Du détail à l’infini

Le vendredi 16 septembre 2016 à partir de 14h30 se tiendra la quatorzième journée du livre médical à l’Académie nationale de médecine, organisée par le professeur Jacques-Louis Binet, secrétaire perpétuel honoraire, par ailleurs membre correspondant de l’Académie des Beaux-Arts et ancien professeur à l’école du Louvre. En voici le programme :

Du détail à l’infini

Annonce du lauréat du prix Jean Bernard.

Le détail d’après l’œuvre de Daniel Arasse, Jacques-Louis Binet.

Invisibles et sublimes infinis en peinture, Paul Vert.

L’infini en peinture selon Pierre Schneider et Kasimir Malevitch, Jacques-Louis Binet.

Le travail de l’infini, Michel Blay.

Extrait du spectacle « L’autre Galilée », Cesare Capitani.

Kasimir malévitch, quadrato nero, 1923-30

Kasimir Malevitch, Carré noir, 1923-1930

Paul Vert est professeur émérite de pédiatrie à la Faculté de médecine de Nancy, membre de l’Académie nationale de médecine. Il a mené ses recherches en biologie du développement et en pharmacologie clinique périnatale. Passionné d’art, il a présidé l’association Emmanuel Héré des amis du musée des Beaux-arts de Nancy dont il a également longtemps dirigé la revue Péristyles.

Michel Blay est historien et philosophe des sciences, directeur de recherche émérite au CNRS. Parmi ses très nombreux ouvrages, citons : Les raisons de l’infini. Du monde clos à l’univers mathématique, Paris, Gallimard-Essais, 1993 ; La naissance de la science classique au XVIIe siècle, Paris, Nathan, 1999 ; Penser avec l’infini de Giordano Bruno aux Lumières, Paris, Vuibert, 2010 ; La chair vive et la beauté de l’exister. Quatre chapitres sur l’infini dans le fini, Paris, Jean Maisonneuve, 2015.

Affiche du spectacle "L'autre Galilée" de Cesare Capitani

Affiche du spectacle « L’autre Galilée » de Cesare Capitani

Cesare Capitani est comédien, auteur et metteur en scène de théâtre. Originaire de Milan, diplômé de l’École du Piccolo Teatro, créée par Giorgio Strehler, il vit et travaille à Paris depuis près de 20 ans. Il a mis en scène La Traversée de la Nuit de Geneviève de Gaulle-Anthonioz ainsi que Pinocchio, adapté du conte de Carlo Collodi. Il est l’auteur et l’interprète principal de Moi, Caravage, inspiré du roman La Course à l’Abîme de Dominique Fernandez. Il propose aujourd’hui L’Autre Galilée, sur une mise en scène de Thierry Surace, un portrait inattendu et surprenant du savant italien Galileo Galilei.

Cette manifestation se déroulera dans la salle des séances de l’Académie (1er étage). L’accès en est libre et gratuit.

Jérôme van Wijland

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Insolite ? III. De l’architecture théâtrale à l’Académie de médecine

En cette période de festivals (théâtre, musique, danse…), nous avons décidé de présenter, grâce à notre rubrique « Insolite ? », un document dont le contenu ne touche pas à la médecine : il s’agit du Parallèle de plans des plus belles salles de spectacles d’Italie et de France, avec des détails de machines théâtrales, album in-folio composé par Etienne Gabriel Martin Dumont dans les années 1760-1770.

Élève de Jean Aubert (1680-1741), E. G. M. Dumont (1720-1791) obtient le troisième prix de l’Académie royale d’architecture en 1736 avec pour sujet « une superbe maison de campagne avec toutes ses dépendances ». En 1737, c’est au Grand Prix de Rome qu’il accède avec « deux dessins d’escaliers, l’un pour un hôtel ordinaire et l’autre pour un palais magnifique ». Il séjourne ainsi en Italie, à Rome, en tant que pensionnaire à l’Académie de France, et y retourne en 1750, cette fois à Paestum, avec Jacques Germain-Soufflot. Dans l’entourage de ce dernier, il se fait connaître comme architecte signant plusieurs réalisations, tels le théâtre de Brest (1766), le jardin du président Antoine de Gasq au château de Mongenan à Portets ou encore un immeuble rue de Tournon à Paris. Il est reçu à l’Académie de Saint-Luc à Paris en 1746 et à l’Académie des Beaux-arts de Bologne en 1750.

S’intéressant à l’architecture théâtrale, il s’associe aux études de Nicolas Marie Potain (1723-1790) sur ce sujet et produit le recueil que la Bibliothèque de l’Académie de médecine possède.

Théâtre de LyonCet album comprend 64 planches gravées sur cuivre, accompagnées de légendes. Il présente des plans de théâtres de France (Lyon, Metz, Montpellier, Nancy…) et d’Italie (Naples, Parme, Rome, Turin, Vicence…), mais aussi, contrairement à ce qu’indique le titre, des plans de théâtre à Berlin, Londres, Madrid… Les vues proposées sont très diverses : vues en plan, coupe ou élévation du théâtre, de la salle ou d’une partie de la salle ; vues de la décoration intérieure, de la charpente, de la machinerie, des cintres et des dessous…. Cette diversité de vues, associée à la précision des gravures, permet de rendre compte de la complexité et de la modernité de l’architecture intérieure des théâtres du XVIIIe siècle dont il reste, aujourd’hui encore, des témoignages telle la salle Richelieu occupée par la Comédie-Française.

Temple des Arts

 

A ces plans de théâtre existants, E. G. M. Dumont ajoute une vingtaine de planches de projets de constructions, des salles de spectacles et de concerts, ainsi que plusieurs plans de son Temple des arts, projet d’inspiration classique qui lui ouvre les portes de l’Académie de Saint-Luc.

 

 

Ce livre appartenait à Alexis Dureau (1831-1904) comme l’indique l’ex-libris collé sur le contreplat. Alexis Dureau a été bibliothécaire adjoint à l’Académie nationale de médecine de 1876 à 1886, puis bibliothécaire, responsable de la bibliothèque de 1886 à 1904. La Bibliothèque possède un certain nombre d’ouvrages lui ayant appartenu.

Anaïs Dupuy-Olivier

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Dominique Jean Larrey (1766-1842), grande figure de la chirurgie de guerre

Académie Nationale de Médecine

Il y a 250 ans naissait, dans les Pyrénées, Dominique Jean Larrey, éminent chirurgien de l’épopée napoléonienne.

Attiré très jeune par la médecine, il décide de suivre les traces de son oncle Alexis Larrey, chirurgien en chef de l’hôpital de La Grave à Toulouse. Il débute sa formation auprès de lui et la poursuit à Paris, après un passage par l’école de médecine et de chirurgie de Brest et une expédition sur la frégate La Vigilante.

Peu après son arrivée à Paris, Dominique Jean Larrey est pris dans la tourmente révolutionnaire. Chirurgien de l’armée du Rhin en 1792, il est rapidement remarqué par Napoléon Bonaparte qu’il accompagne dans toutes ses expéditions jusqu’à la chute de l’Empire en 1815 : en Italie, en Egypte, à Trafalgar, en Autriche, en Espagne, en Russie… A chaque fois, Larrey fait preuve d’une implication et d’un engagement exceptionnels auprès des blessés, tout en mettant en place une organisation médicale de premier ordre sur le front et à l’arrière dans les hôpitaux. C’est lui qui invente les ambulances volantes allant au secours des blessés sur le champ de bataille et permettant ainsi une prise en charge des blessés plus rapide et efficace : ce sont les ancêtres du S.AM.U.

ART5_Statue de DJLarrey par Pierre-Alfred RobinetTrès vite, Napoléon Bonaparte le distingue en le nommant chirurgien en chef de la Garde des consuls (1802), puis de la Garde impériale (1805) et enfin de la Grande Armée (1812), ou encore en le nommant inspecteur général du service de santé des armées. En 1804, Dominique Jean Larrey est un des premiers à recevoir la Légion d’honneur dont il atteint le grade de commandeur en 1807.

Parallèlement à cette carrière militaire, Larrey soutient sa thèse Dissertation sur les amputations des membres à la suite des coups de feu en 1803, devenant le premier docteur en chirurgie. Nommé chirurgien en chef de l’Hôpital de la Garde, il y exerce entre deux campagnes.

La chute de l’Empire marque un arrêt dans sa carrière, mais jusqu’à la fin de sa vie Larrey reste actif : chirurgien de l’hôpital du Gros Caillou, chirurgien en chef de l’Hôtel Royal des Invalides, enseignement, rédaction de ses mémoires, mission pour visiter les hôpitaux d’Algérie… Dans cette seconde partie de sa vie, il voit aussi son travail et ses talents récompensés par plusieurs distinctions : présidence de la Société de médecine de Paris en 1806, nomination parmi la « première promotion » de membres de l’Académie royale de médecine en 1820, élection à l’Académie des sciences en 1829…

Ms 843(1714) n°10_Rapport de DJ Larrey_19.08.1809L’importance de Dominique Jean Larrey dans le domaine de la médecine militaire est incontestable (ambulances volantes, amputations rapides, hygiène sur le champ de bataille…) et a été reconnue par ses contemporains, de même que son sens de l’engagement auprès des blessés et son esprit « humanitaire ». Il reste une grande figure de la médecine française comme en atteste l’Académie de médecine. En effet, dans cette institution, on peut admirer une statue en pied de Larrey dans le hall d’entrée, faisant face à celle de Nicolas Desgenettes, premier médecin de Napoléon 1er, ainsi qu’un tableau de Charles Louis Müller représentant Larrey opérant sur le champ de bataille, vraisemblablement en Egypte. Enfin, depuis 1984, la Bibliothèque de l’Académie de médecine conserve une urne contenant une partie des entrailles de Larrey. Elle a été offerte par le Val-de-Grâce où ces entrailles ont été retrouvées dans une crypte de l’église en 1980. Les collections de la Bibliothèque abrite d’autres documents de et sur Larrey, accessibles à la consultation : lettres, rapports de sa main, livres, dossier biographique….

Anaïs Dupuy-Olivier

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Une jeune Amérique : John Adams, Benjamin Franklin, etc.

A l’occasion du Committee on Human Gene Editing: Scientific, Medical and Ethical Considerations, que l’Académie américaine des sciences et l’Académie américaine de médecine ont tenu le 29 avril 2016 à l’Académie nationale de médecine à Paris, la Bibliothèque de l’Académie nationale de médecine a présenté une sélection de documents illustrant les relations franco-américaines dans les années 1780 et 1790, que nous vous proposons de découvrir ici.

John Adams et les relations médico-chirurgicales entre la France et les États-Unis  :

En 1779 John Adams (1735-1826), futur vice-président puis président des États-Unis d’Amérique, est nommé ministre plénipotentiaire et chargé de négocier un traité de paix avec l’Angleterre. Il s’installe pour la deuxième fois en France à partir de février 1780. Au début de l’année 1783, il établit pour le compte du Collège de médecine de la Nouvelle-Angleterre à Boston des relations avec les deux principales sociétés médicales royales de France, l’Académie royale de chirurgie et la Société royale de médecine.

La Société royale de médecine : le climat new-yorkais et Benjamin Franklin : 

La Société royale de médecine, fondée par lettres patentes en 1778 mais qui existe déjà depuis 1772 sous le couvert de diverses commissions royales spécialisées, est très impliquée dans la surveillance du climat. Elle a tissé un réseau de membres correspondants établis en province qui, trois fois par jour établissent des relevés thermométriques et barométriques, notent l’état du ciel, dressent une nosographie humaine et animale de leur lieu de résidence. Certains sont même établis à l’étranger, comme en témoigne le relevé du temps qu’il fait à New York le 3 septembre 1783, jour de la signature du traité de Paris qui sanctionne l’indépendance du jeune État américain. Les représentants américains en étaient John Adams, Benjamin Franklin et John Jay.

La Société royale de médecine puise sa force dans un réseau de membres et de correspondants : officiers, associés ordinaires, associés libres, associés régnicoles mais également associés étrangers. Benjamin Franklin est le premier de ces associés étrangers, élu en août 1776.

En 1784, quelques membres de la Société royale de médecine, parmi lesquels Benjamin Franklin ou encore l’actif secrétaire perpétuel Félix Vicq d’Azyr, viennent inspecter un nouvel établissement de bains, ouvert sur le quai d’Orsay par un certain Albert. Après en avoir décrit la disposition et le fonctionnement, ils donnent leur approbation : « sous tous ces points de vue, l’établissement du sieur Albert mérite la reconnaissance du Public, l’approbation des Médecins & la protection du Gouvernement ». « Une chose importante à remarquer, ajoutent-ils, & qui fait honneur à l’Entrepreneur de cet établissement, c’est que les Pauvres dont les maladies ne peuvent être guéries que par les bains ou les douches simples, trouveront dans cet endroit deux pièces qui leur sont destinées. »

Dans une lettre antérieure à Félix Vicq d’Azyr, Benjamin Franklin aborde la question des exhumations et des sépultures, une thématique chère à Vicq d’Azyr qui préconisait de rejeter les cimetières hors des enceintes des villes.Dans l’une, Franklin se fait l’écho de ce qui ressemble à une « malédiction des pharaons » avant l’heure ! : « About the Year 1763 or 1764 several physicians of London, who had been present from curiosity at the dissection of an Egyptian mummy, were soon after taken ill of a malignant fever, of which they died. »

Médailles et médaillons commémorant la naissance de Benjamin Franklin :

Au revers de la médaille commémorant le bicentenaire de la naissance de Benjamin Franklin, l’Histoire, assise sur son trône, tient un bouclier sur lequel elle inscrit en latin la formule de Turgot sur Franklin : « Il arracha au ciel sa foudre, au tyran son sceptre. » Au pied du trône, trois allégories représentent les contributions de Franklin à la Littérature, à la Science et à la Philosophie. La médaille fut gravée par le frère cadet du sculpteur Augustus Saint-Gaudens, le sculpteur américain Louis St-Gaudens (1854-1913), puis fabriquée par Tiffany and Company en 150 exemplaires pour être distribués, 100 par le président Theodore Roosevelt, 50 par l’American Philosophical Society à Philadelphie.

Quant à la médaille commémorant les 250 ans de la naissance de Benjamin Franklin, elle a été conçue pour rendre hommage aux académies et sociétés scientifiques sans lesquelles Franklin n’aurait pu accomplir son œuvre scientifique. Elle porte au revers une formule de Franklin figurant dans une lettre qu’il écrivit à Samuel Johnson, le 23 août 1750 : « Les hommes sages et bons font la force d’une nation » (et Franklin continuait ainsi : « bien plus que la richesse ou les armes »).

Enfin, le médaillon en cuivre repoussé, de 33 cm de diamètre, est l’oeuvre de Julio Kilenyi (1885-1959). Né en Hongrie, il émigre tout d’abord à Buenos Aires avant de se fixer à New York en 1916. Sculpteur et médailleur, il acquiert une certaine renommée pour ses plaques et médailles commémoratives d’Américains célèbres (Charles A. Lindbergh, Thomas A. Edison, les presidents Calvin Coolidge et Herbert Hoover, Mark Twain, le général Pershing). Il est aussi connu pour avoir réalisé l’affiche officielle et la médaille des Jeux olympiques de Los Angeles en 1932.

Docteur des Français de New York :

AMERICA 16

Sollicité pour examiner la citoyenne Hauterive, résidant à New York, le Dr Gaubert lui découvre une tumeur à l’utérus qu’il estime incurable. Il recommande dès lors une vie « qui ne soit troublée ni par la fatigue du corps ni par les agitations de l’esprit ». Le certificat est contresigné par Jean Antoine Bernard Rozier, vice-consul de la jeune République française à New York. En poste depuis juin 1795, il le restera jusqu’à sa révocation en juillet 1798, sur décision du président John Adams lors de l’affaire XYZ qui débouchera sur la quasi-guerre entre les États-Unis et la France.

 

 

 

 

Documents (dans l’ordre de présentation) :

Extrait des registres de l’Académie de chirurgie du jeudi 6 mars 1783. [Paris] : [s.n.], [1783]. 1 f. ; In-4 [20580 (40)]

Lettre de John Adams à Félix Vicq d’Azyr. 28 février 1783. Manuscrit. 1 f. [SRM 204 d18 n° 1]

Observation météorologique faite à New York par M. Retif de la Serve. Manuscrit. [SRM 169 d16]

Reproduction de la plaque commémorative du Traité de Paris, au 56, rue Jacob, Paris 6e.

Histoire de la Société royale de médecine. Année 1776. A Paris, de l’Imprimerie de Philippe-Denys Pierres,… ; chez Didot le jeune,…, 1779. Imprimé. [92466, tom. I]

Extrait des Registres de la Société Royale de Médecine, A Paris, chez P. G. Simon & N. H. Nyon, Imprimeurs du Parlement, rue Mignon, 1784. Imprimé. 8 p. [SRM 201 d10 n° 2 bis]

Lettre de Benjamin Franklin à Félix Vicq d’Azyr. Passy, 20 juillet 1781. Manuscrit. 2 f. [SRM 164 d10 n° 2]

Médaille commémorative, gravée par Louis St-Gaudens, fondue par Tiffany and Co pour le Congrès des États-Unis d’Amérique, 1906. Médaille en bronze à patine verte. Diamètre : 10 cm. Don American Philosophical Society, 1906 [médaille 0297]

Médaille commémorative, pour le Congrès des États-Unis d’Amérique, 1956. Médaille en bronze. Diamètre : 7,5 cm. Don Congrès et peuple des États-Unis d’Amérique, remise par Theodore C. Achilles, ministre plénipotentiaire, 17 janvier 1956 [médaille 0298]

Portrait de Benjamin Franklin, par Julio Kilenyi. Médaillon en cuivre repoussé. Diamètre 33 cm. Don Poor Richard Club, remis à l’Académie par M. le Président emeritus Roy Weeks, remplaçant M. Robert Salberg, Président de la Chambre de Commerce américaine en France, 18 décembre 1956 [ART 134]

Hilaire Gaubert. Certificat médical. New York le 6 ventôse de l’an 5e de la République française une et indivisible (= 24 février 1797) [Dossier biographique Gaubert, Hilaire]

 

 Jérôme van Wijland

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Parution : une histoire du don de sperme

L’entrée du fonds des Centres d’étude et de conservation des œufs humains et du sperme (Cecos) dans les collections de la Bibliothèque de l’Académie nationale de médecine en octobre 2011 a constitué sans nul doute un événement archivistique : le médecin ou le biologiste, l’historien contemporanéiste, le sociologue, le philosophe, le juriste ou encore le journaliste, peuvent ainsi mieux appréhender les conditions d’élaboration et de fonctionnement du Cecos Bicêtre, de ses épigones et de la Fédération, tout comme les débats que l’institutionnalisation du don de gamètes a provoqués en France, depuis les années 1970.

À la faveur de ce don, des entretiens avec le Professeur Georges David ont été menés par Fabrice Cahen, historien, chargé de recherches à l’Institut national d’études démographiques et Jérôme van Wijland, conservateur des bibliothèques et directeur de la Bibliothèque de l’Académie nationale de médecine. Ils conduisent aujourd’hui à la parution d’un livre, Inventer le don de sperme Entretiens avec Georges David, fondateur des Cecos, aux éditions Matériologiques.

Cahen, Fabrice, Van Wijland, Jérôme, Inventer le don de sperme : entretiens avec Georges David, fondateur des Cecos, Paris, Éditions Matériologiques, 2016 (Épistémologie de la médecine et du soin ; 1)

À travers la trajectoire du Pr Georges David, fondateur en 1973 du premier Cecos, en réponse à la stérilité conjugale involontaire d’origine masculine, il s’agit de comprendre l’apparition d’un espace professionnel spécialisé, la mise en place d’un ensemble de pratiques et de savoir-faire, ainsi que les conditions ayant permis la reconnaissance du système par les pouvoirs publics. Chemin faisant, le lecteur est invité à découvrir sous un angle inédit ce que fut le monde médico-hospitalier et biomédical en pleine mutation des décennies de l’après-guerre. Georges David, membre de l’Académie nationale de médecine et membre correspondant de l’Académie des sciences, ancien membre du Comité consultatif national d’éthique, témoigne de cet itinéraire singulier.

Fabrice Cahen & Jérôme van Wijland, Inventer le don de sperme : entretiens avec Georges David, fondateur des Cecos, Paris, Éditions Matériologiques, 2016 (Épistémologie de la médecine et du soin ; 1)

En tant que coauteur de ce livre d’entretiens, je tiens à souligner l’évident lien d’intérêt avec la rédaction de ce billet d’actualité.

 

Jérôme van Wijland

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Insolite ? – II. Le Talmud

La rubrique « Insolite ? » propose des documents dont la présence dans notre bibliothèque peut paraître au premier abord incongrue mais se justifie in fine.

Dans les rayonnages de la Bibliothèque de l’Académie nationale de médecine, figure un volume du Talmud de Babylone renfermant les traités Niddah et Taharoth, sous la cote 10453.

Le Talmud de Babylone
Le Talmud constitue le commentaire encyclopédique des commandements religieux contenus dans la Bible hébraïque. Il est composé de la Mishna, un recueil d’enseignements oraux ainsi que de récits homilétiques en langue hébraïque des rabbins palestiniens compilés vers le IIe siècle après J.-C., qu’accompagne un commentaire explicatif, la Guemara, reprenant les enseignements en araméen des rabbins des écoles de la Babylonie et clos au VIe siècle après J.-C.
La première édition complète du Talmud de Babylone, imprimée à Venise entre 1520 et 1523 par Daniel Bomberg, en fixe définitivement la mise en page, la foliotation et la typographie.
Au centre de la page, la Mishna et la Guemara – quand elle existe. Dans la marge intérieure, les commentaires de l’exégète Rachi de Troyes (1040-1105). Dans la marge extérieure, les commentaires de ses descendants ou disciples, les Tossafistes. En marge de ces marges, d’autres commentaires encore.

Page du traité Niddah (Bibliothèque de l’Académie nationale de médecine, 10453)
Talmud, traité NIddah (10453) Talmud, traité Niddah (10453)

 

La Mishna est divisée en six ordres, traitant de thèmes donnés (les prières, les fêtes, le mariage, les lois alimentaires, etc.), chacun étant composé de plusieurs traités. Le dernier de ces six ordres, l’ordre Taharot, relatif aux lois de pureté rituelle, comporte 12 traités. Ce sont deux de ces traités que le volume conservé à la Bibliothèque de l’Académie nationale de médecine contient : le traité homonyme Taharot, qui traite des formes d’impureté mineures, en particulier alimentaire (nourriture, boissons, fabrication de l’huile d’olive, etc.), y est précédé du traité Niddah consacré aux lois liées à la menstruation.

Éditer le Talmud à l’époque moderne
Le nombre d’éditions complètes du Talmud est relativement limité : après celle de Venise, on décompte une édition à Bâle (1578-1580), à Cracovie (1603-1605), à Lublin (1617-1622) puis à Amsterdam (1644).
Les Juifs n’ont alors pas le droit de posséder une presse à imprimer. La première impression hébraïque de Berlin est due à un chrétien, Daniel Ernest Jablonski (1660-1741) qui emploie des ouvriers juifs. C’est grâce à son avis favorable que Frédéric Ier de Prusse donne à Michael Gottschalk, imprimeur de Francfort-sur-l’Oder et à Johann Christoph Beckmann, professeur de théologie à l’université de la même ville, l’autorisation de publier le Talmud. Gottschalk et Beckmann impriment alors le Talmud de Francfort-sur-l’Oder (1697-1699). Plus tard, Gottschalk associé avec Jablonski impriment le premier Talmud de Francfort-sur-l’Oder et Berlin (1715-1722), édition à laquelle appartient le volume conservé à la Bibliothèque de l’Académie, daté de 1721/22. Dans une reliure du XVIIIe siècle, l’ouvrage comporte une marque de possession, en hébreu, dans une écriture ashkénaze des XVIIIe-XIXe siècles caractéristique de la communauté juive d’Alsace et de Lorraine.
S’il existe relativement peu d’éditions complètes du Talmud, il existe une production plus importante de traités individuels du Talmud imprimés en caractères hébraïques : d’un coût de production et d’achat bien évidemment moindre, ils permettent de combler les besoins des écoles talmudiques locales tout en faisant l’objet d’un contrôle politique moins scrupuleux. Ainsi, entre 1700 et 1750, environ 120 traités individuels sont imprimés en hébreu. Néanmoins, le traité Niddah ne fait l’objet que d’une seule impression d’après le recensement effectué par Marvin J. Heller, un in-folio imprimé en 1725 à Fuerth par Bonaparte Schneur (Fuerth figure en troisième position pour le nombre de traités individuels imprimés pendant le premier XVIIIe siècle, loin derrière Amsterdam et sa presque voisine Wilhermsdorf mais devant Berlin).

Le traité Niddah
Les lois liées à la menstruation imposent à toute femme mariée, considérée comme impure au moment et après ses règles, de s’en purifier par un bain rituel avant de pouvoir avoir des relations sexuelles avec son mari. Ces ablutions peuvent avoir lieu dans des sources naturelles ou bien, le plus souvent, dans une piscine construite exprès, le mikveh. A la construction de ce mikveh comme aux conditions et pratiques qui entourent la purification sont associées un ensemble de normes strictes décrites dans le traité Niddah.

Montpellier Mikveh

La menstruation y est présentée comme l’une des malédictions d’Ève : pour avoir versé par anticipation le sang d’Adam, en le rendant mortel, elle doit expier son crime en saignant et avec elle, toutes les autres femmes.
A la période d’ « impureté » des femmes sont également associées toute une série de croyances liées à la génération. Ainsi, les enfants conçus durant les règles seraient malformés, malades, handicapés, susceptibles d’avoir la lèpre ou encore pourvus de caractères psychologiques négatifs. C’est au même ordre d’idées qu’il faut attribuer la croyance selon laquelle le fœtus prendrait l’apparence des images ayant impressionné la femme, « très sensible et très érotisée » (Evyatar Marienberg, p. 251) à la sortie du bain rituel. Croyance qu’on retrouve hors du monde juif et que la littérature médicale éclairée du XVIIIe siècle va s’attacher à détruire par de nombreuses publications sur le pouvoir de l’imagination des femmes enceintes.
Savoir d’où provient et par quel truchement ce livre est parvenu dans les collections de la Bibliothèque de l’Académie reste éminemment hypothétique. Tout au plus peut-on présumer que son propriétaire avait une bonne connaissance de l’hébreu, un Juif ou peut-être un protestant, qu’il était peut-être originaire de l’Est de la France, enfin qu’il s’intéressait aux menstrues et à la génération, comme le ferait un obstétricien.

Jérôme van Wijland

Remerciements à Laurent Héricher (BnF) et à Jean-Claude Kuperminc (Alliance israélite universelle), toute erreur m’étant entièrement imputable.

Bibliographie :

Chiarini, Luigi, Le Talmud de Babylone traduit en langue française et complété par celui de Jérusalem et par d’autres monumens de l’antiquité judaïque, 2 vol., Leipzig, J.A.G. Weigel, 1831

Heller, Marvin J., Printing the Talmud: a history of the individual treatises printed from 1700 to 1750, Leiden, Boston (Mass.), Köln, Brill, 1999 (Brill’s series in Jewish studies, 21)

Marienberg, Evyatar, Niddah : lorsque les juifs conceptualisent la menstruation, Paris, Les Belles lettres, 2003

Nizard, Sophie, « Evyatar Marienberg, Niddah. Lorsque les juifs conceptualisent la menstruation », Archives de sciences sociales des religions [En ligne], 140 | octobre – décembre 2007, document 140-59, mis en ligne le 02 juillet 2008, consulté le 28 janvier 2016. URL : http://assr.revues.org/11243

Ouaknin, Marc-Alain, Invitation au Talmud, Paris, Flammarion, 2001 (Dominos ; 224)

Sirat, Colette, « Le Talmud : le texte et les livres », in Le livre et l’historien : études offertes en l’honneur du Professeur Henri-Jean Martin, Genève, Droz, 1997 (Histoire et civilisation du livre ; 24), p. 47-67

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Informations sur les horaires – ponts de mai

Du fait des jours fériés du mois de mai, la bibliothèque sera fermée aux dates suivantes :

- jeudi 5 et vendredi 6 mai

- lundi 16 mai

Nous espérons que ces fermetures ne nuiront pas à vos recherches et restons à votre disposition pour les faciliter et préparer votre venue.

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Information sur les horaires

La bibliothèque sera fermée le jeudi 28 et le vendredi 29 avril du fait d’un colloque se déroulant à l’Académie de médecine. Elle sera ouverte à ses horaires habituels les autres jours de la semaine (lundi et mercredi, de 10h à 18h). Nous vous remercions pour votre compréhension.

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Georges Duhamel (1884-1966), une figure du médecin-écrivain

Georges Duhamel et Charles Nicolle à Valmondois_1923-1925Le 13 avril 2016 marque le 50e anniversaire de la mort de Georges Duhamel (1884-1966) dont l’œuvre touche à des domaines aussi variés que la littérature, la médecine, la musique, la défense de la langue française ou le pacifisme. La présentation de ces différentes facettes de la personnalité de Georges Duhamel a fait l’objet d’une séance commémorative à l’Académie nationale de médecine le 19 mars 1985 en vue de rendre hommage à l’un de ses membres les plus célèbres.

En effet, il ne faut pas oublier que Georges Duhamel, connu avant tout pour ses écrits, tant fictionnels que journalistiques et mémoriels, est fils de médecin et a lui-même suivi cette voie : externe en 1904, il soutient sa thèse en 1909 sur L’acide thyminique dans la thérapeutique des maladies goutteuses, tout en obtenant la même année sa licence ès sciences. Sa formation universitaire en médecine s’arrête là : Georges Duhamel ne se présentera pas au concours de l’Internat car, selon les mots de René Küss, sa préparation « réclamait une discipline et un travail assidu dont ne pouvait s’accommoder l’esprit bohême et artiste qu’était le sien à l’époque. » (Bulletin de l’Académie nationale de médecine, vol.169, n°3, p.386).

Par la suite, Georges Duhamel exerce la médecine ponctuellement, par nécessité c’est-à-dire pour subvenir à ses besoins (remplacements en province, chercheur dans une maison de produits pharmaceutiques), ou, par devoir notamment lors des deux guerres mondiales. Bien que « de santé délicate » (Bull. de l’Académie nationale de médecine, vol.169, n°3, p.396), il s’engage volontairement en 1914 et passe les quatre années de la guerre au sein de plusieurs ambulances auto-chirurgicales, les autochirs 9/3 et 16. Son courage, son dévouement et son habileté chirurgicale sont soulignés à plusieurs reprises par ses supérieurs. Georges Duhamel est ensuite nommé dans les réserves, médecin major de 1e classe en 1926 et médecin capitaine en 1932. Durant la Seconde Guerre mondiale, il reprend un temps ses activités de chirurgien, à Rennes en 1940, quand la ville est bombardée et occupée. Il s’oppose aux rigueurs du rationnement et, à son initiative, l’Académie de médecine crée une commission chargée de faire des propositions pour améliorer la situation alimentaire des français.

Ce sont ces expériences traumatisantes qui le poussent à écrire La Vie des Martyrs (1917), Civilisation (1918), Les entretiens dans le tumulte (1919) ou encore Lieu d’asile (1940), autant de témoignages sur les ravages de la guerre. Certains de ces écrits seront saisis par les allemands dès 1940, lacérés (Lieu d‘asile) ou brûlés (Civilisation).

Décret entérinant l'élection de Georges Duhamel à l'ANM_11.05.1937

Durant le reste de sa vie, Georges Duhamel continue à intervenir et à s’engager dans le domaine médical, par des actions diverses.

Elu membre libre de l’Académie de médecine en 1937, il assiste avec assiduité aux séances et y fait 20 communications sur des questions de santé publique : le bruit (1938), le rationnement alimentaire (1940), la salubrité des aérodromes (1950), la lutte antituberculeuse en Afrique Occidentale Française (1953), la neutralité médicale en temps de guerre (1956), la pollution de l’air et des eaux (1959)…

Confrère apprécié et estimé tant sur le plan humain que scientifique, Georges Duhamel préside l’Académie de médecine en 1960.

Il est aussi membre de l’Académie de chirurgie à partir de 1938.

Lettre de Georges Duhamel à l'ANM_08.12.1952Président de l’Alliance français, défenseur de la langue française mais aussi du maintien de la paix dans le monde, Georges Duhamel œuvre aussi sur le plan international en médecine. Emu par l’incendie qui, en 1948, détruit la bibliothèque de l’Ecole de médecine de Santiago du Chili, riche d’ouvrages français, Georges Duhamel sollicite l’Académie de médecine pour qu’elle fasse un don de livres et de revues : 110 volumes seront envoyés en 1950 au Chili. Suite à un séjour au Japon en 1952, il fait une communication à l’Académie de médecine sur la pratique médicale dans ce pays.

La médecine a aussi une place majeure dans son œuvre d’écrivain. Georges Duhamel a en effet écrit une vingtaine d’articles à contenu médical, la plupart parus dans Les Comptes rendus de la Société de biologie. Mais surtout, la médecine est au cœur de La Vie des Martyrs, qui témoigne de son action de chirurgien pendant la Première Guerre mondiale, et, sous un jour moins dramatique, de La Chronique des Pasquier (1933-1945), fortement imprégnée par ses souvenirs d’enfance.

Georges Duhamel a donc consacré beaucoup de temps, d’engagement et de passion aux questions médicales et de santé publique, tout étant un grand écrivain. Il s’inscrit ainsi dans la longue lignée des médecins-écrivains dont nous pouvons citer quelques représentants : François Rabelais (1494-1553), Friedrich von Schiller (1759-1805), Charles Richet (1850-1935), Anton Tchekhov (1860-1904), Charles Nicolle (1866-1936), grand ami de Duhamel, Louis-Ferdinand Céline (1894-1961), Henri Mondor (1885-1962)…

Bibliographie :

- Bulletin de l’Académie nationale de médecine, éloge de Louis Pasteur Vallery-Radot, 18 octobre 1966, vol.150, n°26-27, p.514-524

- Bulletin de l’Académie nationale de médecine, Commémoration du centenaire de la naissance de Georges Duhamel, 19 mars 1985, vol.169, n°3, p.375-409

- Dossier biographique de Georges Duhamel conservé à la Bibliothèque de l’Académie nationale de médecine

Anaïs Dupuy-Olivier

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Insolite ? – I. La gastronomie pratique d’Ali-Bab

La rubrique « Insolite ? » propose des documents dont la présence dans notre bibliothèque peut paraître au premier abord incongrue mais se justifie in fine.

Joseph Babinski (1857-1932) a marqué l’histoire médicale par ses travaux en neurologie. Médecin des hôpitaux en 1890, il devient chef de service à la Pitié en 1895 et le reste jusqu’à sa retraite en 1922. Membre de plusieurs sociétés, telles la Société de Biologie, la Société de neurologie ou la Société royale de médecine de Londres, il est élu à l’Académie de médecine en 1914. C’est par ses travaux de sémiologie médicale et neurologique qu’il se rend célèbre, notamment par sa description des faisceaux neuro-musculaires ou encore par sa recherche d’un signe objectif permettant d’éliminer l’hystérie chez un patient atteint de troubles neurologiques (le « signe de Babinski »).
Né à Paris, il est issu d’une famille de Polonais ayant fui leur pays après l’échec de l’insurrection de 1848. Avec son frère aîné Henri (1855-1931), ils sont scolarisés à l’École polonaise des Batignolles et conserveront toujours un fort attachement patriotique envers leur pays d’origine. Henri Babinski, quant à lui, devient ingénieur de l’École des mines de Paris et effectue diverses missions de prospection minière en Guyane, en Patagonie, aux États-Unis d’Amérique, en Italie, au Brésil, en Sibérie ou encore au Transvaal. Après la mort de leurs parents, les deux frères vivent ensemble, en couple fusionnel, et seront enterrés tous deux au cimetière polonais des Champeaux à Montmorency.
C’est au frère aîné qu’on doit un goût prononcé pour la gastronomie, qu’il partage également avec son compatriote Édouard Pozerski de Pomiane (1875-1964), médecin, chef de service à l’Institut Pasteur et auteur de chroniques gastronomiques diffusées à la radio comme de nombreux livres de cuisine et/ou d’hygiène alimentaire (Hygiène alimentaire, Paris, Delagrave, 1922 ; Cuisine juive. Ghettos modernes, Paris, Albin Michel, 1929 ; Cuisine et restrictions, Paris, Corréa, 1940).
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En 1907 Henri Babinski publie chez Flammarion une Gastronomie pratique, études culinaires, suivies du traitement de l’obésité des gourmands : 314 pages qui en deviennent 636 lors de la deuxième édition de 1912 puis 1107 lors de la troisième édition en 1923. L’ouvrage bénéficie de nombreuses rééditions des années 1950 jusqu’aux années 1990, de fait des fac-similés de la 5e édition de 1928, et s’impose comme l’une des références de la cuisine bourgeoise tout au long du XXe siècle, rivalisant avec les ouvrages des grands chefs comme Pellaprat ou avec ceux des critiques gastronomiques comme Curnonsky. Henri Vaquez le désignera plus tard comme « le gourmet lettré que tout Paris a connu » (cf. Bulletin de l’Académie de médecine, 3e série, Tome CVIII, 1932, séance du 22 novembre 1932, p. 1265).
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Le pseudonyme qu’il choisit, Ali-Bab, évoque tout à tour son patronyme abrégé, Ali-Baba le héros du conte arabe, ou encore le baba, cette pâtisserie polonaise réinventée par le chef Nicolas Stohrer au début du XIXe siècle.
Quant à sa vocation, il prétend l’avoir trouvée dans la rusticité des conditions de vie lors de ses expéditions métallurgiques. Henri Babinski se fait l’apôtre à la fois du plaisir et de l’hygiène : s’il exalte les voyages et le goût de l’exotisme culinaire, il propose également un régime alimentaire qu’il veut scientifiquement éprouvé.
L’ouvrage ne propose pas seulement de fréquentes mises en perspective historique ou géographique, une invitation au voyage en somme. Il prône aussi des valeurs de partage et de commensalité, Ali-Bab n’hésitant pas à écrire un chapitre entier consacré au « Comment je comprends l’organisation des repas d’amis ».
Enfin, c’est probablement dans son bagage scientifique qu’il convient de chercher les raisons du vœu qu’il émet d’une cuisine qu’on nommerait aujourd’hui « moléculaire » : « Quel service rendrait à l’Humanité le savant qui parviendrait à formuler d’une manière générale les lois des associations eupeptiques ! Leur connaissance nous ferait probablement entrevoir des plats que nous ne soupçonnons pas aujourd’hui, de même que les vides de la Table de Mendéléef nous ont permis d’affirmer l’existence de corps que nous ignorions jusqu’alors. » (Ali-Bab, Gastronomie pratique : études culinaires ; suivies du Traitement de l’obésité des gourmands, 5e éd. augmentée et remaniée, Paris, Flammarion, 1928, p. 2).
08401 Beetroot soup with vegetables and beans, Sanok
Pour conclure par un rappel de ses origines polonaises, Ali-Bab ne donne pas moins de sept recettes différentes du barszcz ou borchtch, le « type polonais des potages aigrelets » (Ibid., p. 216) à base de betteraves !

Jérôme van Wijland

Bibliographie :

Ali-Bab, Gastronomie pratique : études culinaires ; suivies du Traitement de l’obésité des gourmands, 3e éd. entièrement refondue, Paris, Ernest Flammarion, 1923 (cote : 10892 (3))

Ali-Bab, Gastronomie pratique : études culinaires ; suivies du Traitement de l’obésité des gourmands, 5e éd. augmentée et remaniée, Paris, Ernest Flammarion, 1928 (cote : 10892 (5))

Philippon, Jacques ; Poirier, Jacques, Joseph Babinski : a biography, New York, Oxford University Press, 2009, p. 68-73

Poirier, Jacques, « L’autre Babinski. Un Babinski peut en cacher un autre… », Neurologies, Vol. 11, n° 107, avril 2008, p. 219-225

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