domaines de l’urologie, de l’ophtalmologie et de l’ORL.Billet_2017_Sourdille_H1n11
Sa vie s’organise autour de quatre points d’attache principaux : Nantes et sa région (sa villégiature de la Bernerie), Aix-les-Bains, Strasbourg et Paris, tout en étant émaillée de voyages et missions professionnels marquants, en Autriche en 1914, en Suède en 1924 ou encore aux États-Unis d’Amérique en 1937, pour ne citer que les plus déterminants pour l’évolution de sa pensée et de sa pratique scientifiques.
Inspiré par les travaux effectués en Suède par Robert Bárány, récipiendaire du prix Nobel en 1914 pour ses recherches sur la physiologie et la pathologie de l’appareil vestibulaire, par Gunnar Hölmgren et par Carl-Olof Nylén, et par leur utilisation de nouveaux instruments optiques, Maurice Sourdille met au point dans les années 1920 et 1930 une nouvelle technique d’opération de la surdité par otospongiose, la tympano-labyrinthopexie, encore appelée fenestration. Après le congrès parisien de 1935 qui consacre ses travaux sur le Traitement chirurgical de l’otospongiose, Maurice Sourdille s’attache à faire connaître sa technique opératoire au niveau international.Billet_2017_Sourdille_H2n9
Ce n’est qu’après la Seconde Guerre mondiale que, nommé professeur à l’université de Strasbourg, Maurice Sourdille peut reprendre sa juste place dans le monde de la recherche. En 1947, il y organise un match l’opposant à George Shambaugh Jr, disciple de Julius Lempert, devant un parterre de spécialistes du monde entier, destiné à confronter leurs techniques opératoires respectives.
La fin des années 1940 et les années 1950 sont celles de sa consécration : outre de nouvelles publications ou des rééditions, il se voit décerner divers prix (ainsi le prix Albert Ier de Monaco et le prix Lermoyez de l’Académie de médecine) et se fait élire à l’Académie nationale de médecine en 1959. Infatigable organisateur, il met en place et anime une Société oto-neuro-ophtalmologique de Strasbourg puis tente d’unifier les structures européennes d’ORL dans une même Organisation européenne de l’otosclérose (OEEO).

Référence : Bibliothèque de l’Académie nationale de médecine, Fonds Sourdille.

Jérôme van Wijland

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François Humbert et l’Établissement orthopédique de Morley dans la Meuse

En 1817, François Humbert (1776-1850) ouvre le premier établissement orthopédique français dans le village de Morley (Meuse). Passionné d’anatomie et de mécanique, il y propose de nouveaux traitements de la scoliose et de la luxation congénitale de la hanche.
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A l’occasion de ce bicentenaire, le Musée barrois propose une exposition consacrée à ce médecin ingénieux, créateur d’instruments et collectionneur averti. Une quarantaine de ses maquettes orthopédiques ainsi que certaines des pièces de sa collection constituent désormais quelques-uns des chefs d’œuvre du musée de Bar-le-Duc.
Chirurgien militaire, François Humbert se spécialise dans les préparations anatomiques et dans la mise au point d’instruments de dissection. Il s’intéresse notamment aux déviations de la taille et au rachitisme, et est convaincu de la pertinence de l’emploi d’appareils mécaniques pour corriger les déviations de la colonne vertébrale, les scolioses, les luxations de hanche.Billet_2017_Expo_Humbert_2

Il ouvre son établissement orthopédique en 1817 : réservé aux femmes, réputées souffrir plus particulièrement de déviations de la colonne vertébrale et de luxations de la hanche, il accueille jusqu’à une vingtaine de jeunes filles simultanément. Il crée également un atelier où il fait construire ou perfectionner de nombreuses machines orthopédiques pour ses patientes : curopelvimètre, hybomètre, lits et fauteuils orthorachidiques, appareils extenseurs, corsets, etc. Si les années 1836, avec l’attribution du prix Montyon de l’Académie royale des sciences, et 1837, avec l’accession au grade de chevalier de la Légion d’honneur, sont celles de sa consécration, l’expérience tourne court : après la mort en 1844 de son fils unique, docteur en médecine et successeur pressenti, François Humbert ferme son établissement en 1846.

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Notable local et homme aux multiples intérêts, il continue parallèlement de proposer de nouveaux instruments et machines agricoles : hache-paille, coupe-racines, lave-légumes… Il collectionne non seulement les pièces d’histoire naturelle et d’anatomie, en particulier d’ostéologie humaine et animale, de coraux, de minéraux, mais également les antiquités et objets d’art : pièces archéologiques gallo-romaines, objets de la Renaissance, collections numismatiques, objets d’art extra-européens…

 

La Bibliothèque de l’Académie nationale de médecine est heureuse de contribuer à cette exposition par le prêt d’une plaque de faïence qui rappelle l’importance des épidémies de variole au début du XIXe siècle et la mission de médecin vaccinateur qui échoyait à François Humbert comme à tant de ses confrères.

 

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Jérôme van Wijland

 

Informations pratiques :

Exposition « Inventer pour guérir. François Humbert (1776-1850), une aventure médicale meusienne. » Du 20 mai au 24 septembre 2017. Musée barrois, Esplanade du château des ducs de Bar, Rue François de Guise, 55000 Bar-le-Duc.

Bibliographie :

Antoine Desseaux, Étienne Guibert, Michel Pionnier et Marguerite Préau Sido, « La collection de machines orthopédiques de François Humbert (1776-1850), médecin meusien, fondateur du premier établissement orthopédique français », In Situ [En ligne], 31 | 2017, mis en ligne le 22 février 2017, consulté le 15 mai 2017. URL : http://insitu.revues.org/14064 ; DOI : 10.4000/insitu.14064

Bluenn Boulangé, Antoine Desseaux, Sébastien Milleville et al., Inventer pour guérir : François Humbert (1776-1850), une aventure médicale meusienne : Exposition au Musée barrois, Bar-le-Duc du 20 mai au 24 septembre 2017, Bar-le-Duc : Edition de la commaunauté d’agglomération, 2017
Cote à la Bibliothèque de l’Académie nationale de médecine : 100850 (88)

 

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Sport et alimentation durant l’Occupation : le cas du docteur Philippe Encausse

La Bibliothèque de l’Académie nationale de médecine vient de faire l’acquisition d’un dossier documentaire du plus grand intérêt historique. Datant des années 1943-1944, il est l’œuvre du docteur Philippe Encausse, alors membre du Bureau médical du Commissariat aux sports, médecin-chef de fédération sportive (et ancien champion universitaire d’athlétisme), et documente un débat qui a eu lieu en partie au sein même de l’Académie nationale de médecine dans les années 1942-1943, débat relatif à la justification de la pratique sportive en France, dans le contexte d’un rationnement alimentaire rigoureux.

Billet_2017_Encausse_EnfantsLa polémique sur le sport se développe à partir de 1941, dans le cadre plus général des préoccupations de l’Académie de médecine au sujet des effets du rationnement sur la santé de la population française. L’Académie, consciente de sa responsabilité en matière de santé publique, a créé en septembre 1940 une Commission du rationnement alimentaire au sein de laquelle siègent des opposants à l’occupant ou au régime tels que Georges Duhamel, Gustave Roussy, André Mayer, Robert Debré et Charles Richet fils. Ce dernier est l’auteur d’un rapport présenté le 27 janvier 1942, dans lequel il juge que les exercices physiques doivent être limités en période de restrictions alimentaires, résumant sa pensée par cette formule vigoureuse : « le sport, c’est le pain des autres ». Dans ce débat sur la place à donner aux activités sportives, l’Académie, qui multiplie les alertes adressées au gouvernement et les prises de positions sur l’insuffisance du régime alimentaire des français, accompagne la discussion plus qu’elle ne la tranche.

Billet_2017_Encausse_AvironLe rapport de Charles Richet fils (précédé de ceux de Rathery, Tanon et Dalimier, Le Noir, au cours de l’année 1941) a en effet suscité de vives réactions de la part des milieux sportifs et du Secrétaire d’Etat à l’Education nationale et à la jeunesse, à la demande duquel un échange de vue a lieu entre des représentants de la Commission du rationnement et des médecins spécialisés du Secrétariat d’Etat, dont fait partie Philippe Encausse. La concertation débouche sur une prise de position plus conciliante de l’Académie, lors de la séance du 17 mars 1942. L’année suivante, en 1943, cette « hauteur de vue », que le docteur Encausse reconnaîtra à l’Académie, la conduit même à lui accorder le prix A. J. Martin, pour un mémoire daté de février 1943 et intitulé « Influence des sports et de l’éducation physique sur la jeunesse en présence de l’alimentation actuelle ». À sa demande et par une lettre datée d’août 1943, elle lui donne de plus le droit de faire porter sur un article à paraître basé sur le mémoire la mention « ouvrage couronné par l’Académie de médecine », et ce 4 mois avant la proclamation du Prix (document ci-dessous).

 

C’est là un exemple des pièces rassemblées dans le dossier du docteur Encausse dont la Bibliothèque de l’Académie a fait l’acquisition récente. Celui-ci fournit ainsi de nombreux et précieux détails sur les différentes versions sous lesquelles le mémoire a été publié, et rassemble surtout un grand nombre de documents sur sa réception dans les milieux sportifs et médicaux. On y trouvera des éléments relatifs à l’histoire de la publications du texte, tirés-à-part ou coupures des différentes versions publiées, correspondance et réactions de lecteurs, mais aussi d’éditeurs : on y lira ainsi des lettres émanant de différentes administrations ou de particuliers réagissant aux idées ou faits présentés, ou demandant l’envoi de la brochure en vue de sa diffusion. Car l’intérêt suscité est large, comme en témoigne par exemple ce résumé paru dans la revue « L’Usine » du 22 juillet 1943, dans la rubrique « Le médecin à l’Usine », évoquant la situation des apprentis, ou encore cette demande de précision émanant de l’inspecteur des Écoles d’apprentissages des mines de fer de l’Est. Les pièces relatives à la réception du texte sont nombreuses et variées : à côtés de très nombreuses coupures de presse manifestement collectées avec soin, on pourra ainsi lire la transcription dactylographiée d’une chronique radiophonique du journaliste sportif Jean Dauven diffusée sur Radio-Paris.

 François Léger

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Bibliographie

- Encausse, Philippe, « Influence de l’éducation physique et sportive sur la jeunesse en fonction de l’alimentation actuelle », Éducation générale et sport, supplément au no. 6, avril-mai-juin 1943.

- Encausse, Philippe. Influence de l’éducation physique et sportive sur la jeunesse en fonction de l’alimentation actuelle. (Bibliothèque de l’Académie nationale de médecine, Acad. Med. – Prix – A. J. Martin 1943 n°1)

- Encausse, Philippe, Éducation physique et sous-alimentation, Influence de l’éducation physique et sportive sur la jeunesse en fonction de l’alimentation actuelle, Paris, éd. Henri Dangles, 1944.

- Encausse, Philippe, Éducation physique et sous-alimentation, Bibliothèque de l’Académie nationale de médecine,  Ms 1157 (2028) dg.

- Richet, Charles, « Sur la limitation temporaire des exercices physiques pendant la période des grandes restrictions alimentaires », Bulletin de l’Académie de médecine, vol. 126, 1942, p.72-75.

- Bueltzingsloewen, Isabelle von,  « Rationing and Politics : The French Academy of Medicine and Food Shortages during the German Occupation and the Vichy Regime », in Ina Zweiniger-Bargielowska, Rachel Duffett and Alain Drouard (ed.), Food and War in Twentieth Century Europe, Farnham, Burlington, Ashgate, 2011, p. 155-168.

 

 

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Informations sur les horaires – pont de l’Ascension

A l’occasion de la fête de l’Ascension, la Bibliothèque sera fermée les jeudi 25 et vendredi 26 mai.

Nous vous souhaitons une bonne semaine et un bon week end.

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Une revue pour l’histoire du thermalisme : les Annales des établissements thermaux, cercles, casinos, eaux minérales

La Bibliothèque de l’Académie de médecine est la seule signalée dans les grands catalogues nationaux à posséder une collection complète, de 1907 à 1925, des Annales des établissements thermaux, cercles, casinos, eaux minérales. Cette revue est fondée en 1907 et dirigée pendant les dix-huit années de son existence par Étienne Pierre, avocat à la cour d’appel de Paris. Elle est continuée après sa mort par Jules Lefébure, sous le titre d’Annales des stations hydrominérales, climatiques, balnéaires. Elle constitue une source importante pour les aspects juridiques et économiques de l’histoire du thermalisme.

Dans le premier numéro, Étienne Pierre annonce le programme de la revue. Il souligne l’insuffisance de la législation qui remonte alors à une loi du 14 juillet 1856, et l’appel du corps médical à une réglementation favorisant le développement des stations thermales et climatiques. La législation plus récente autorisant les jeux sous certaines conditions a occasionné un grands nombres de litiges tranchés par les tribunaux, et donc une importante production jurisprudentielle. « Il est donc intéressant », écrit Étienne Pierre, « de suivre le Parlement dans son œuvre de réformes et les Tribunaux dans les solutions qu’ils donnent aux différends qui leur sont soumis ».

Si elle a pour objet la vie des établissements thermaux, la revue est plus précisément, au vu de son organisation initiale, une publication d’actualité juridique : une première partie présente l’actualité de la législation (lois, décrets, arrêtés) ; la deuxième partie présente la doctrine au travers de commentaires théoriques de la législation et de la jurisprudence ; une troisième partie rassemble les décisions de l’ensemble des juridictions, civiles ou administratives. Au cours des années apparaissent de nouvelles rubriques qui constituent autant de sources d’informations pour l’histoire du thermalisme : convocation d’assemblées générales et comptes-rendus, annonces de ventes, tirage de titres, « revue des stations », correspondance, nécrologie, bibliographie, etc. Chaque livraison se conclut par une partie « Statistiques ».

Vie des stations, jurisprudence, nécrologie, statistiques, modifications de sociétés : quelques rubriques des Annales des établissements thermaux

Les Annales gagnent progressivement une notoriété dans le monde du thermalisme. On pourra en voir un signe dans les citations dont elle est l’objet dans le principal représentant de la presse thermale, la Gazette des eaux. Si la naissance des Annales des établissements thermaux n’y est pas relevée en 1907, on voit des informations être reprises à partir de 1911, et un article d’Étienne Pierre faire l’objet d’un long compte-rendu dans la Gazette des eaux de février 1912, dans lequel les Annales sont qualifiées de « très intéressant bulletin ». On verra également un signe du succès rapide des Annales dans le fait que lors de l’assemblée générale de l’Union des établissements thermaux de France en 1913, les Annales figurent aux côtés de la Gazette des Eaux comme destinataires des dépenses publicitaires.

Source rare et précieuse pour l’histoire du thermalisme français, les Annales des établissements thermaux feront l’objet d’un programme de numérisation dans le cadre de notre partenariat avec la Bibliothèque nationale de France (bibliothèque numérique Gallica). En attendant, c’est avec plaisir que nous vous accueillerons à la Bibliothèque de l’Académie nationale de médecine pour la consulter.

 François Léger

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Les prix de l’Académie – V. Les hôpitaux de Moscou et de Saint-Pétersbourg

Au cours de son histoire, l’Académie de médecine a décerné de nombreux prix, fondés le plus souvent à la suite des dispositions testamentaires de médecins fortunés ou de philanthropes. La Bibliothèque conserve une grande partie des mémoires ayant concouru à ces prix. Plusieurs billets vous inviteront, à travers l’exploration d’un mémoire particulier, à en découvrir toute la richesse et la diversité.

L’année 1842 voit la création d’un Service des missions au sein du ministère de l’Instruction publique, destiné à encourager et subventionner des voyages d’études à l’étranger. Il se voit complété en 1874 par une Commission des missions, composée de scientifiques, qui étudie et rend ses avis sur le bien-fondé des missions. C’est dans ce cadre que la médecine et les hôpitaux russes vont faire l’objet de rapports détaillés de la part de Henri Huchard et Georges Dujardin-Beaumetz. Ce dernier publie en trois livraisons et une dizaine de pages le compte-rendu de son voyage dans la Gazette hebdomadaire de médecine et de chirurgie de 1888. Il fera don lors d’une séance de l’Académie de médecine d’une brochure regroupant ces livraisons. Henri Huchard fait publier en 1890 par la Revue générale de clinique et de thérapeutique, qu’il dirige, un texte de 75 pages intitulé « Une Mission scientifique en Russie (notes et impressions de voyage) ».

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Paul Aubry, médecin de Saint-Brieuc, a été lauréat du prix Monbinne en 1887 (prix décerné par l’Académie de médecine et subventionnant des missions scientifiques d’intérêt médical), pour un Rapport à M. le Ministre de l’Instruction Publique, sur les hôpitaux en Orient, l’aliénation mentale et la lèpre. Il a ensuite lui aussi effectué une mission en Russie, en août 1887, à la demande du ministère de l’Instruction publique. Il y a visité des hôpitaux à Saint-Pétersbourg et à Moscou. Son rapport a d’abord pris la forme d’un article publié dans la Revue française de l’étranger et des colonies, en 1890 et 1891. Concourant à nouveau au prix Monbinne en 1891, il soumet un mémoire, constitué d’extraits de son article enrichis de textes manuscrits ainsi que de nombreux documents. Ceux-ci sont variés et riches : pour l’hôpital Abougoff, ce sont notamment des séries statistiques (de 1869 à 1880) sur le typhus, les pneumonies, la tuberculose, qui fournissent selon le compilateur un « véritable état sanitaire de la capitale russe ».

Billet_2017_Hopitaux_russes(1)_1On remarquera en particulier la partie du rapport portant sur l’hôpital-baraque Alexandre de Saint-Pétersbourg. Elle participe d’une réflexion approfondie sur l’architecture des hôpitaux développée dans le dernier tiers du XIXe siècle sous l’influence des doctrines hygiénistes. Parmi les sources d’inspiration des médecins et des architectes figurent notamment les hôpitaux-baraques, utilisés par exemple avec succès par les armées allemandes durant la guerre de 1870. Des publications s’ensuivent, parfois signées de membres ou de correspondants de l’Académie de médecine : dès 1872, Angel Marvaud préface ainsi un ouvrage écrit par deux architectes. Quelques années plus tard, Gabriel Maunoury publie dans Le Progrès Médical un long article consacré aux hôpitaux-baraques en Allemagne. Le mémoire du docteur Aubry contribue à cette réflexion par des documents nouveaux, complémentaires et de qualité : c’est ainsi à une précise description architecturale qu’il se livre, avec des planches de croquis très précis tant sur l’implantation des bâtiments que sur les techniques de construction. Une attention particulière est portée à la désinfection : description des appareils, données statistiques.

La suite du mémoire est consacrée à deux hôpitaux moscovites : l’hôpital de la ville, pour lequel on trouvera des plans, des statistiques, mais aussi des formulaires d’admission traduits par l’auteur du rapport ; et le tout récent hôpital pour enfants Sainte-Olga.

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Le mémoire ne vaut cette fois pas le prix à Aubry, qui concourra à nouveau sans succès en 1893, avec un rapport de mission au 3ème congrès d’anthropologie criminelle de 1892 (Session de Bruxelles), discipline sur laquelle il a d’ailleurs publié un ouvrage (La contagion du meurtre : étude d’anthropologie criminelle, Paris, Félix Alcan, coll. «Bibliothèque de philosophie contemporaine», 1887 ).

François Léger

Bibliographie :

Aubry P., Les hôpitaux de Saint-Pétersbourg et de Moscou Étude descriptive accompagnée de plans, observations, statistiques, et autres documents). Rapport de mission (août 1887), Bibliothèque de l’Académie nationale de médecine, Prix Monbinne, 1891 n°5.

Aubry P., « Les hôpitaux en Russie, Notes d’un missionnaire scientifique. », Revue française de l’étranger et des colonies, 1891 1890, XII, XIII, no 107, 108, 109, pp. 678‑680, 738‑741, 44‑46.

Dujardin-Beaumetz G., Des hôpitaux-baraques et de l’enseignement médical en Russie, Paris, France, 1889.

Dujardin-Beaumetz G., « Des hôpitaux-baraques et de l’enseignement médical en Russie », Gazette Hebdomadaire de médecine et de chirurgie, 1888, XXV, série 2, no 46, 51, 52, pp. 722‑726, 809‑811, 821‑823.

Huchard H., Une mission scientifique en Russie (notes et impressions de voyage), Paris, Revue générale de clinique et de thérapeutique, 1890.

Jaeger F., Sabouraud É., Étude sur les hôpitaux-baraques ; précédée de Considérations sur l’utilité et les avantages qu’ils présentent au point de vue hygiénique par le Dr Angel Marvaud, Paris, Ducher et Cie, 1872.

Laget P.-L., Laroche C., Duhau I. et al., L’hôpital en France, du Moyen Âge à nos jours: histoire & architecture, 2ème éd., Lyon, Lieux Dits éditions, 2016.

Maunoury G., « Les Hôpitaux-baraques en Allemagne », Le Progrès Médical, 29 septembre 1877, vol. 5, p. 741‑792.

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Les collections imprimées de la Bibliothèque de l’Académie et le fonds Daremberg

Avec près de 4000 titres de périodiques morts ou vivants, et des dizaines de milliers de monographies dont 115 incunables, la Bibliothèque de l’Académie nationale de médecine peut s’enorgueillir d’être l’une des bibliothèques médicales les plus importantes de France.

Billet Coll imprimées Magasin

Une vue des magasins

L’Académie de médecine est créée en 1820 par Louis XVIII, sous l’impulsion du baron Portal, pour « répondre aux demandes du gouvernement sur tout ce qui intéresse la santé publique, et principalement sur les épidémies, les maladies particulières à certains pays, les épizooties, les différens cas de médecine légale, la propagation de la vaccine, l’examen des remèdes nouveaux et des remèdes secrets, tant internes qu’externes, les eaux minérales naturelles ou factices, etc. » Avec la conservation de ses archives également stipulée par l’Ordonnance fondatrice de 1820 et la constitution progressive d’un patrimoine artistique, la Bibliothèque se voit dotée d’une responsabilité triple : elle conserve non seulement les imprimés mais également les archives et les œuvres d’art. Ses collections imprimées reflètent les domaines précisés par l’Ordonnance, telles la littérature consacrée à la vaccination antivariolique ou encore l’hygiène et la santé publique, et s’étendent à des domaines de spécialisation des médecins et chirurgiens des XIXe et XXe siècles, comme la gynécologie-obstétrique.

Les collections de la Bibliothèque se sont largement constituées à la faveur d’achats et de dons. Au XIXe siècle comme au début du XXe siècle, ce sont les médecins – et pas uniquement des académiciens – ou leurs héritiers qui font don d’ensembles d’ouvrages à l’Académie. Ainsi en 1892 le don par sa veuve de 400 ouvrages ayant appartenu à Henri Roger (1809-1891), en 1893 le don de 406 volumes et 4069 thèses par René Marjolin (1812-1895) représentent des accroissements majeurs. On citera aussi les fonds Mattéi et Devilliers qui comptent respectivement 832 et 94 ouvrages consacrés aux accouchements et aux maladies des femmes, ou encore les 130 ouvrages d’anatomie, de pathologie et de thérapeutique dentaires du fonds Magitot. Les ouvrages présentés en séance comme ceux adressés à l’Académie pour concourir aux nombreux prix qu’elle propose, finissaient par entrer dans les collections de la Bibliothèque. De nos jours, cette dernière reçoit des ensembles cohérents et souvent rares à la suite de la désagrégation de plus en plus fréquente des bibliothèques ultra spécialisées des laboratoires biomédicaux (addictologie, thérapie cellulaire, neurologie, etc.).
Les dons de particuliers étaient complétés de ceux provenant des éditeurs spécialisés en médecine (Baillière, Masson, Asselin et Houzeau, Doin, Steinheil) avec lesquels l’Académie elle-même ou des académiciens entretenaient des relations suivies, auxquels il convient d’ajouter la politique de concession d’ouvrages en provenance du ministère de l’Instruction publique. Les échanges de publications avec des sociétés savantes, contre le Bulletin de l’Académie de médecine, permettent encore aujourd’hui d’enrichir les collections de périodiques.
Dès le début du XXe siècle la Bibliothèque avait acquis une certaine réputation, si bien que les pouvoirs publics faisaient appel à elle pour se dessaisir de ses doubles et contribuer à la constitution de nouvelles bibliothèques (bibliothèque des internes des hôpitaux de Paris, bibliothèque de l’école d’application du service de santé des troupes coloniales à Marseille, bibliothèques de service de santé de certaines colonies).

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Abulkasim. Liber servitoris de praeparatione medicinarum simplicium. Trad. de l’arabe Simon a Cordo avec le concours d’Abraham Judaeus Tortuosiensis. – Venezia : Nicolas Jenson, 1471. – 4°. Inc. C 7. L’un des trois premiers livres de médecine jamais imprimés.

Si la collection Daremberg constitue de nos jours le cœur des collections de la Bibliothèque de l’Académie nationale de médecine, elle n’a gagné cette place que tardivement, au prix d’un glissement de perspective. Charles Daremberg (1817-1872), bibliothécaire, médecin et philologue, positiviste proche de Renan et de Littré, s’était rendu célèbre par ses traductions de Galien et ses travaux d’histoire de la médecine, qui lui avaient valu d’occuper à partir de 1870 la chaire d’histoire de la médecine tout juste refondée. Son lien avec l’Académie était double : il en avait été le premier bibliothécaire dans les années 1840 puis en avait été élu membre associé libre en 1868.
A côté des copies, collations, transcriptions ou traductions de manuscrits médicaux grecs et latins qu’il s’était efforcé de rassembler sa vie durant, il avait constitué une bibliothèque importante, pour partie consacrée à l’art médical. A l’examiner aujourd’hui, la collection, quoique contenant ici ou là de belles reliures, des provenances illustres, des annotations intéressantes, n’est pas celle d’un bibliophile esthète mais d’un historien, pour qui le contenu prime sur l’aspect matériel du livre.
Acquise par l’Académie en 1873 auprès de sa veuve et de son fils, et entreposée provisoirement dans la Bibliothèque Mazarine, la collection Daremberg n’a probablement été transférée dans la Bibliothèque qu’à compter de l’érection du bâtiment construit spécialement pour l’Académie en 1902, et n’a été cataloguée que dans les années 1905-1910, par Léon Laloy. Sa cotation, identifiant les incunables par la lettre A, B ou C selon leur format et les autres livres par la lettre D, a fortement contribué à la distinguer des autres ouvrages, tous affectés d’une simple cotation numérique.

C’est sensiblement à cette même époque que la Bibliothèque cherche à s’affirmer comme une bibliothèque de référence en histoire de la médecine et pas seulement en médecine ; dans les années 1910, son bibliothécaire Ernest Wickersheimer sollicite ainsi de sa hiérarchie la possibilité de prendre les premiers abonnements de la Bibliothèque à des revues d’histoire de la médecine. Cette orientation érudite sera d’ailleurs suivie par ses successeurs Henry Busquet et Maurice Genty et continue, encore aujourd’hui, d’imprimer sa marque sur la politique documentaire de l’établissement.

Jérôme van Wijland

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« L’âme de la chair est dans son sang » : le fonds Henri Baruk

Billet_2017_BarukCaricatureC’est dans une notice manuscrite rédigée par ses soins et destinée à résumer son œuvre scientifique qu’Henri Baruk (1897-1999) cite une sentence de la Bible (Lévitique, 17, 11) pour appuyer l’idée qu’au-delà de mécanismes physiologiques, « la personnalité reste derrière [le cerveau] et représente l’esprit qui inspire et dirige les sentiments ». Le fonds Henri Baruk, conservé à la bibliothèque de l’Académie nationale de médecine, contient en deux boîtes des documents variés qui contribuent ainsi à éclairer la pensée et la personnalité de ce psychiatre élu à l’Académie nationale de médecine en 1965, où son centenaire a été célébré en 1997. On trouve au sein de ce dossier des pièces issues des archives de l’Académie, relatives à son élection, à la célébration de son centenaire, ou encore des éloges ou nécrologies publiés à l’occasion de son décès ; des manuscrits ou tapuscrits d’ouvrages ou d’articles composant son œuvre ; des extraits de sa correspondance.

Billet_2017_BarukNotice

L’œuvre publié d’Henri Baruk est foisonnant, mêlant traités de psychiatrie, essais d’inspiration historique, morale et religieuse, et autobiographie. S’y trouve inlassablement reformulée et précisée la pensée pour laquelle Henri Baruk a jugé nécessaire de lutter jusqu’à ses derniers jours, et dont l’essence était son caractère humaniste, l’amenant à refuser tant la psychanalyse, qui limite selon lui l’inconscient aux bas-instincts, que les diagnostics « destructeurs » de schizophrénie qui condamnent le patient à l’état d’incurable. Les documents du fonds Baruk font écho à l’œuvre. A la lecture de pièces où Baruk ramasse sa pensée et l’explicite auprès d’interlocuteurs divers, on trouvera ainsi matière à éclairer ses principales notions et idées : « quelques notes sur [son] curriculum vitae » qu’il adresse à son ami le professeur Gounelle de Pontanel, exposé de la genèse de sa pensée (lettre du 12 février 1987) ; une lettre adressée à la directrice du Quotidien du médecin où il précise la notion de « crise de la psychiatrie » ; ou encore une notice rédigée par ses soins, et que ses amis Mireille et Georges Lescure ont remis à l’Académie nationale de Médecine, où il expose en trois feuillets comment « L’œuvre scientifique du Prof. Baruk, étendue sur plus d’un demi-siècle, part de la neurologie, s’étend à toute la psychiatrie et parvient à la philosophie » (Notice sur Henri Baruk, de la main même d’Henri Baruk). On y lira enfin que ce psychiatre qui unifie foi et science, en trouvant dans la Bible les bases possibles d’un processus thérapeutique, rejetait néanmoins avec vigueur les qualificatifs qu’un journal lui attribue de médecin « passionné et éloigné de l’objectivité », se réclamant au contraire de « soixante-dix années de recherches scientifiques contrôlées par le grand maître de l’objectivité, Babinski » (lettre du 8 janvier 1991, au prof. Gounelle de Pontanel).

François Léger

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Patentes épatantes !

En 1901, le docteur Antonin Catelan (1842-1903), directeur des services sanitaires du port de Marseille, offrait à l’Académie de médecine sa collection de patentes de santé françaises et étrangères et de passeports sanitaires (Ms 1148 (2019)-1149 (2020) cg). En 1890, alors médecin sanitaire de France à Alexandrie, le docteur Catelan s’était vu décerner une médaille d’argent pour le service des épidémies grâce à son Mémoire sur l’épidémie de grippe. Un an plus tard, il avait postulé, sans succès, à une place de correspondant national dans la première division (médecine) de l’Académie de médecine.
Réparties dans deux très grands registres, ces 291 patentes de santé, s’échelonnant de 1786 à 1899 (180 pour le vol. 1 : 1786-1827, 111 pour le vol. 2 : 1828-1899), dessinent une histoire des échanges et des transits maritimes avec la ville de Marseille, d’abord limités à l’espace méditerranéen (ports d’Espagne, de France et d’Italie principalement) puis plus largement ouverts sur le monde atlantique (de l’Atlantique nord aux ports sud-américains et africains en passant par la mer des Caraïbes), l’océan indien (Mozambique, Zanzibar, Aden, Bombay, la Réunion) et jusqu’à l’océan pacifique.

Il s’agit plus précisément de certificats sanitaires délivrés aux navires au départ d’un port pour attester de la bonne santé de leur équipage et de la population du port de provenance à l’arrivée dans un autre port (en l’occurrence Marseille), leur permettant ainsi d’éviter des périodes de quarantaine.

Patentes de santé émanant des ports de Barcelone, Mahon et La Seyne.

Outre le nom du bateau, son type (brigantin, vapeur, tartane, etc.), le nombre de ses marins – parfois de ses passagers –, on peut y trouver aussi le rôle des équipages, les noms, et différentes données probablement destinées au contrôle et à l’identification : âge, couleur des cheveux, couleur de la peau, taille.
La collection atteste également des transformations de l’espace géopolitique méditerranéen pendant la Révolution et le premier Empire (Toulon rebaptisée Port-la-Montagne, patentes niçoises en langue italienne, etc.)Billet_2017_ Patentes_AgdeLit

Enfin, c’est aussi toute une iconographie des saints protecteurs (sainte Vierge, saint Roch, saint Sébastien, saint Aurélien, etc.) qui se déploie en un ensemble de gravures, tailles d’épargne ou douces, sophistiquées ou grossières, profuses ou laconiques, pourvues parfois de détails cartographiques (gîtes, récifs, hauts fonds…)

Cette collection n’attend plus que ses chercheurs, qui pourront puiser dans telle ou telle patente particulière ou bien encore en étudier les aspects sériels.

 

Jérôme van Wijland

 

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Les académiciens publient

Tout au long de l’année, la Bibliothèque de l’Académie nationale de médecine reçoit et présente des ouvrages publiés par des académiciens. Ainsi en 2016 :

Battin, Jean-Jacques, Féniès, Jacques, Vigneaux, Michel, Mostermans, Hermann, L’ Islande : sous la glace, le feu, Bordeaux, Les dossiers d’Aquitaine, 2016.

Berche, Patrick, Le fragile empire des gènes, Paris, Éditions Docis, 2016.

Bergoignan-Esper, Claudine, Sargos, Pierre, Les grands arrêts du droit de la santé, Paris, Dalloz, 2016.

Bertrand, Edmond, À votre santé : données médicales et culturelles : huile d’olive, vin, sel, café, thé, chocolat, miel, plantes médicaments, Paris, L’Harmattan, 2016.

Bousser, Marie-Germaine,  Guichard, Jean-Pierre, AVC : en réchapper et y échapper, Paris, Inserm, Le Muscadier, 2016.

Brugère-Picoux, Jeanne (dir.), Mes poules en bonne santé : comment reconnaître, prévenir et traiter leurs maladies, Paris, AFAS, 2016.

Degos, Laurent, Quelle politique de santé pour demain ? Paris, Le Pommier, 2016.

Germain, Michel A, Les tables d’opération de l’Antiquité à nos jours, Paris, L’Harmattan, 2016.

Huguier, Michel, Trois grands esprits de la Renaissance sur les routes d’Europe : Michel Sittow, Ignace de Loyola, André Vésale, Monceaux-lès-Meaux, Éditions Fiacre, 2016.

Jouannet, Pierre (dir.), Procréation, médecine et don, Paris, Lavoisier, Médecine sciences, 2016.

Laccourreye, Olivier,  Laccourreye, Laurence, Werner, Alfred, Les  clés de la voix: protéger, entretenir et presque tout savoir sur la voix, Paris, Éditions de Fallois, 2016.

Lejoyeux, Michel, Les quatre saisons de la bonne humeur, Paris, JC Lattès, 2016.

Michel, François-Bernard, Le professeur Marcel Proust, Paris, Gallimard, 2016.

 François Léger

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