Les unica de la Bibliothèque – I. A Treatise of Midwifry

Un unicum est un livre dont un seul exemplaire est répertorié. Nous présenterons dans cette rubrique des ouvrages conservés par la Bibliothèque de l’Académie nationale de médecine qui ne se trouvent ni dans les autres bibliothèques relevant de l’enseignement supérieur et de la recherche ni à la Bibliothèque nationale de France. Sélectionnés pour leur rareté, ces ouvrages sont aussi remarquables pour leur intérêt scientifique et intellectuel.

Billet_2017_TreatiseOfMidwifry_PremierePage

A Treatise of Midwifry in three parts, publié dans sa première édition à Dublin en 1742, est l’œuvre de Fielding Ould. Né en 1710 d’une mère irlandaise et d’un père anglais membre de l’armée britannique, Ould a exercé à partir de ses dix-neuf ans et pendant cinq ans comme prosecteur au département d’anatomie de l’École médicale de Trinity College, à Dublin. Il y a développé des compétences en anatomie, mais ce sont surtout les deux années qu’il a passées ensuite à Paris pour apprendre le métier de sage-femme qui lui donnent l’occasion d’observer des accouchements (ce qu’il n’aurait pu faire nulle part ailleurs, note-t-il dans son Traité). A son retour, le College of Physicians de Dublin, à qui il revient d’accorder l’autorisation nécessaire pour exercer, lui ouvre l’accès au métier d’accoucheur.

Billet_2017_TreatiseOfMidwifry_PortraitOuldSon parcours fait d’Ould une figure très singulière : il est « man-midwife », c’est-à-dire homme sage-femme, avant d’être médecin, à une époque où le métier de sage-femme est très peu considéré, mal ou pas du tout enseigné. L’activité d’Ould lui vaudra d’ailleurs les plus grandes difficultés lorsqu’il cherchera à compléter sa titulature par un diplôme médical : car le College of Physicians décide en 1753 que ceux qui pratiquent ou ont pratiqué l’art des sages-femmes ne sauraient postuler pour une licence de médecine… Annobli en 1760, Fielding Ould ne sera licencié en médecine qu’en 1785, à l’âge de 75 ans.

Quoi qu’il en soit de ces difficultés, Ould a connu de son vivant la reconnaissance pour le travail qu’il a accompli à partir de 1759 comme Master of the « Rotunda hospital » de Dublin (fondé en 1745), maternité destinée aux déshéritées, mais aussi en exerçant au service de la noblesse. Le Treatise on Midwifry est son unique ouvrage publié, et fait de lui un des pionniers de l’obstétrique, par sa démarche résolument fondée sur l’observation anatomique et la remise en cause d’autorités anciennes. Il a le grand mérite d’exposer à partir d’observations précises le déroulement de l’accouchement normal. Il décrit ainsi la mécanique du travail de l’accouchement, et rend compte de la position et des mouvements du fœtus. Il en déduit les techniques de délivrance, normales ou exceptionnelles, sans ou avec instruments. Il recommande l’usage d’opiacés contre les douleurs, s’oppose à l’extraction prématurée du placenta, conçoit un perforateur caché dans une gaine, et propose une première description de l’épisiotomie.

La Bibliothèque de l’Académie nationale de médecine un exemplaire de l’ouvrage, dans une édition de 1748. L’ouvrage sera par la suite réédité en 1767.

François Léger

Bibliographie :

Ould, F., A treatise of midwifry in three parts, London, Printed for J. Buckland,…, 1748.

Brody, S. A., « The life and times of Sir Fielding Ould: man-midwife and master physician. », Bulletin of the History of Medicine, 1978, vol. 52, p. 228‑250.

Dunn, P. M., « Bartholomew Mosse (1712–59), Sir Fielding Ould (1710–89), and the Rotunda Hospital, Dublin », Archives of Disease in Childhood – Fetal and Neonatal Edition, 1er juillet 1999, vol. 81, no 1, p. F74‑F76.

Longo, L. D., « Classic pages in Obstetrics and gynecology. Fielding Ould, A treatise of midwifry, in three parts. », American Journal of Obstetrics and Gynecology, 1er avril 1995, vol. 172, no 4, Part 1, p. 1317‑1319.

Siebold, E. K. J. von, Essai d’une histoire de l’obstétricie, traduit par François Joseph Herrgott, 3 vol., Paris,  G. Steinheil, 1891.

Tagués avec : , , ,
Publié dans Non classé

Approches du geste chirurgical (20e-21e siècles). Appel à contributions

Billet_2017_Geste chirurgical2

Veuillez trouver ci-joint l’appel à contributions (Appel à contributions) pour la journée d’étude interdisciplinaire « Approches du geste chirurgical (20e-21e siècles) : histoire, littérature, philosophie, arts visuels », organisée dans le cadre du projet FNS « La figure du poète médecin (20e-21e s) : une reconfiguration des savoirs » (université de Fribourg), qui se tiendra à l’Académie nationale de médecine le jeudi 11 janvier 2018.

Les propositions de contribution (titre et résumé de 15 à 20 lignes, accompagnés d’une bio-bibliographie d’une demi-page) sont à envoyer, pour le 1er octobre 2017 au plus tard, simultanément à :

- Thomas Augais (adresse électronique : thomas [dot] augais [at] unifr [dot] ch) ;

- Julien Knebusch (adresse électronique : julien [dot] knebusch [at] unifr [dot] ch).

Responsables :
Thomas Augais, Julien Knebusch, Jérôme van Wijland

Jérôme van Wijland

Tagués avec : ,
Publié dans Non classé

Jean-Baptiste Perronneau, un portraitiste au siècle des Lumières

Le Musée des Beaux-Arts d’Orléans présente depuis le 17 juin une exposition intitulée Jean-Baptiste Perronneau, portraitiste de génie dans l’Europe des Lumières. L’exposition rend ainsi hommage à un artiste déjà reconnu de son vivant, notamment pour la virtuosité de ses pastels, qui constituent plus de la moitié des œuvres exposées. Élevé près de la Sorbonne, dans le quartier des imprimeurs et des graveurs, Jean-Baptiste Perronneau (1715-1783) s’est formé par le dessin, et, avant son premier portrait au pastel, a réalisé vers la fin des années 1730 des estampes auprès d’un maître graveur parisien. Il connaît le succès avec ses portraits au pastel et à l’huile dans les années 1740, agréé à l’Académie royale de peinture et de sculpture, et exposant ses œuvres au Salon du Louvre.

Billet_2017_Perronneau_PoissonnierC’est une estampe réalisée à partir d’un portrait exécuté en 1755 par Perronneau que la Bibliothèque de l’Académie nationale de médecine est heureuse de prêter dans le cadre de cette exposition. A cette date,  Jean-Baptiste Perronneau a été reçu par l’Académie royale de peinture et de sculpture de Paris et est à l’aube d’une période de voyages à travers toute l’Europe. Quant au personnage dont il exécute le portrait, Pierre Poissonnier, il est alors âgé de 35 ans. Originaire de Dijon, docteur régent à la faculté de médecine de Paris à 26 ans après des études de pharmacie, il vient d’être nommé censeur et professeur royal. Une carrière de médecin militaire, une mission de médecin diplomate en Russie lui valent plus tard les titres et honneurs considérables que la titulature de la gravure, réalisée près de vingt ans après le portrait d’origine,  fait apparaître : membre de l’Académie royale des sciences à Paris, ainsi que de nombreuses sociétés savantes françaises et européennes, inspecteur général des hôpitaux de la Marine en France et aux colonies, médecin consultant du roi. Il a été vice-directeur de la Société royale de médecine dès sa création en 1776.

Affiche de l'exposition d'après le portrait d'Aignan-Thomas Desfriches par Perronneau, © Musée des Beaux-Arts d'Orléans.

François Léger

Informations pratiques :

Exposition « Jean-Baptiste Perronneau. Un portraitiste de génie dans l’Europe des Lumières. » Musée des Beaux-Arts d’Orléans, du 17 juin au 17 septembre 2017. 1 Rue Fernand Rabier, 45000 Orléans (Commissaire de l’exposition : Dominique d’Arnoult). En raison de son succès, l’exposition est prolongée jusqu’au 22 octobre.

Tagués avec : , , ,
Publié dans Non classé

Autour du bleu

Le vendredi 15 septembre 2017 à partir de 14 h 30 se tiendra la quinzième journée du livre médical à l’Académie nationale de médecine, organisée par le professeur Jacques-Louis Binet, secrétaire perpétuel honoraire, par ailleurs membre correspondant de l’Académie des Beaux-Arts et ancien professeur à l’école du Louvre. En voici le programme :

Autour du bleu

Annonce du lauréat du prix Jean Bernard.

Le musée national Picasso-Paris comme musée- « moviment » : l’exposition « Picasso. Bleu et rose » (musée d’Orsay, 2018), Laurent Le Bon.

Peintures d’exorcismes selon Picasso, Jacques-Louis Binet.

Les cardiopathies cyanogènes congénitales, Pascal Vouhé.

Sous le bleu de la mer, Jacques Rougerie.

Les bleus de Matisse, Jacques-Louis Binet.

Le bleu dans la peinture à la bombe, Renk.

Laurent Le Bon est depuis juin 2014 le président du musée Picasso à Paris. Conservateur en chef du patrimoine, diplômé de Sciences Po et de l’Ecole du Louvre, où il a exercé comme professeur, il a dirigé le centre Pompidou-Metz de 2010 à 2014. Auteur de nombreux ouvrages, il a notamment dirigé avec Jean de Loisy et Yves le Fur la publication en 2013 d’Une autre histoire de l’Art, aux éditions La Martinière.

Pascal Vouhé est responsable du service de chirurgie cardiaque pédiatrique à l’hôpital Necker-Enfants malades. Il est membre titulaire de l’Académie nationale de médecine.

JACQUES ROUGERIE

Jacques Rougerie dans une Aquabulle.

Jacques Rougerie est un architecte océanographe, formé à l’École des Beaux-Arts, et membre de l’Académie des Beaux-Arts. Sa passion pour la mer l’a conduit à concevoir habitats sous-marins, laboratoires flottants ou navires à coque transparente. La Fondation Jacques Rougerie – Institut de France soutient des projets explorant des formes écologiques et futuristes d’architecture océanique.

Renk est un peintre issu du street art. Il a d’abord pratiqué le graffiti sur les murs de Rennes, de Cork et de Paris et a connu le succès avec une exposition à Paris en 2012. Les paysages abstraits qu’il crée désormais sur toile à l’aérosol sont exposés dans plusieurs galeries européennes et son travail a également débouché sur des collaborations avec de grandes marques.

"5pm", Renk, 2015, Aérosol sur toile,1,50 x 1,50 cm.

« 5pm », Renk, 2015, Aérosol sur toile, 1,50 x 1,50cm.

Cette manifestation se déroulera dans la salle des séances de l’Académie (1er étage). L’accès en est libre et gratuit.

François Léger

Tagués avec : ,
Publié dans Non classé

Les journées du patrimoine à l’Académie nationale de médecine

salle des séances_2

Salle des séances

Les Journées européennes du patrimoine sont l’occasion pour l’Académie nationale de médecine, comme chaque année, de proposer au grand public une visite guidée. Cette année, l’Académie sera ouverte au public le samedi 16 septembre 2017, à partir de 11h et jusqu’à 17h. Lors d’une visite d’une heure environ, vous pourrez, guidé par un membre de l’Académie nationale de médecine, appréhender l’architecture et les espaces du bâtiment construit en 1902 par l’architecte hospitalier Justin Rochet, notamment la très belle salle des séances, ainsi que les œuvres d’art qui y sont exposées, tableaux d’histoire de la médecine, bustes de médecins célèbres… Vous découvrirez également le rôle et le fonctionnement de cette institution singulière qui conseille le gouvernement en matière de santé publique, promeut la recherche médicale et participe à faire progresser l’art de guérir.

salle de lecture bibliotheque_2

Salle de lecture de la bibliothèque

Au cours de la visite, vous serez reçus à la Bibliothèque le temps d’une présentation de documents allant du XVe au XXe siècle (livres, estampes, radiographies). Nous mettrons en exergue des documents aux formats insolites, de quelques centimètres à plus d’un mètre de haut, la plupart illustrés, en noir et blanc ou en couleurs, selon une technique particulière (gravure sur bois, gravure sur cuivre, lithographie, radiographie).

Le 16 septembre prochain, venez donc à la rencontre d’un patrimoine divers et vivant !

Académie nationale de médecine

16, rue Bonaparte Paris 6e

Entrée libre, 11h-17h

François Léger

Tagués avec :
Publié dans Non classé

Après. Un projet d’Eric Baudelaire

A la suite des attentats du 13 novembre 2015 à Paris, le plasticien et vidéaste Eric Baudelaire ressent le besoin d’interroger les violences du temps présent. C’est le point de départ de l’exposition Après, proposée du 6 au 18 septembre 2017 au Centre Pompidou. L’exposition s’articule autour de la projection du film d’Eric Baudelaire, Also Known As Jihadi, qui tente de retracer le parcours d’un jeune jihadiste français parti en Syrie à travers les lieux où il a vécu et les espaces et les paysages qu’il a traversés.

Crédit photographique : © ADAGP, Paris, 2017

Crédit photographique : © ADAGP, Paris, 2017

Répondant au film, un abécédaire « incomplet, arbitraire et intuitif » conçu par l’artiste plasticien et la commissaire de l’exposition, Marcella Lista, cherche à interroger les événements non pas avec les outils des sciences sociales ou des sciences politiques mais avec ceux de l’histoire de l’art et des idées. Enfin, ce dispositif est complété par une programmation quotidienne de projections de films, de représentations théâtrales et de discussions avec des artistes, des philosophes, des juristes, des psychanalystes, des militants associatifs, des enseignants et des élèves, etc.

Philippe Tissié, Les Aliénés voyageurs : Essai médico-psychologique, Paris, Octave Doin 1887. Cote : 38884 (1)
La lettre H de l’abécédaire d’Eric Baudelaire et de Marcella Lista est pour « Hypnose », un moyen d’accéder aux états altérés de conscience. A cette occasion, la Bibliothèque de l’Académie nationale de médecine prête la thèse de Philippe Tissié consacrée aux Aliénés voyageurs : essai médico-psychologique (Bordeaux, 1887) et, tout particulièrement, au cas d’Albert Dadas.

Jérôme van Wijland

Informations pratiques :

« Après. Un film, une exposition, des rencontres. Expositions ». 6 – 18 septembre 2017. Centre Pompidou, Paris.

Tagués avec : , ,
Publié dans Non classé

Informations sur les horaires – Fermeture estivale

La bibliothèque ferme ses portes à partir du jeudi 27 juillet. Toute l’équipe de la bibliothèque vous souhaite un beau mois d’août, et sera heureuse de vous accueillir à partir du lundi 4 septembre.

Publié dans Non classé

Maurice Sourdille et la chirurgie de la surdité

Dans la perspective du congrès mondial d’ORL, organisé par l’International Federation of ORL Societies (IFOS), qui se tient à Paris du 24 au 28 juin 2017, la Bibliothèque de l’Académie nationale de médecine vient de publier, dans le catalogue collectif Calames, l’inventaire des archives de Maurice Sourdille, généreusement données par le Professeur François Legent, inlassable défenseur de l’histoire de l’ORL et grand contributeur de la page du site de la BIU Santé consacrée à l’oto-rhino-laryngologie en France, avec plus d’une dizaine de contributions à son actif.Billet_2017_Sourdille_H1n36
Maurice Sourdille (1885-1961), suivant la route tracée par ses frères aînés, s’engage dans les études médicales, contribuant à faire de la famille Sourdille une véritable dynastie médico-chirurgicale dans les domaines de l’urologie, de l’ophtalmologie et de l’ORL.Billet_2017_Sourdille_H1n11
Sa vie s’organise autour de quatre points d’attache principaux : Nantes et sa région (sa villégiature de la Bernerie), Aix-les-Bains, Strasbourg et Paris, tout en étant émaillée de voyages et missions professionnels marquants, en Autriche en 1914, en Suède en 1924 ou encore aux États-Unis d’Amérique en 1937, pour ne citer que les plus déterminants pour l’évolution de sa pensée et de sa pratique scientifiques.
Inspiré par les travaux effectués en Suède par Robert Bárány, récipiendaire du prix Nobel en 1914 pour ses recherches sur la physiologie et la pathologie de l’appareil vestibulaire, par Gunnar Hölmgren et par Carl-Olof Nylén, et par leur utilisation de nouveaux instruments optiques, Maurice Sourdille met au point dans les années 1920 et 1930 une nouvelle technique d’opération de la surdité par otospongiose, la tympano-labyrinthopexie, encore appelée fenestration. Après le congrès parisien de 1935 qui consacre ses travaux sur le Traitement chirurgical de l’otospongiose, Maurice Sourdille s’attache à faire connaître sa technique opératoire au niveau international.Billet_2017_Sourdille_H2n9
Ce n’est qu’après la Seconde Guerre mondiale que, nommé professeur à l’université de Strasbourg, Maurice Sourdille peut reprendre sa juste place dans le monde de la recherche. En 1947, il y organise un match l’opposant à George Shambaugh Jr, disciple de Julius Lempert, devant un parterre de spécialistes du monde entier, destiné à confronter leurs techniques opératoires respectives.
La fin des années 1940 et les années 1950 sont celles de sa consécration : outre de nouvelles publications ou des rééditions, il se voit décerner divers prix (ainsi le prix Albert Ier de Monaco et le prix Lermoyez de l’Académie de médecine) et se fait élire à l’Académie nationale de médecine en 1959. Infatigable organisateur, il met en place et anime une Société oto-neuro-ophtalmologique de Strasbourg puis tente d’unifier les structures européennes d’ORL dans une même Organisation européenne de l’otosclérose (OEEO).

Référence : Bibliothèque de l’Académie nationale de médecine, Fonds Sourdille.

Jérôme van Wijland

Tagués avec : , ,
Publié dans Non classé

François Humbert et l’Établissement orthopédique de Morley dans la Meuse

En 1817, François Humbert (1776-1850) ouvre le premier établissement orthopédique français dans le village de Morley (Meuse). Passionné d’anatomie et de mécanique, il y propose de nouveaux traitements de la scoliose et de la luxation congénitale de la hanche.
Billet_2017_Expo_Humbert_1
A l’occasion de ce bicentenaire, le Musée barrois propose une exposition consacrée à ce médecin ingénieux, créateur d’instruments et collectionneur averti. Une quarantaine de ses maquettes orthopédiques ainsi que certaines des pièces de sa collection constituent désormais quelques-uns des chefs d’œuvre du musée de Bar-le-Duc.
Chirurgien militaire, François Humbert se spécialise dans les préparations anatomiques et dans la mise au point d’instruments de dissection. Il s’intéresse notamment aux déviations de la taille et au rachitisme, et est convaincu de la pertinence de l’emploi d’appareils mécaniques pour corriger les déviations de la colonne vertébrale, les scolioses, les luxations de hanche.Billet_2017_Expo_Humbert_2

Il ouvre son établissement orthopédique en 1817 : réservé aux femmes, réputées souffrir plus particulièrement de déviations de la colonne vertébrale et de luxations de la hanche, il accueille jusqu’à une vingtaine de jeunes filles simultanément. Il crée également un atelier où il fait construire ou perfectionner de nombreuses machines orthopédiques pour ses patientes : curopelvimètre, hybomètre, lits et fauteuils orthorachidiques, appareils extenseurs, corsets, etc. Si les années 1836, avec l’attribution du prix Montyon de l’Académie royale des sciences, et 1837, avec l’accession au grade de chevalier de la Légion d’honneur, sont celles de sa consécration, l’expérience tourne court : après la mort en 1844 de son fils unique, docteur en médecine et successeur pressenti, François Humbert ferme son établissement en 1846.

Billet_2017_Expo_Humbert_3
Notable local et homme aux multiples intérêts, il continue parallèlement de proposer de nouveaux instruments et machines agricoles : hache-paille, coupe-racines, lave-légumes… Il collectionne non seulement les pièces d’histoire naturelle et d’anatomie, en particulier d’ostéologie humaine et animale, de coraux, de minéraux, mais également les antiquités et objets d’art : pièces archéologiques gallo-romaines, objets de la Renaissance, collections numismatiques, objets d’art extra-européens…

 

La Bibliothèque de l’Académie nationale de médecine est heureuse de contribuer à cette exposition par le prêt d’une plaque de faïence qui rappelle l’importance des épidémies de variole au début du XIXe siècle et la mission de médecin vaccinateur qui échoyait à François Humbert comme à tant de ses confrères.

 

Billet_2017_Expo_Humbert_4

 

Jérôme van Wijland

 

Informations pratiques :

Exposition « Inventer pour guérir. François Humbert (1776-1850), une aventure médicale meusienne. » Du 20 mai au 24 septembre 2017. Musée barrois, Esplanade du château des ducs de Bar, Rue François de Guise, 55000 Bar-le-Duc.

Bibliographie :

Antoine Desseaux, Étienne Guibert, Michel Pionnier et Marguerite Préau Sido, « La collection de machines orthopédiques de François Humbert (1776-1850), médecin meusien, fondateur du premier établissement orthopédique français », In Situ [En ligne], 31 | 2017, mis en ligne le 22 février 2017, consulté le 15 mai 2017. URL : http://insitu.revues.org/14064 ; DOI : 10.4000/insitu.14064

Bluenn Boulangé, Antoine Desseaux, Sébastien Milleville et al., Inventer pour guérir : François Humbert (1776-1850), une aventure médicale meusienne : Exposition au Musée barrois, Bar-le-Duc du 20 mai au 24 septembre 2017, Bar-le-Duc : Edition de la commaunauté d’agglomération, 2017
Cote à la Bibliothèque de l’Académie nationale de médecine : 100850 (88)

 

Tagués avec : , , , ,
Publié dans Non classé

Sport et alimentation durant l’Occupation : le cas du docteur Philippe Encausse

La Bibliothèque de l’Académie nationale de médecine vient de faire l’acquisition d’un dossier documentaire du plus grand intérêt historique. Datant des années 1943-1944, il est l’œuvre du docteur Philippe Encausse, alors membre du Bureau médical du Commissariat aux sports, médecin-chef de fédération sportive (et ancien champion universitaire d’athlétisme), et documente un débat qui a eu lieu en partie au sein même de l’Académie nationale de médecine dans les années 1942-1943, débat relatif à la justification de la pratique sportive en France, dans le contexte d’un rationnement alimentaire rigoureux.

Billet_2017_Encausse_EnfantsLa polémique sur le sport se développe à partir de 1941, dans le cadre plus général des préoccupations de l’Académie de médecine au sujet des effets du rationnement sur la santé de la population française. L’Académie, consciente de sa responsabilité en matière de santé publique, a créé en septembre 1940 une Commission du rationnement alimentaire au sein de laquelle siègent des opposants à l’occupant ou au régime tels que Georges Duhamel, Gustave Roussy, André Mayer, Robert Debré et Charles Richet fils. Ce dernier est l’auteur d’un rapport présenté le 27 janvier 1942, dans lequel il juge que les exercices physiques doivent être limités en période de restrictions alimentaires, résumant sa pensée par cette formule vigoureuse : « le sport, c’est le pain des autres ». Dans ce débat sur la place à donner aux activités sportives, l’Académie, qui multiplie les alertes adressées au gouvernement et les prises de positions sur l’insuffisance du régime alimentaire des français, accompagne la discussion plus qu’elle ne la tranche.

Billet_2017_Encausse_AvironLe rapport de Charles Richet fils (précédé de ceux de Rathery, Tanon et Dalimier, Le Noir, au cours de l’année 1941) a en effet suscité de vives réactions de la part des milieux sportifs et du Secrétaire d’Etat à l’Education nationale et à la jeunesse, à la demande duquel un échange de vue a lieu entre des représentants de la Commission du rationnement et des médecins spécialisés du Secrétariat d’Etat, dont fait partie Philippe Encausse. La concertation débouche sur une prise de position plus conciliante de l’Académie, lors de la séance du 17 mars 1942. L’année suivante, en 1943, cette « hauteur de vue », que le docteur Encausse reconnaîtra à l’Académie, la conduit même à lui accorder le prix A. J. Martin, pour un mémoire daté de février 1943 et intitulé « Influence des sports et de l’éducation physique sur la jeunesse en présence de l’alimentation actuelle ». À sa demande et par une lettre datée d’août 1943, elle lui donne de plus le droit de faire porter sur un article à paraître basé sur le mémoire la mention « ouvrage couronné par l’Académie de médecine », et ce 4 mois avant la proclamation du Prix (document ci-dessous).

 

C’est là un exemple des pièces rassemblées dans le dossier du docteur Encausse dont la Bibliothèque de l’Académie a fait l’acquisition récente. Celui-ci fournit ainsi de nombreux et précieux détails sur les différentes versions sous lesquelles le mémoire a été publié, et rassemble surtout un grand nombre de documents sur sa réception dans les milieux sportifs et médicaux. On y trouvera des éléments relatifs à l’histoire de la publications du texte, tirés-à-part ou coupures des différentes versions publiées, correspondance et réactions de lecteurs, mais aussi d’éditeurs : on y lira ainsi des lettres émanant de différentes administrations ou de particuliers réagissant aux idées ou faits présentés, ou demandant l’envoi de la brochure en vue de sa diffusion. Car l’intérêt suscité est large, comme en témoigne par exemple ce résumé paru dans la revue « L’Usine » du 22 juillet 1943, dans la rubrique « Le médecin à l’Usine », évoquant la situation des apprentis, ou encore cette demande de précision émanant de l’inspecteur des Écoles d’apprentissages des mines de fer de l’Est. Les pièces relatives à la réception du texte sont nombreuses et variées : à côtés de très nombreuses coupures de presse manifestement collectées avec soin, on pourra ainsi lire la transcription dactylographiée d’une chronique radiophonique du journaliste sportif Jean Dauven diffusée sur Radio-Paris.

 François Léger

Billet_2017_Encausse_Course

Bibliographie

- Encausse, Philippe, « Influence de l’éducation physique et sportive sur la jeunesse en fonction de l’alimentation actuelle », Éducation générale et sport, supplément au no. 6, avril-mai-juin 1943.

- Encausse, Philippe. Influence de l’éducation physique et sportive sur la jeunesse en fonction de l’alimentation actuelle. (Bibliothèque de l’Académie nationale de médecine, Acad. Med. – Prix – A. J. Martin 1943 n°1)

- Encausse, Philippe, Éducation physique et sous-alimentation, Influence de l’éducation physique et sportive sur la jeunesse en fonction de l’alimentation actuelle, Paris, éd. Henri Dangles, 1944.

- Encausse, Philippe, Éducation physique et sous-alimentation, Bibliothèque de l’Académie nationale de médecine,  Ms 1157 (2028) dg.

- Richet, Charles, « Sur la limitation temporaire des exercices physiques pendant la période des grandes restrictions alimentaires », Bulletin de l’Académie de médecine, vol. 126, 1942, p.72-75.

- Bueltzingsloewen, Isabelle von,  « Rationing and Politics : The French Academy of Medicine and Food Shortages during the German Occupation and the Vichy Regime », in Ina Zweiniger-Bargielowska, Rachel Duffett and Alain Drouard (ed.), Food and War in Twentieth Century Europe, Farnham, Burlington, Ashgate, 2011, p. 155-168.

 

 

Tagués avec : , , ,
Publié dans Non classé