Les collections imprimées de la Bibliothèque de l’Académie et le fonds Daremberg

Avec près de 4000 titres de périodiques morts ou vivants, et des dizaines de milliers de monographies dont 115 incunables, la Bibliothèque de l’Académie nationale de médecine peut s’enorgueillir d’être l’une des bibliothèques médicales les plus importantes de France.

Billet Coll imprimées Magasin

Une vue des magasins

L’Académie de médecine est créée en 1820 par Louis XVIII, sous l’impulsion du baron Portal, pour « répondre aux demandes du gouvernement sur tout ce qui intéresse la santé publique, et principalement sur les épidémies, les maladies particulières à certains pays, les épizooties, les différens cas de médecine légale, la propagation de la vaccine, l’examen des remèdes nouveaux et des remèdes secrets, tant internes qu’externes, les eaux minérales naturelles ou factices, etc. » Avec la conservation de ses archives également stipulée par l’Ordonnance fondatrice de 1820 et la constitution progressive d’un patrimoine artistique, la Bibliothèque se voit dotée d’une responsabilité triple : elle conserve non seulement les imprimés mais également les archives et les œuvres d’art. Ses collections imprimées reflètent les domaines précisés par l’Ordonnance, telles la littérature consacrée à la vaccination antivariolique ou encore l’hygiène et la santé publique, et s’étendent à des domaines de spécialisation des médecins et chirurgiens des XIXe et XXe siècles, comme la gynécologie-obstétrique.

Les collections de la Bibliothèque se sont largement constituées à la faveur d’achats et de dons. Au XIXe siècle comme au début du XXe siècle, ce sont les médecins – et pas uniquement des académiciens – ou leurs héritiers qui font don d’ensembles d’ouvrages à l’Académie. Ainsi en 1892 le don par sa veuve de 400 ouvrages ayant appartenu à Henri Roger (1809-1891), en 1893 le don de 406 volumes et 4069 thèses par René Marjolin (1812-1895) représentent des accroissements majeurs. On citera aussi les fonds Mattéi et Devilliers qui comptent respectivement 832 et 94 ouvrages consacrés aux accouchements et aux maladies des femmes, ou encore les 130 ouvrages d’anatomie, de pathologie et de thérapeutique dentaires du fonds Magitot. Les ouvrages présentés en séance comme ceux adressés à l’Académie pour concourir aux nombreux prix qu’elle propose, finissaient par entrer dans les collections de la Bibliothèque. De nos jours, cette dernière reçoit des ensembles cohérents et souvent rares à la suite de la désagrégation de plus en plus fréquente des bibliothèques ultra spécialisées des laboratoires biomédicaux (addictologie, thérapie cellulaire, neurologie, etc.).
Les dons de particuliers étaient complétés de ceux provenant des éditeurs spécialisés en médecine (Baillière, Masson, Asselin et Houzeau, Doin, Steinheil) avec lesquels l’Académie elle-même ou des académiciens entretenaient des relations suivies, auxquels il convient d’ajouter la politique de concession d’ouvrages en provenance du ministère de l’Instruction publique. Les échanges de publications avec des sociétés savantes, contre le Bulletin de l’Académie de médecine, permettent encore aujourd’hui d’enrichir les collections de périodiques.
Dès le début du XXe siècle la Bibliothèque avait acquis une certaine réputation, si bien que les pouvoirs publics faisaient appel à elle pour se dessaisir de ses doubles et contribuer à la constitution de nouvelles bibliothèques (bibliothèque des internes des hôpitaux de Paris, bibliothèque de l’école d’application du service de santé des troupes coloniales à Marseille, bibliothèques de service de santé de certaines colonies).

Billet Inc. C7 1

Abulkasim. Liber servitoris de praeparatione medicinarum simplicium. Trad. de l’arabe Simon a Cordo avec le concours d’Abraham Judaeus Tortuosiensis. – Venezia : Nicolas Jenson, 1471. – 4°. Inc. C 7. L’un des trois premiers livres de médecine jamais imprimés.

Si la collection Daremberg constitue de nos jours le cœur des collections de la Bibliothèque de l’Académie nationale de médecine, elle n’a gagné cette place que tardivement, au prix d’un glissement de perspective. Charles Daremberg (1817-1872), bibliothécaire, médecin et philologue, positiviste proche de Renan et de Littré, s’était rendu célèbre par ses traductions de Galien et ses travaux d’histoire de la médecine, qui lui avaient valu d’occuper à partir de 1870 la chaire d’histoire de la médecine tout juste refondée. Son lien avec l’Académie était double : il en avait été le premier bibliothécaire dans les années 1840 puis en avait été élu membre associé libre en 1868.
A côté des copies, collations, transcriptions ou traductions de manuscrits médicaux grecs et latins qu’il s’était efforcé de rassembler sa vie durant, il avait constitué une bibliothèque importante, pour partie consacrée à l’art médical. A l’examiner aujourd’hui, la collection, quoique contenant ici ou là de belles reliures, des provenances illustres, des annotations intéressantes, n’est pas celle d’un bibliophile esthète mais d’un historien, pour qui le contenu prime sur l’aspect matériel du livre.
Acquise par l’Académie en 1873 auprès de sa veuve et de son fils, et entreposée provisoirement dans la Bibliothèque Mazarine, la collection Daremberg n’a probablement été transférée dans la Bibliothèque qu’à compter de l’érection du bâtiment construit spécialement pour l’Académie en 1902, et n’a été cataloguée que dans les années 1905-1910, par Léon Laloy. Sa cotation, identifiant les incunables par la lettre A, B ou C selon leur format et les autres livres par la lettre D, a fortement contribué à la distinguer des autres ouvrages, tous affectés d’une simple cotation numérique.

C’est sensiblement à cette même époque que la Bibliothèque cherche à s’affirmer comme une bibliothèque de référence en histoire de la médecine et pas seulement en médecine ; dans les années 1910, son bibliothécaire Ernest Wickersheimer sollicite ainsi de sa hiérarchie la possibilité de prendre les premiers abonnements de la Bibliothèque à des revues d’histoire de la médecine. Cette orientation érudite sera d’ailleurs suivie par ses successeurs Henry Busquet et Maurice Genty et continue, encore aujourd’hui, d’imprimer sa marque sur la politique documentaire de l’établissement.

Jérôme van Wijland

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« L’âme de la chair est dans son sang » : le fonds Henri Baruk

Billet_2017_BarukCaricatureC’est dans une notice manuscrite rédigée par ses soins et destinée à résumer son œuvre scientifique qu’Henri Baruk (1897-1999) cite une sentence de la Bible (Lévitique, 17, 11) pour appuyer l’idée qu’au-delà de mécanismes physiologiques, « la personnalité reste derrière [le cerveau] et représente l’esprit qui inspire et dirige les sentiments ». Le fonds Henri Baruk, conservé à la bibliothèque de l’Académie nationale de médecine, contient en deux boîtes des documents variés qui contribuent ainsi à éclairer la pensée et la personnalité de ce psychiatre élu à l’Académie nationale de médecine en 1965, où son centenaire a été célébré en 1997. On trouve au sein de ce dossier des pièces issues des archives de l’Académie, relatives à son élection, à la célébration de son centenaire, ou encore des éloges ou nécrologies publiés à l’occasion de son décès ; des manuscrits ou tapuscrits d’ouvrages ou d’articles composant son œuvre ; des extraits de sa correspondance.

Billet_2017_BarukNotice

L’œuvre publié d’Henri Baruk est foisonnant, mêlant traités de psychiatrie, essais d’inspiration historique, morale et religieuse, et autobiographie. S’y trouve inlassablement reformulée et précisée la pensée pour laquelle Henri Baruk a jugé nécessaire de lutter jusqu’à ses derniers jours, et dont l’essence était son caractère humaniste, l’amenant à refuser tant la psychanalyse, qui limite selon lui l’inconscient aux bas-instincts, que les diagnostics « destructeurs » de schizophrénie qui condamnent le patient à l’état d’incurable. Les documents du fonds Baruk font écho à l’œuvre. A la lecture de pièces où Baruk ramasse sa pensée et l’explicite auprès d’interlocuteurs divers, on trouvera ainsi matière à éclairer ses principales notions et idées : « quelques notes sur [son] curriculum vitae » qu’il adresse à son ami le professeur Gounelle de Pontanel, exposé de la genèse de sa pensée (lettre du 12 février 1987) ; une lettre adressée à la directrice du Quotidien du médecin où il précise la notion de « crise de la psychiatrie » ; ou encore une notice rédigée par ses soins, et que ses amis Mireille et Georges Lescure ont remis à l’Académie nationale de Médecine, où il expose en trois feuillets comment « L’œuvre scientifique du Prof. Baruk, étendue sur plus d’un demi-siècle, part de la neurologie, s’étend à toute la psychiatrie et parvient à la philosophie » (Notice sur Henri Baruk, de la main même d’Henri Baruk). On y lira enfin que ce psychiatre qui unifie foi et science, en trouvant dans la Bible les bases possibles d’un processus thérapeutique, rejetait néanmoins avec vigueur les qualificatifs qu’un journal lui attribue de médecin « passionné et éloigné de l’objectivité », se réclamant au contraire de « soixante-dix années de recherches scientifiques contrôlées par le grand maître de l’objectivité, Babinski » (lettre du 8 janvier 1991, au prof. Gounelle de Pontanel).

François Léger

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Patentes épatantes !

En 1901, le docteur Antonin Catelan (1842-1903), directeur des services sanitaires du port de Marseille, offrait à l’Académie de médecine sa collection de patentes de santé françaises et étrangères et de passeports sanitaires (Ms 1148 (2019)-1149 (2020) cg). En 1890, alors médecin sanitaire de France à Alexandrie, le docteur Catelan s’était vu décerner une médaille d’argent pour le service des épidémies grâce à son Mémoire sur l’épidémie de grippe. Un an plus tard, il avait postulé, sans succès, à une place de correspondant national dans la première division (médecine) de l’Académie de médecine.
Réparties dans deux très grands registres, ces 291 patentes de santé, s’échelonnant de 1786 à 1899 (180 pour le vol. 1 : 1786-1827, 111 pour le vol. 2 : 1828-1899), dessinent une histoire des échanges et des transits maritimes avec la ville de Marseille, d’abord limités à l’espace méditerranéen (ports d’Espagne, de France et d’Italie principalement) puis plus largement ouverts sur le monde atlantique (de l’Atlantique nord aux ports sud-américains et africains en passant par la mer des Caraïbes), l’océan indien (Mozambique, Zanzibar, Aden, Bombay, la Réunion) et jusqu’à l’océan pacifique.

Il s’agit plus précisément de certificats sanitaires délivrés aux navires au départ d’un port pour attester de la bonne santé de leur équipage et de la population du port de provenance à l’arrivée dans un autre port (en l’occurrence Marseille), leur permettant ainsi d’éviter des périodes de quarantaine.

Patentes de santé émanant des ports de Barcelone, Mahon et La Seyne.

Outre le nom du bateau, son type (brigantin, vapeur, tartane, etc.), le nombre de ses marins – parfois de ses passagers –, on peut y trouver aussi le rôle des équipages, les noms, et différentes données probablement destinées au contrôle et à l’identification : âge, couleur des cheveux, couleur de la peau, taille.
La collection atteste également des transformations de l’espace géopolitique méditerranéen pendant la Révolution et le premier Empire (Toulon rebaptisée Port-la-Montagne, patentes niçoises en langue italienne, etc.)Billet_2017_ Patentes_AgdeLit

Enfin, c’est aussi toute une iconographie des saints protecteurs (sainte Vierge, saint Roch, saint Sébastien, saint Aurélien, etc.) qui se déploie en un ensemble de gravures, tailles d’épargne ou douces, sophistiquées ou grossières, profuses ou laconiques, pourvues parfois de détails cartographiques (gîtes, récifs, hauts fonds…)

Cette collection n’attend plus que ses chercheurs, qui pourront puiser dans telle ou telle patente particulière ou bien encore en étudier les aspects sériels.

 

Jérôme van Wijland

 

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Les académiciens publient

Tout au long de l’année, la Bibliothèque de l’Académie nationale de médecine reçoit et présente des ouvrages publiés par des académiciens. Ainsi en 2016 :

Battin, Jean-Jacques, Féniès, Jacques, Vigneaux, Michel, Mostermans, Hermann, L’ Islande : sous la glace, le feu, Bordeaux, Les dossiers d’Aquitaine, 2016.

Berche, Patrick, Le fragile empire des gènes, Paris, Éditions Docis, 2016.

Bergoignan-Esper, Claudine, Sargos, Pierre, Les grands arrêts du droit de la santé, Paris, Dalloz, 2016.

Bertrand, Edmond, À votre santé : données médicales et culturelles : huile d’olive, vin, sel, café, thé, chocolat, miel, plantes médicaments, Paris, L’Harmattan, 2016.

Bousser, Marie-Germaine,  Guichard, Jean-Pierre, AVC : en réchapper et y échapper, Paris, Inserm, Le Muscadier, 2016.

Brugère-Picoux, Jeanne (dir.), Mes poules en bonne santé : comment reconnaître, prévenir et traiter leurs maladies, Paris, AFAS, 2016.

Degos, Laurent, Quelle politique de santé pour demain ? Paris, Le Pommier, 2016.

Germain, Michel A, Les tables d’opération de l’Antiquité à nos jours, Paris, L’Harmattan, 2016.

Huguier, Michel, Trois grands esprits de la Renaissance sur les routes d’Europe : Michel Sittow, Ignace de Loyola, André Vésale, Monceaux-lès-Meaux, Éditions Fiacre, 2016.

Jouannet, Pierre (dir.), Procréation, médecine et don, Paris, Lavoisier, Médecine sciences, 2016.

Laccourreye, Olivier,  Laccourreye, Laurence, Werner, Alfred, Les  clés de la voix: protéger, entretenir et presque tout savoir sur la voix, Paris, Éditions de Fallois, 2016.

Lejoyeux, Michel, Les quatre saisons de la bonne humeur, Paris, JC Lattès, 2016.

Michel, François-Bernard, Le professeur Marcel Proust, Paris, Gallimard, 2016.

 François Léger

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Actualité d’Augusta Dejerine-Klumpke

Le 10 février 2017 a lieu à la Salpétrière un colloque consacré à Jules Dejerine, à l’occasion du centenaire de son décès. Les travaux présentés lors de ce colloque mettront en lumière les étapes importantes de la carrière de Jules Dejerine, et certaines contributions souligneront le rôle d’Augusta Klumpke-Dejerine, son épouse : l’œuvre de Jules Dejerine est en effet pour une large part une œuvre commune, construite aux côtés d’Augusta. Faute de poste officiel, celle-ci a collaboré avec son époux successivement à l’hôpital de Bicêtre puis à la Salpétrière.

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La personnalité, le parcours et les réalisations d’Augusta Klumpke méritent en eux-mêmes qu’on y prête attention : pour son action à l’hôpital des Invalides, après la mort de Jules Dejerine en 1917 (elle y organise le service des grands infirmes et étudie les pathologie des paraplégiques), ou pour la création au sein de la Société française de neurologie de la fondation Jules Dejerine. Mais elle s’est en fait illustrée dès l’époque de ses études et de son entrée dans la carrière médicale, en devenant de haute lutte la première femme admise à l’Internat.

Le fonds Dejerine-Klumpke, conservé à l’Académie nationale de médecine, contient un très riche dossier documentaire sur cette conquête de l’Internat par Augusta Klumpke en 1886, aux côtés de Blanche Edwards. On y découvrira des pièces éclairant son parcours personnel et académique jusqu’à l’internat (documents administratifs, pétitions, photographies, ainsi qu’une correspondance comprenant des lettres adressées à Jules Dejerine), mais aussi un dossier de presse fourni et éclairant sur les réactions suscitées par l’opiniâtre combat d’Augusta Klumpke pour l’accession à l’Internat, et rassemblé par ses soins.

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« Acceptez sincères félicitations des femmes médecins russes souhaitons brillants travaux scientifiques sur nouveau champ d’action que vous venez d’ouvrir aux femmes » (Télégramme de félicitations des femmes médecins russes, daté du 19/01/1887)

Le fonds Dejerine-Klumpke a déjà fait l’objet d’une présentation hors des murs de l’Académie nationale de médecine : une sélection des documents qu’il renferme avait fait l’objet d’un prêt au Musée de l’Histoire vivante de Montreuil lors d’une exposition proposée du 17 janvier au 31 décembre 2015 : « Femmes en métiers d’homme », à l’occasion de laquelle un billet avait été rédigé sur ce site.

 

François Léger

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Mathias Malzieu récompensé par l’Académie nationale de médecine

Chaque année, à l’occasion de la Journée du livre médical, un jury composé de professeurs de médecine, de professeurs de littérature, de libraires, de bibliothécaires, etc. se réunit pour décerner un prix littéraire à un ouvrage à forte thématique médicale, le prix Jean Bernard de l’Académie nationale de médecine.

En 2016, le prix Jean Bernard a été  décerné à Mathias Malzieu, pour son Journal d’un vampire en pyjama, paru aux éditions Albin Michel.

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Journal d’une maladie (l’auteur se trouve atteint d’une aplasie médullaire sévère), d’une hospitalisation, le livre est aussi un entrelacs de « liens fragiles et magiques, à tisser entre le rêve et la réalité ». La réalité est celle d’une hospitalisation difficile, entre chambre stérile, transfusions, et perspective d’une greffe de moelle osseuse. Le rêve se déroule dans l’univers poétique que l’auteur a engendré, lui qui se voit comme « le plus con des dragons. Celui qui crache des étincelles et se crame les ailes avec ».

 

Remise du prix Jean Bernard à Mathias Malzieu par Jacques-Louis Binet, secrétaire perpétuel honoraire de l'Académie nationale de médecine (20 décembre 2016).

Mathias Malzieu reçoit le prix Jean Bernard des mains de  Jacques-Louis Binet, secrétaire perpétuel honoraire de l’Académie nationale de médecine (séance solennelle du 20 décembre 2016).

Au cours de son voyage, le vieil enfant conduisant son chalutier imaginaire dans la tempête, le vieil homme à tête d’œuf en T-shirt Spiderman, devient maître en l’art du « skathéter » (« art de rider avec un cathéter central »), expérimente douloureusement « la pêche au harpon dans le sternum ». Le vampire en pyjama qu’il est devenu affronte, dans un tourbillon d’images et de jeux avec les mots où l’on retrouve l’univers poétique de Dyonisos, la redoutable dame Oclès, mortelle séductrice aux cigarettes fines et à l’épée tranchante. Il revient à la vie grâce à l’intensité de l’amour, l’amour de Rosy, sa « boxeuse aux cheveux de sirène », de sa famille, de ses amis. Autour de lui, Walt Whitman, les nymphirmières qui berçent les poches de sang, l’hématologue à la voix douce, l’homme en jogging qui a la classe, le croisent ou l’accompagnent vers son « printemps de globules blancs ».

 

 François Léger

 

 

 

Pour mémoire, les jurys du prix Jean Bernard ont récompensé successivement depuis 2003 :

  • Schmitt, Éric-Emmanuel. Oscar et la dame rose. Paris, Albin Michel, 2002,
  • Winckler, Martin. Les trois médecins. Paris, P.O.L, 2004,
  • Gendarme, Jean-Baptiste. Chambre sous oxygène. Paris, Gallimard, 2005,
  • Didier, Marie. Dans la nuit de Bicêtre. Paris, Gallimard, 2006,
  • Sénanque, Antoine. La grande garde. Paris, Grasset, 2007,
  • Marin, Claire. Hors de moi. Paris, éd. Allia, 2008,
  • Carrère, Emmanuel. D’autres vies que la mienne. Paris, P.O.L, 2009,
  • Fonclare, Guillaume de. Dans ma peau. Paris, Stock, 2009,
  • Rostain, Michel. Le fils. Paris, Oh ! éd., 2011,
  • Márai, Sándor. La sœur. Paris, Albin Michel, 2011,
  • Mabin Chennevière, Yves. Portrait de l’écrivain en déchet. Paris, Seuil, 2013,
  • Le Drian, Marie. Le corps perdu de Suzanne Thover. Rennes, éd. Apogée, 2013.
  • Lanot, Charles. Médecin de campagne. Versailles, éd. Illador, 2014.
  • Malzieu, Mathias. Journal d’un vampire en pyjama. Paris, Albin Michel, 2016.
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Meilleurs vœux pour 2017 !

Toute l’équipe de la bibliothèque vous présente ses meilleurs vœux pour cette nouvelle année.

Billet Botanicon -voeux 2017

Nous serons heureux de vous accueillir dans notre salle de lecture et sur notre site internet, et de vous accompagner tout au long de l’année à venir dans vos travaux et recherches.

 

François Léger

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Information sur les horaires

À l’occasion des fêtes de fin d’année, la Bibliothèque de l’Académie nationale de médecine sera fermée à partir du mercredi 21 décembre 2016 au soir jusqu’au lundi 2 janvier 2017 au matin.

buch der natur

Toute l’équipe de la bibliothèque vous souhaite de bonnes fêtes, et sera heureuse de vous retrouver l’année prochaine, à partir du 2 janvier, aux horaires habituels.

François Léger

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La léproserie de Koyama (2)

L’ album photographique de la léproserie de Koyama a certainement été voulu par son directeur, le père Lucien Droüart de Lézey, que ses thuriféraires qualifieront à sa mort en 1930 de « partisan très actif de l’apostolat par la presse » (« La mort d’un grand missionnaire », Les Annales coloniales, 31e année, n° 191, 23 décembre 1930, p. 2). En effet, au-delà des remerciements adressés aux donateurs pour les subsides qu’ils lui ont apportées à la suite du séisme, le père Droüart de Lézey se livre à une véritable campagne de communication, destinée à lui attirer d’autres donations comme à faire connaître le rôle charitable des missions étrangères. Cet album vient ainsi compléter les communications et les brochures qu’il a prodiguées sur la léproserie, non sans un sens consommé de l’humour. Billet Koyama photo Drouart de LézeyLes Missions étrangères de Paris en possèdent un album de facture équivalente, mais dont une partie des photographies diffèrent de l’album conservé dans les collections de la Bibliothèque de l’Académie nationale de médecine. Plus que les brochures consacrées à la léproserie, les albums photographiques permettent une plongée fascinante dans l’univers d’une institution charitable de missionnaires français au Japon, au lendemain du séisme dévastateur de Kantō.
En effet, les photographies ont été prises en janvier 1924, lors d’une visite officielle de Paul Claudel, ambassadeur de France et du Dr Laurence, médecin major des troupes coloniales en Indochine. Le Dr Bellet qui les accompagne estime alors le nombre de lépreux au Japon à près de 50 000. A cette même époque, le pays compte neuf léproseries, dont une dirigée par une mission protestante, une autre par une mission bouddhiste, enfin deux par les missions étrangères catholiques (Koyama, Chiu Siu).Billet Ms 985 (1856) Claudel
La léproserie de Koyama, située dans la préfecture de Shizuoka, au pied du mont Fuji, a été créée en 1889 par le père Germain-Léger Testevuide, membre des missions étrangères de Paris désigné pour l’évangélisation du Japon. En 1924, elle accueille environ 80 lépreux.
Les photographies illustrent les trois principaux aspects de la vie quotidienne des lépreux telle que les missionnaires l’organisent, dans le cadre d’une colonie agricole permettant un « isolement pratique sans claustration ».
La religion est au centre du fonctionnement de la léproserie comme la chapelle l’est physiquement. En témoignent la piété et le travail d’évangélisation palpables dans la reconstitution de la grotte de Lourdes au pied de laquelle viennent prier des lépreuses en kimonos traditionnels, ou encore telle représentation théâtrale des martyrs chrétiens japonais.

Le travail est la deuxième valeur prônée par le père Droüart de Lézey. Une partie du travail est consacrée à la reconstruction après le séisme : travaux de terrassement, de réparation des toits, reconstruction du moulin à eau, reconstruction du magasin de riz en ciment armé, transport de bois de construction, etc. Mais les travaux des champs, la récolte des daïkon, la coupe du foin, la cueillette du thé, la fabrication du charbon de bois, la cuisine, la couture et jusqu’aux travaux de vannerie accomplis par les lépreux aveugles sont là pour démontrer, sinon leur utilité sociale du moins leur capacité à vivre en quasi-autarcie.

Enfin, les loisirs, distractions et relaxations contribuent à l’amélioration de la qualité de vie des lépreux : pièces de théâtre, fanfare, séances de cinématographe, loterie de Noël, excursions en montagne et pique-niques.

Ci-dessus, album photographique des Missions étrangères de Paris.

Au-delà de ces trois aspects érigés en vertus cardinales de la vie quotidienne dans la léproserie, les albums photographiques rejoignent les brochures dans leur volonté d’insister sur les difficultés économiques et, plus encore, sur l’humanité souffrante des lépreux, afin de susciter sentiments de compassion et actes de charité.

Jérôme van Wijland

Remerciements à Lucie Perrault (Archives des Missions étrangères de Paris) et à Ghislaine Olive (Iconothèque des Missions étrangères de Paris)

Bibliographie :

Bulletin de l’Académie de médecine, 3e série, tome XCIV, 89e année, séance du 7 juillet 1925, p. 765-766.

Droüart de Lézey, Lucien, « La Bienheureuse, céleste pourvoyeuse d’une léproserie japonaise. Communiqué au Carmel de Lisieux en avril 1921. Relation de l’aumônier de la Léproserie de Gotemba », Pluie de Roses, VI, 1919, 1920-1921, 1922, p. 560-561.

Droüart de Lézey, Lucien, Koyama Leper Hospital, Koyama Nr. Gotemba Shizuoka-ken Japan, s.n., [ca 1929].

Me., Un cinquantenaire. Notice historique sur la léproserie de Koyama par un prêtre des missions étrangères de Paris (1889-1939), s.l., s.n., [1939].

Léproserie de Koyama. Shizuoka-Ken. Japon. Album photographique. Jointes : photographies non collées. Jointe : lettre de présentation. Bibliothèque de l’Académie nationale de médecine, Ms 985 (1856) cm.

Léproserie de Koyama. Shizuoka-Ken. Japon. Album photographique. Archives des Missions étrangères de Paris.

Ligneul, Alfred, Verret, Sylvain, L’évangile au Japon au XXe siècle : correspondance et ouvrages de M. Alfred Ligneul, de la Société des Missions Étrangères de Paris Supérieur du Séminaire de Tokio, publiés avec introduction, notes et résumés par l’abbé Sylvain Verret Supérieur du Petit Séminaire de Chartres, Paris, Librairie Vve Ch. Poussielgue, 1904, chapitre XV, p. 310-316.

Marnas, Le Père Testevuide et sa léproserie de Gotemba (Japon), par M. l’abbé Marnas, missionnaire apostolique, Imprimerie Emm. Vitte, 30, rue Condé, Lyon, 1891 (non vidimus).

« La mort d’un grand missionnaire », Les Annales coloniales, 31e année, n° 191, 23 décembre 1930, p. 2.

 

 

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La léproserie de Koyama (1) : le séisme de Kantō

Billet Koyama Petit_journal1er septembre 1923 : vers midi, heure locale, un violent séisme ravage la plaine de Kantō sur l’île de Honshū, au Japon. Il s’avère l’un des plus meurtriers du XXe siècle, après ceux de Messine en 1908 et de Haiyuan en 1920, provoquant directement ou indirectement (tsunami, typhon, incendies, mouvements de panique, exactions contre les populations coréennes, famines, épidémies de choléra) la mort de plus de cent-mille personnes (environ 142 000 en comptant les disparus) et dévastant parmi d’autres les villes de Kanagawa, Shizuoka, Yokohama et Tokyo.

Ce tremblement de terre suscite dans le monde une véritable émotion. Le gouvernement français décide un jour de deuil national, la mise en berne des drapeaux sur les monuments publics et un jour de relâche des spectacles de théâtre ou de cinéma, hommage à une nation alliée de la guerre mondiale.Billet Koyama 1 carte

Ville de Verdun ou de Marseille, Ligue des patriotes ou « travailleurs de Rivesaltes », Comité français de secours aux enfants, Croix-Rouge, Syndicat français des directeurs de cinématographes, commerçants et négociants de l’avenue de l’Opéra, etc., rivalisent de générosité pour aider les victimes du sinistre. Parmi eux, le Syndicat de la presse parisienne qui, « profondément ému des malheurs qui viennent de frapper le Japon et tenant à témoigner sa sympathie au pays dont le drapeau a flotté parmi ceux des nations alliées, a pris l’initiative d’organiser, avec le concours de la presse française, une souscription publique destinée à venir en aide aux victimes de la catastrophe. (…) Le comité du syndicat a décidé, en outre, que, dès que le premier million aura été réuni, il sera employé à l’achat de denrées et d’objets, désignés par l’ambassade du Japon, et dont l’expédition immédiate sera assurée par un bâtiment de l’État que le ministre de la marine voudra certainement affecter à cet usage. » (Le Temps, 63e année, n° 22681, 13 septembre 1923, p. 2) Billet Koyama 3 souscripteurs r

Théodore Tuffier, chirurgien à la renommée internationale, agit alors comme mandataire du Syndicat de la Presse française ; il fait parvenir aux sinistrés « un hôpital sous tentes de 500 lits » et distribue les sommes restantes aux établissements d’instruction et de charité français.  À ce titre, il reçoit en guise de remerciements et de « respectueux hommage à la presse parisienne » un album de 70 photos consacré à la Léproserie de Koyama, bénéficiaire des subsides rassemblés, accompagné de 13 photographies supplémentaires et d’une lettre du Dr Ernest Bellet, médecin en chef de la Marine, datée du 3 juin 1925. Lors de la séance du 7 juillet 1925, il le présente et en fait don à l’Académie de médecine.

Billet Koyama 4 Tuffier

(à suivre)

Jérôme van Wijland

 

 

 

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